Note personnelle : ,

Wolf-Ferrari, Ermanno — I quatro rusteghi (1906)

Format :

  • Comédie musicale (« Commedia musicale ») en trois actes.
  • Musique : Ermanno Wolf-Ferrari
  • Livret : Giuseppe Pizzolato, d’après la comédie I rusteghi de Carlo Goldoni
  • Langue : Italien (dialecte vénitien) ; version allemande Die vier Grobiane de Hermann Teibler

Création :

19 mars 1906, Hoftheater de Munich, dans la version allemande Die vier Grobiane, sous la direction de Felix Mottl (et non du compositeur, comme on l’a parfois cru), avec notamment Georg Sieglitz (Lunardo), Margarethe Preuse-Matzenauer (Margarita) et Ella Tordek (Lucieta).
La première en italien eut lieu le 2 juin 1914 au Teatro Lirico de Milan, sous la direction d’Ettore Panizza. La première britannique fut donnée au Sadler’s Wells en 1946 sous le titre School for Fathers, dans une traduction d’Edward Dent, et la première américaine par le New York City Opera le 19 octobre 1951. L’œuvre, terminée en 1905, est la deuxième des cinq opéras de Wolf-Ferrari d’après Goldoni.

Livret :

Giuseppe Pizzolato adapte la comédie de Goldoni de 1760. Tous les personnages sauf le comte Riccardo, étranger, s’expriment en dialecte vénitien, et la couleur locale est partout, notamment avec l’air du « Carnaval de Venise » introduit dans l’intermezzo orchestral entre les actes I et II. La partition est volontiers rapprochée de Rossini, de Mozart et du Falstaff de Verdi (le finale de l’acte II rivalise avec le nonette de Falstaff). Elle se distingue par ses ensembles, comme le trio querelleur de l’acte I, le finale de l’acte II à dix voix et le trio de trois basses du début de l’acte III, ainsi que par un rôle de basse très travaillé pour Lunardo où le basson tient presque le premier rôle.

Intrigue :

  • Acte I : À Venise, au carnaval de 1800, les quatre « rusteghi » (rustres), marchands vénitiens bourgeois, d’âge mûr, ultra-conservateurs et obstinés, font la loi chez eux. L’antiquaire Lunardo annonce le mariage de sa fille Lucieta avec Filipeto, fils de son ami Maurizio ; selon l’ancienne coutume vénitienne, les futurs époux ne doivent pas se voir avant d’être mariés. Cela déplaît à Lucieta et à sa belle-mère Margarita, puis à Filipeto et à sa tante Marina, épouse du troisième rustre, Simone. Felice, qui tient si bien son mari Cancian, le quatrième rustre, qu’elle s’apprête à aller au carnaval avec le comte Riccardo, imagine un stratagème pour que Lucieta et Filipeto puissent au moins s’apercevoir lors du dîner chez Lunardo.
  • Acte II : Filipeto, masqué et déguisé en femme, accompagne Riccardo au dîner : les deux jeunes gens tombent aussitôt amoureux, à l’insu de Lunardo. Mais le comte, offensé d’entendre Cancian se plaindre de sa relation avec Felice, sort de sa cachette et révèle à Lunardo sa présence et celle de Filipeto démasqué. Furieux d’avoir été joué, Lunardo annule le mariage, menace d’envoyer Lucieta au couvent et décide avec les autres rustres que leurs épouses doivent être punies.
  • Acte III : Après les grognements des rustres contre les femmes, Felice sauve la situation en avouant que tout était son idée et, par un mélange de câlineries et de caractère, convainc Lunardo qu’il a tort. Lucieta et Margarita demandent pardon, et Lunardo, adouci, ordonne que le mariage soit célébré sans plus attendre.

Enregistrement(s) :

Bruno Bogo — 1967

Format : CD, enregistrement public (live), mono/stéréo non précisé
Label : Mondo Musica (distribué par EMI Operations Italy)
Référence : MFOH 10701 (℗ 1999)
Année d’enregistrement : 9 février 1967, Gran Teatro La Fenice, Venise
Distribution :

  • Lunardo, marchand : Giorgio Tadeo, basse
  • Margarita, sa seconde épouse : Rena Garazioti, mezzo-soprano
  • Lucieta, fille de Lunardo : Adriana Martino, soprano
  • Maurizio, marchand : Paolo Pedani, basse
  • Filipeto, son fils : Ugo Benelli, ténor
  • Marina, tante de Filipeto : Edda Vincenzi, soprano
  • Simon, marchand : Alfredo Mariotti, basse
  • Cancian, riche bourgeois : Alessandro Maddalena, basse
  • Felice, sa femme : Silvana Zanolli, soprano
  • Le comte Riccardo : Mario Guggia, ténor
  • Une servante de Marina : Licia Galvano

Direction : Bruno Bogo
Orchestre : Orchestre du Teatro La Fenice
Langue : Italien (dialecte vénitien)

Particularité :

Le plus ancien enregistrement de la fiche : une représentation publique donnée à La Fenice de Venise, la ville de Goldoni, publiée en CD seulement en 1999 par Mondo Musica. Les informations (distribution, date, référence) proviennent de la pochette et du dos du boîtier ; les durées ne sont pas indiquées. Les tessitures sont ici celles des rôles.

Ettore Gracis — 1969

Format : 2 CD (63:49 + 72:06), enregistrement public (live), mono/stéréo non précisé
Label : Gala (IMC Music)
Référence : GL 100.553 (℗ 1999)
Année d’enregistrement : 21 décembre 1969, Teatro Comunale, Turin
Distribution :

  • Lunardo, antiquaire : Nicola Rossi-Lemeni, basse
  • Margarita, sa seconde épouse : Fedora Barbieri, mezzo-soprano
  • Lucieta, fille du premier mariage de Lunardo : Mariella Adani, soprano
  • Maurizio, marchand : Alfredo Mariotti, basse
  • Filipeto, son fils : Agostino Lazzari, ténor
  • Marina, tante de Filipeto : Edda Vincenzi, soprano
  • Simon, marchand, son mari : Alessandro Maddalena, basse
  • Cancian, riche bourgeois : Renato Cesari, basse
  • Felice, sa femme : Magda Olivero, soprano
  • Le comte Riccardo, noble étranger : Mario Carlin, ténor

Direction : Ettore Gracis
Orchestre : Orchestre et Chœur du Teatro Comunale de Turin
Langue : Italien (dialecte vénitien)

Particularité :

Représentation publique du Teatro Comunale de Turin, réunissant des voix légendaires : Magda Olivero en Felice, Fedora Barbieri en Margarita et Nicola Rossi-Lemeni en Lunardo. Réédition en CD en 1999 par Gala. Gramophone juge le son de cette prise live « friable » (crumbly), au regard de la fraîcheur de l’enregistrement Rubicon. Les tessitures sont ici celles des rôles.

Daniele Callegari — 1994

Format : 2 CD (2 h 19), enregistrement public (live), stéréo
Label : Arkadia (collection Akademia), production AS.LI.CO. « Pomeriggi Musicali »
Référence : Référence non lisible sur la pochette
Année d’enregistrement : 1993-1994, en public (une représentation de cette production à Como, au Teatro Sociale, est documentée le 1er décembre 1993)
Distribution :

  • Lunardo : Antonio Abete, basse
  • Margarita : Alessandra Palomba, mezzo-soprano
  • Lucieta : Donatella Lombardi, soprano
  • Maurizio : Mattia Nicolini, basse
  • Filipeto : Gianluca Sorrentino, ténor
  • Marina : Graziella Merrino, soprano
  • Simon : Matteo Peirone, basse
  • Cancian : Davide Baronchelli, basse
  • Felice : Marina Fratarcangeli, soprano
  • Le comte Riccardo : Antonio Lemmo, ténor

Direction : Daniele Callegari
Orchestre : Orchestra I Pomeriggi Musicali di Milano
Langue : Italien (dialecte vénitien)

Particularité :

Enregistrement issu d’une production du circuit AS.LI.CO. (Associazione Lirica e Concertistica Italiana), qui fait appel à de jeunes chanteurs. La distribution par rôles vient de Wikipédia en allemand ; les plateformes numériques ne donnent que les noms. Certains interprètes de la captation vidéo de Como (Lucia Belluso, Patrizia Patelmo) ne figurent pas sur ce disque, ce qui suggère que les distributions diffèrent. Les tessitures sont celles des rôles.

Vasily Petrenko — 2018

Format : 2 CD (131 min), enregistrement public (concert mis en espace), stéréo DDD
Label : Rubicon Classics
Référence : RCD1024 (parution 2018)
Année d’enregistrement : Concert scénique du 31 mars 2012 et répétitions des 26-30 mars 2012, Philharmonic Hall, Liverpool
Distribution :

  • Lunardo, marchand : Mihnea Lamatic, basse
  • Margarita, sa seconde épouse : Silvia Beltrami, mezzo-soprano
  • Lucieta, fille de Lunardo : Romina Casucci, soprano
  • Simone, marchand : Mirko Quarello, basse
  • Marina, sa femme : Daniela Degennaro, soprano
  • Maurizio, marchand : Aleksandar Stefanoski, basse
  • Filipeto, son fils : Tansel Akzeybek, ténor
  • Cancian, marchand : Roman Ialcic, basse
  • Felice, sa femme : Ana James, soprano
  • Le comte Riccardo Arcolai, gentilhomme florentin : Giulio Pelligra, ténor
  • La servante de Marina : Agnieszka Hauzer, soprano

Direction : Vasily Petrenko
Orchestre : Royal Liverpool Philharmonic Orchestra ; European Opera Centre
Langue : Italien (dialecte vénitien)

Particularité :

Concert scénique coproduit par le Royal Liverpool Philharmonic et le European Opera Centre, mis en espace par Bernard Rozet, avec de jeunes chanteurs, Mihnea Lamatic (Opéra national de Roumanie) étant le seul interprète expérimenté. La critique salue le jeu de l’orchestre, l’élan de Petrenko et l’engagement de la distribution (Ana James, Tansel Akzeybek, Romina Casucci) ; Ralph Moore (MusicWeb) est plus réservé sur la musique et le chant. Le livret imprimé n’est pas fourni : le texte italien et sa traduction anglaise, tirée des sous-titres, sont accessibles en ligne.

Ulf Schirmer — 2020

Format : 2 CD (58:10 + 71:54), enregistrement public (live), stéréo
Label : cpo
Référence : 555 140-2 (parution fin 2019 / 2020)
Année d’enregistrement : 26 octobre 2014, Prinzregententheater, Munich
Distribution :

  • Lunardo, antiquaire : Jürgen Linn, basse-baryton
  • Margarita, sa seconde épouse : Zoryana Kushpler, mezzo-soprano
  • Lucieta, sa fille : Christina Landshamer, soprano
  • Simon, marchand : Peter Schöne, baryton
  • Marina, tante de Filipeto et femme de Simon : Susanne Bernhard, soprano
  • Maurizio, marchand : Victor von Halem, basse
  • Filipeto, son fils : Markus Francke, ténor
  • Cancian, riche bourgeois : Friedemann Röhlig, basse
  • Felice, sa femme : Christine Buffle, soprano
  • Le comte Riccardo, noble étranger : Uwe Eikötter, ténor
  • Une jeune servante de Marina : Nathalie Flessa, mezzo-soprano

Direction : Ulf Schirmer
Orchestre : Münchner Rundfunkorchester
Langue : Allemand (Die vier Grobiane, traduction de Hermann Teibler)

Particularité :

Seul enregistrement de la version allemande de la création (Die vier Grobiane), captée en concert au Prinzregententheater de Munich ; la parution date de la fin 2019 ou de 2020 selon les sources. Mike Parr (MusicWeb International) y voit un enregistrement de premier plan, et l’un des meilleurs de l’année : il loue la distribution homogène, la Lucieta vive de Landshamer, le Lunardo sombre et comique de Linn, le Marina de Bernhard et la direction de Schirmer, tout en trouvant les voix de femmes parfois aigres dans les ensembles. Le livret contient le texte allemand avec traduction anglaise.

Postérité :

I quatro rusteghi est considéré par Wikipédia comme la comédie la plus réussie de Wolf-Ferrari dans le format long. Avec Die neugierigen Frauen, elle fut l’un de ses deux premiers grands succès, tous deux d’après Goldoni, avant de pâtir d’une longue éclipse : en 1909, Wolf-Ferrari écrivait à Humperdinck qu’aucune de ces deux œuvres n’était plus jouée, avant leur entrée dans le répertoire international (Die neugierigen Frauen au Metropolitan Opera en 1912, I quatro rusteghi à Milan en 1914). Au disque, Mondo Musica (1967, publié en 1999) et Gala (1969) ont documenté deux représentations historiques, puis Rubicon (2018) et cpo (2020) ont renouvelé la discographie à partir de concerts récents.

Sources :

Wikipedia — I quatro rusteghi · Wikipédia (de) — Die vier Grobiane · Gramophone — Petrenko · MusicWeb International — Rubicon (Petrenko) · MusicWeb International — cpo (Schirmer) · Apple Music — Callegari · Opera on Video — Como 1993 · Livrets Rubicon RCD1024 (Gerald Larner) et cpo 555 140-2 (Sebastian Stauss), pochettes Gala, Arkadia, Rubicon et cpo.

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