Note personnelle : ,

Zamponi, Gioseffo — Ulisse all’isola di Circe (1650)

Format :

  • Drame musical (« drama musicale ») en trois actes précédés d’un prologue, entrecoupé de ballets (Le Ballet du monde).
  • Musique : Gioseffo Zamponi
  • Livret : Ascanio Amalteo, d’après un épisode de l’Odyssée d’Homère
  • Langue : Italien

Création :

24 février 1650, Palais de Bruxelles (jeudi gras du Carnaval), pour les fêtes du mariage de Philippe IV d’Espagne avec sa nièce Marie-Anne d’Autriche, sur commande de l’archiduc Léopold-Guillaume de Habsbourg, gouverneur des Pays-Bas méridionaux. Ce fut le premier opéra donné à Bruxelles et dans les Pays-Bas méridionaux. Le spectacle, d’un faste extraordinaire (neuf changements de décor, machines pour les chars de Neptune et de Vénus, les nuages, le vol de Mercure, l’aigle de Jupiter, la métamorphose des statues), fut répété deux jours plus tard.
L’ouvrage fut repris les 4 et 7 février 1655 pour la reine Christine de Suède, venue à Bruxelles après son abdication.

Livret :

Ascanio Amalteo tire son livret de l’épisode de Circé dans l’Odyssée, en mêlant avec art les styles et les tons. Zamponi, né à Rome entre 1600 et 1610 selon le livret du disque et arrivé à Bruxelles en 1648 avec d’autres musiciens italiens, y est maître de la musica da camera de l’archiduc ; son opéra, écrit dans le style vénitien de Monteverdi et surtout de Cavalli, est le seul qui nous soit parvenu. Les ballets intermédiaires, chorégraphiés par le Vénitien Giovan Battista Balbi, étaient probablement de Bernardino Grassi. La partition n’a jamais été publiée : elle ne subsiste complète que dans un manuscrit de l’Österreichische Nationalbibliothek de Vienne.

Intrigue :

  • Prologue : Neptune, sur son char tiré par des chevaux marins, et les Tritons.
  • Acte I : Ulisse débarque sur l’île de Circé. Euriloco lui apprend que ses soldats ont été changés en statues par la magicienne ; Ulisse se prépare à la contraindre par la force. Mercure, déguisé en berger, le met en garde contre les sortilèges et lui donne un antidote, mais Vénus, furieuse de son rôle dans la guerre de Troie, descend sur un nuage, hostile à Ulisse. Circé paraît, plaisantant avec ses suivantes, mais son philtre n’ayant aucun effet, elle use de ses charmes naturels : Ulisse, séduit par la femme et non par la magicienne, s’abandonne à un duo d’amour.
  • Acte II : Ulisse, ému par les plaintes des statues, veut leur rendre leur forme. Mercure descend du ciel pour déjouer les pièges de Vénus, qui donne ses instructions à Circé ; il reproche ensuite à la déesse ses intrigues contre Ulisse. Ulisse avoue que sa douleur vient de l’absence de ses soldats ; pour lui plaire, Circé les lui rend sous leur forme première.
  • Acte III : Circé coiffe son amant dans son palais ; Vénus se réjouit d’avoir vaincu la résistance d’Ulisse et l’opposition de Mercure. Mercure reproche à Ulisse de s’être laissé prendre aux pièges de l’amour et le persuade de repartir. Circé, Argesta et les demoiselles lui reprochent sa trahison ; Euriloco, navires prêts, l’attend et Ulisse s’embarque. Vénus et Mercure volent au ciel plaider devant Jupiter. L’œuvre s’achève par l’apparition de Jupiter sur son aigle, avec Mars, Pallas, Apollon et Vénus : cette apothéose célèbre le mariage royal de Philippe IV et de Marie-Anne d’Autriche.

Enregistrement(s) :

Leonardo García Alarcón — 2014

Format : 2 CD, enregistrement en studio
Label : Ricercar (Outhere), coproduction Outhere, Clematis, CAVEMA et Salle philharmonique de Liège, en collaboration avec la RTBF (Musiq’3)
Référence : RIC 342
Année d’enregistrement : février 2012, Salle philharmonique de Liège (le disque est paru en 2014)
Distribution :

  • Circe : Céline Scheen, soprano
  • Ulisse : Furio Zanasi, baryton
  • Nettuno : Sergio Foresti, basse
  • Euriloco / Tritone secondo / Statua prima / Marte : Fernando Guimarães, ténor
  • Mercurio / Apollo : Zachary Wilder, ténor
  • Venere : Mariana Flores, soprano
  • Argesta : Dominique Visse, contre-ténor
  • Satiro : Fabián Schofrin, contre-ténor
  • Giove : Matteo Belloto, basse
  • Lisetta / Pallade : Caroline Weynants, soprano
  • Dorinda : Alice Foccroulle, soprano
  • Tritone primo : Benoît Giaux, baryton
  • Statua seconda : Philippe Favette, basse

Direction : Leonardo García Alarcón
Orchestre : Cappella Mediterranea ; Clematis (Stéphanie de Failly, premier violon) ; Chœur de chambre de Namur (Les Solistes)
Langue : Italien

Particularité :

Enregistrement réalisé d’après une édition de la partition établie par Jolando Scarpa et révisée par Ariel Rychter pour l’occasion. Alarcón mobilise un grand continuo et des vents (cornets, flûtes à bec, bassons, trombones) justifiés, selon le livret, par les sinfonie à cinq et six parties du manuscrit. Dans MusicWeb International, Johan van Veen salue le chant de haut niveau, uni dans le style, Zachary Wilder (Mercure, « exceptionnel »), Furio Zanasi, bien choisi pour un Ulisse peu héroïque, et le Chœur de chambre de Namur, mais trouve la tragédie peu dramatique (Ulisse n’est jamais en danger, Jupiter ne rend aucun verdict) et doute que les libertés d’instrumentation soient toutes justifiées historiquement.

Postérité :

Le livret du disque qualifie l’œuvre de seul opéra conservé de Zamponi et rappelle qu’elle fut le premier opéra donné à Bruxelles ; des gravures de ses décors sont conservées à la Bibliothèque royale de Belgique. MusicWeb International regrette que si peu d’opéras du milieu du XVIIᵉ siècle soient enregistrés.

Sources :

MusicWeb International — Johan van Veen · livret du disque Ricercar RIC 342 (essais d’Olivia Wahnon de Oliveira, Philippe Beaussant, Leonardo García Alarcón ; argument et livret) · pochette (Le Parmesan, Amour taillant son arc, Vienne, Kunsthistorisches Museum).

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