Note personnelle : ,

Strauss, Johann II — Eine Nacht in Venedig (1883)

Format :

  • Opérette en trois actes.
  • Musique : Johann Strauss II (version originale de 1883 ; version révisée par Erich Wolfgang Korngold en 1923).
  • Livret : F. Zell (Camillo Walzel) et Richard Genée, d’après Château Trompette d’Eugène Cormon et Michel Carré.
  • Langue : allemand.

Création :

3 octobre 1883, Neues Friedrich-Wilhelmstädtisches Theater, Berlin, sous la direction de Johann Strauss.
Strauss traverse alors une période difficile : sa seconde épouse, Lili, l’a quitté pour Franz Steiner, directeur du Theater an der Wien, théâtre pour lequel il écrivait ses opérettes. Après l’échec des négociations avec d’autres scènes viennoises, l’œuvre est donnée à Berlin. La première tourne au scandale : au troisième acte, une partie du public fait entendre des miaulements pendant la valse de la lagune, dont le texte évoquait des chats. Les critiques berlinoises sont sévères, mais des coupures et des changements de texte permettent à l’œuvre de s’imposer peu à peu. La version viennoise est donnée six jours plus tard, le 9 octobre 1883, au Theater an der Wien, avec Alexander Girardi dans le rôle de Caramello et un nouveau texte pour la valse de la lagune. L’accueil est triomphal, et l’ouvrage reste à l’affiche pendant 44 représentations consécutives.

Livret :

Zell et Genée proposent d’abord à Strauss deux livrets, l’un historique, situé à Cracovie, l’autre, une comédie de travestissements italienne intitulée Venezianische Nächte. Strauss choisit le second, le premier échouant à Carl Millöcker, qui en tire Der Bettelstudent. Zell s’occupe surtout du dialogue et de l’action, Genée des textes chantés. Le livret est calqué sur une pièce française, ce qui vaut aux auteurs des accusations de plagiat avant même la création ; ils finissent par ajouter la mention « avec libre usage d’un sujet français ». Strauss regarde la Venise du XVIIIe siècle avec une oreille viennoise du XIXe : au lieu d’une barcarolle, il place dans les canaux une valse, la valse de la lagune.

Intrigue :

  • Acte I : Venise, au XVIIIe siècle, à l’époque du carnaval. Le duc d’Urbino, séducteur notoire, est attendu en ville : il compte retrouver Barbara, la jeune épouse du sénateur Delacqua, croisée l’année précédente à un bal masqué dont il n’a pas vu le visage. Delacqua, qui espère être nommé intendant du palais ducal, veut mettre sa femme à l’abri à Murano. Mais Barbara souhaite rejoindre Enrico, le neveu de son mari, et fait prendre sa place dans la gondole par Annina, une pêcheuse. Caramello, barbier et factotum du duc, doit enlever Barbara déguisé en gondolier ; il distribue les invitations au bal du duc à Pappacoda, cuisinier de macaronis, et à son entourage, de sorte que ce sont surtout des gens du peuple qui sont conviés. Pappacoda et sa fiancée Ciboletta, la servante de Barbara, comptent bien en profiter.
  • Acte II : Dans le palais du duc, Caramello amène sa « Barbara » et découvre avec effroi qu’il a enlevé sa propre amie Annina, qui s’amuse de la situation et attise sa jalousie. Le duc, persuadé d’avoir Barbara, la courtise. Delacqua survient avec une femme qu’il présente comme son épouse : c’est en réalité Ciboletta, qui obtient du duc la promesse de nommer Pappacoda cuisinier du palais. Les épouses des sénateurs arrivent, Caramello et Pappacoda, jaloux, multiplient les interruptions, et le bal bat son plein jusqu’à ce que les cloches de Saint-Marc invitent chacun à gagner la place pour ôter les masques.
  • Acte III : Sur la place Saint-Marc, Delacqua, qui a découvert que sa femme n’est pas à Murano, la cherche partout, tandis que Ciboletta le met sur une fausse piste. Le duc comprend la méprise et en rit : il nomme Pappacoda cuisinier et Caramello intendant du palais. Barbara reparaît, et la nuit de carnaval s’achève à la satisfaction générale, les femmes ayant obtenu ce qu’elles voulaient.

Enregistrement(s) :

Otto Ackermann — 1954

Format : 1 CD (réédition d’un enregistrement paru d’abord en 33 tours).
Label : Naxos (collection Great Operetta Recordings)
Référence : 8.111254 (première édition : Columbia 33CX 1224 et 1225)
Année d’enregistrement : 25-28 et 31 mai, puis 25 septembre 1954, Kingsway Hall, Londres.
Distribution :

  • Guido, duc d’Urbino : Nicolai Gedda, ténor
  • Caramello : Erich Kunz, baryton
  • Delacqua : Karl Dönch, baryton-basse
  • Pappacoda : Peter Klein, ténor
  • Annina : Elisabeth Schwarzkopf, soprano
  • Ciboletta : Emmy Loose, soprano
  • Agricola et Barbara (chant) : Hanna Ludwig, contralto
  • Rôles parlés : Karel Stepanek (Barbaruccio), Hanna Norbert (Barbara), Anton Diffring (Enrico), Lea Seidl (Agricola)

Direction : Otto Ackermann
Orchestre : Philharmonia Orchestra and Chorus
Langue : allemand

Particularité :

Cet enregistrement repose sur la version Korngold-Marischka de 1923 : le rôle de Pappacoda y est confié à un ténor, celui de Caramello à un baryton (sa partie est donc transposée), et le duc reçoit les numéros ajoutés pour Richard Tauber. Une partie du dialogue parlé est conservée. Le disque est surtout célèbre pour la réunion, autour de Schwarzkopf (Annina) et de Gedda, d’une distribution de luxe au service d’un répertoire léger, et pour la direction d’Otto Ackermann, très estimé dans l’opérette viennoise. À sa parution en 1955, le critique Philip Hope-Wallace estimait dans The Gramophone que l’on ne rencontrerait guère une telle distribution en dehors du disque. La réédition Naxos est due à Mark Obert-Thorn.

Franz Allers — 1968

Format : 2 CD (initialement 2 LP), avec dialogues parlés.
Label : EMI Classics (Electrola Collection)
Référence : 6150782 (éditions antérieures : EMI Electrola SME 81051/2 en LP, EMI CMS 5 69363-2 en CD)
Année d’enregistrement : 10-16 septembre 1967, Bürgerbräu, Munich.
Distribution :

  • Guido, duc d’Urbino : Nicolai Gedda, ténor
  • Annina : Rita Streich, soprano
  • Caramello : Cesare Curzi, ténor
  • Delacqua : Christian Oppelberg, basse
  • Pappacoda : Hans Günther Grimm, ténor
  • Ciboletta : Christine Görner, soprano
  • Agricola : Gisela Litz, mezzo-soprano
  • Barbara : Marjorie Heistermann, mezzo-soprano
  • Enrico : Hermann Prey, baryton
  • Constantia : Anneliese Rothenberger, soprano
  • Giorgio : Theo Nicolai, basse
  • Barbaruccio : Franz Weiss
  • Centurio : Karl Kreile

Direction : Franz Allers
Orchestre : Symphonieorchester Graunke ; Chor des Bayerischen Rundfunks
Langue : allemand

Particularité :

Franz Allers y utilise sa propre édition, qui intègre de nombreux numéros empruntés à d’autres œuvres de Strauss, notamment Casanova. Il y a plus de musique que dans la version Ackermann, avec une distribution dans laquelle Hermann Prey et Anneliese Rothenberger font figure de chanteurs prestigieux dans des rôles secondaires. La critique de MusicWeb International salue Prey et Rothenberger, ainsi que Streich et Gedda, et juge Curzi plus faible. La réédition CD est sobrement présentée, sans livret ni synopsis.

Rudolf Bibl — 2002

Format : 1 CD.
Label : Oehms Classics
Référence : OC 251 (publié en 2003 ; première parution chez Arte Nova, 74321 67503-2)
Année d’enregistrement : la discographie Operadis indique 1999, en studio à l’occasion des représentations des Seefestspiele de Mörbisch.
Distribution :

  • Guido, duc d’Urbino : Mehrzad Montazeri
  • Caramello : Christian Baumgärtel
  • Delacqua : Franz Kalchmair
  • Pappacoda : Klaus Kuttler
  • Annina : Heike Wittlieb
  • Ciboletta : Romana Noack
  • Agricola : Mirjana Irosch
  • Barbara : Evelyn Schörkhuber
  • Stefano Barbaruccio : Anton Steingruber
  • Giorgio Testaccio : Wilhelm Gartner

Direction : Rudolf Bibl
Orchestre : Festival Orchestra Mörbisch ; Chor der Seefestspiele Mörbisch
Langue : allemand

Particularité :

Enregistrement lié à la production en plein air des Seefestspiele de Mörbisch, au bord du Neusiedlersee, sous la direction de Rudolf Bibl.

Mika Eichenholz — 2002

Format : 2 CD, sans dialogues parlés, complétés par des pièces orchestrales.
Label : Naxos
Référence : 8.660268-69 (publié en 2009)
Année d’enregistrement : 6 octobre 2002, en public, Berwaldhallen, Stockholm ; pièces orchestrales enregistrées le 1er janvier 2008.
Distribution :

  • Guido, duc d’Urbino : Daniel Buckard, ténor
  • Caramello : Pierre Gylbert / Johan Christensson, ténors
  • Delaqua : Erika Andersson / Anna Larsdotter Persson, mezzo-sopranos
  • Barbara : Anna Larsdotter Persson, mezzo-soprano
  • Annina : Merete L. Meyer / Anna-Maria Krawe / Kristina Hansson, sopranos
  • Ciboletta : Kristina Hansson, soprano
  • Pappacoda : Henrik Holmberg, ténor
  • Agricola : Erika Andersson / Anna Larsdotter Persson, mezzo-sopranos

Direction : Mika Eichenholz
Orchestre : Stockholm Strauss Orchestra (premier violon : Marc Power) ; Coro Notturno (chef de chœur : Elisabet Brander)
Langue : allemand

Particularité :

Cet enregistrement donne la version viennoise originale de 1883, publiée en partition par Doblinger en 1970, et non la version Korngold. Il provient d’une représentation donnée avec le Collège universitaire d’opéra de Stockholm : plusieurs rôles (Delaqua, Annina, Ciboletta, Agricola, Caramello) sont partagés entre plusieurs chanteuses et chanteurs, et quelques coupures ont été faites pour permettre aux artistes de quitter la scène. Le second disque offre des pièces orchestrales tirées de l’opérette (op. 411 à 416). La critique de MusicWeb International juge ce partage des rôles peu clair et l’orchestre parfois imprécis, tout en louant le Pappacoda d’Henrik Holmberg et l’Annina de Merete Meyer.

Andreas Schüller — 2015

Format : 1 CD (60 min 31), sans dialogues.
Label : Oehms Classics
Référence : OC 450
Année d’enregistrement : 28 juin 2015, en public, Seefestspiele Mörbisch.
Distribution :

  • Herzog von Urbino : Herbert Lippert, ténor
  • Caramello : Richard Samek, ténor
  • Enrico Piselli : Otto Jaus, ténor
  • Delaqua : Heinz Zednik, ténor
  • Barbara : Dagmar Schellenberger, mezzo-soprano
  • Barbaruccio : Joesi Prokopetz
  • Agricola : Verena Scheitz, mezzo-soprano
  • Testaccio : Ernst-Dieter Suttheimer, ténor
  • Constantia : Marina Alsen
  • Annina : Annika Gerhards, soprano
  • Pappacoda : Jeffrey Treganza, baryton
  • Ciboletta : Barbara Pöltl, soprano

Direction : Andreas Schüller
Orchestre : Mörbisch Festival Orchestra ; Mörbisch Festival Choir
Langue : allemand

Particularité :

Témoignage d’une production en plein air des Seefestspiele de Mörbisch, dont le livret a été adapté à l’époque moderne. Le disque ne contient que les numéros musicaux, sans dialogue. La critique de MusicWeb International le trouve enlevé et globalement bien chanté, avec un Caramello apprécié dans le finale du premier acte et Herbert Lippert à son meilleur dans la valse de la lagune.

Marius Burkert — 2019

Format : 1 CD (78 min 20), sans dialogues.
Label : cpo
Référence : 555 235-2
Année d’enregistrement : 2018, Oper Graz (hors représentation) ; publié en 2019.
Distribution :

  • Herzog Guido von Urbino : Lothar Odinius, ténor
  • Bartolomeo Delaqua : Götz Zemann, basse
  • Barbara Delaqua : Elisabeth Pratscher, soprano
  • Annina : Elena Puszta, soubrette
  • Caramello : Alexander Geller, ténor bouffe
  • Pappacoda : Ivan Oreščanin, baryton
  • Ciboletta : Sieglinde Feldhofer, soprano
  • Agricola Barbaruccio : Stefanie Hierlmeier, alto
  • Constantia Testaccio : Dominika Blazek, mezzo-soprano
  • Héraut : Sangyeon Chae, baryton

Direction : Marius Burkert
Orchestre : Grazer Philharmoniker ; Chor der Oper Graz (chef de chœur : Bernhard Schneider)
Langue : allemand

Particularité :

Le disque suit la version Korngold de 1923, dans la version de livret d’Ernst Marischka, comme l’indique la couverture associant les noms de Johann Strauss et d’Erich Wolfgang Korngold. Il est publié sans dialogues. La critique de MusicWeb International loue la direction de Marius Burkert, la qualité de l’orchestre et du chœur, ainsi que la prise de son.

Postérité :

L’œuvre figure parmi les quatre plus grands succès de Strauss. Dans les années qui suivent sa création, elle est jouée dans la monarchie danubienne, mais aussi à Hambourg, Munich, Londres et New York, sans jamais rivaliser avec La Chauve-Souris. La révision de Korngold et Marischka, créée le 25 octobre 1923 au Theater an der Wien avec Richard Tauber dans le rôle du duc, s’impose ensuite pendant plus de cinquante ans, au point d’être presque la seule version jouée : on y trouve notamment l’air d’entrée du duc Sei mir gegrüßt, du holdes Venezia, adapté d’un numéro d’Annina. L’œuvre entre au répertoire de l’Opéra d’État de Vienne en 1929, avec Maria Jeritza. Elle a été portée à l’écran à plusieurs reprises, dès 1933, puis en 1942, 1953, 1973 et 1975. L’opérette a aussi été reprise aux Seefestspiele de Mörbisch (disques de Rudolf Bibl et d’Andreas Schüller), et la discographie recense aujourd’hui plus d’une vingtaine d’enregistrements.

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