Note personnelle : ,

Strauss, Johann II — Jabuka, oder Das Apfelfest (1894)

Format :

  • Opérette en trois actes.
  • Musique : Johann Strauss II.
  • Livret : Max Kalbeck (intrigue) et Gustav Davis (textes des chansons et couplets).
  • Langue : allemand.

Création :

12 octobre 1894, Theater an der Wien, Vienne.
Jabuka est la quatorzième œuvre scénique de Johann Strauss II. Elle voit le jour pendant la semaine où Vienne célèbre le cinquantenaire de ses débuts d’artiste (15 octobre 1844, au Casino Dommayer de Hietzing). Le rôle du bailli Joschko est créé par le grand Alexander Girardi. La générale a lieu la veille, en présence notamment d’Eduard Hanslick, de Richard Heuberger et de Johannes Brahms. La première est accueillie par de longs applaudissements, mais l’œuvre quitte l’affiche après le 18 décembre 1894, sans atteindre soixante représentations, pour laisser la place au Probekuss de Carl Millöcker.

Livret :

Strauss se serait intéressé au sujet slave après avoir entendu La Fiancée vendue de Smetana à Vienne, lors de l’Exposition internationale de musique de 1892. Max Kalbeck, journaliste respecté et traducteur allemand de l’opéra de Smetana pour la création viennoise, signe là son unique incursion au théâtre ; Gustav Davis, librettiste chevronné, écrit les couplets. Les deux auteurs entrent en conflit : Kalbeck pousse Strauss vers l’opéra, Davis vers l’opérette classique, et le compositeur se retrouve pris entre les deux. Il en résulte un livret faible, mais une partition d’une réelle richesse, mi-opéra mi-opérette, avec de grands ensembles et des chœurs importants.

Intrigue :

  • Acte I : En Serbie, au XIXe siècle, dans l’auberge de Staklo, entre Gradinaz et Raviza, on se rend à la fête annuelle de la pomme, Jabuka : un garçon qui s’intéresse à une fille mord dans une pomme et la lui tend ; si elle mord à son tour, c’est oui, si elle rend la pomme intacte, c’est non. Les frères Mirko et Vasil, nobles ruinés de Gradinaz, espèrent vendre leur château délabré à Bambora, riche fabricant d’amidon, ou à défaut épouser de riches héritières. Le bailli Joschko, flanqué de son aide Franjo, compte saisir leurs biens. Arrivent le paysan fortuné Mischa, sa fille Jelka et la tante Petrija, dont la voiture est en panne. Jelka repousse Mirko, qui, pour la punir, fait déguiser Joschko en magnat et le charge de la conduire à Gradinaz plutôt qu’à Raviza.
  • Acte II : Au château de Mirko et Vasil, domestiques et créanciers réclament leur dû, mais Mirko les invite à fêter Jabuka gratuitement. Bambora et sa fille Anita arrivent ; Vasil avoue son amour à Anita, tandis que Mirko fait passer le château pour une auberge de Raviza aux yeux de Jelka et la fait conduire dans sa propre chambre. Joschko, présenté comme comte et expert en antiquités, joue son rôle de magnat et affirme que les portraits de paysans sont ceux d’illustres ancêtres. Bambora, obsédé par l’idée d’acquérir château et titre par le mariage de sa fille, favorise l’union avec Vasil. La fête de la pomme est ouverte : Jelka ne reçoit une pomme que de Mirko, que les autres filles raillent, et elle la jette à ses pieds.
  • Acte III : Mischa survient et la vérité éclate : Jelka comprend qu’elle se trouvait dans la chambre de Mirko, à Gradinaz, et non à Raviza. Bambora tente de dédramatiser. Joschko, ivre d’alcool saisi, révèle sa véritable identité ; il chante dans son dernier couplet que les mauvais temps sont passés. Les jeunes filles se moquent de Jelka, mais Mirko vient à son secours et tous deux tombent réellement amoureux. Mirko et Jelka, Vasil et Anita unissent leurs voix dans un chant d’amour, et une nouvelle fête s’ouvre, que conclut une grande valse finale.

Enregistrement(s) :

Christian Pollack — 2007

Format : 2 CD, opérette complète, avec en complément des arrangements de danses tirés de l’œuvre.
Label : Naxos
Référence : 8.660216-17
Année d’enregistrement : 28-30 juin 2005 et 9 janvier 2007, Dělnický dům, Pozořice (République tchèque).
Distribution :

  • Mirko von Gradinaz : Thomas Tischler, ténor
  • Vasil von Gradinaz : Wolfgang Veith, ténor
  • Mischa, riche paysan : Michael Schober, basse
  • Jelka, sa fille : Veronika Groiss, soprano
  • Petrija, sa tante : Elisabeth Wolfbauer, mezzo-soprano
  • Bambora, fabricant : Helmut Josef Ettl, baryton
  • Annita, sa fille : Elisabeth Wolfbauer, mezzo-soprano
  • Joschko, bailli : Franz Födinger, ténor
  • Franjo, policier : Alexander Eschig, baryton
  • Staklo / Sava : Max Sahliger, basse

Direction : Christian Pollack
Orchestre : European Johann Strauss Orchestra (premier violon : Jiří Preisinger) ; Gaudeamus Choir Brno (chef de chœur : Štěpán Policer)
Langue : allemand (version allemande de Cris Posslac)

Particularité :

Cet enregistrement est issu de la série de l’European Johann Strauss Stage Works Festival, lancée en 2003 par la Société Johann Strauss tchèque dans le but de monter les œuvres scéniques de Strauss. Christian Pollack s’appuie sur la partition originale, fournie par Norbert Nischkauer (Vienne). Les solistes sont autrichiens, le chœur et l’orchestre viennent de Brno. Pollack voit dans Jabuka une œuvre remarquable : sans les couplets, dit-il, ce serait un véritable opéra, avec de grands ensembles et les plus beaux chœurs de Strauss. Le second disque est complété par des arrangements de danses issus de l’opérette (op. 455 à 460 et un pot-pourri), repris d’éditions antérieures avec le Slovak State Philharmonic Orchestra de Košice sous la direction de Johannes Wildner et de Christian Pollack. La critique de MusicWeb International y voit avant tout un travail d’ensemble, sans vedette, dirigé avec élan et raffinement, et distingue la basse Michael Schober.

Postérité :

Brahms, après la générale, juge que l’on perçoit l’âge dans le développement de certaines mélodies et que les passages sentimentaux sont décevants. Malgré cette réception tiède, qui a valu à Strauss et à son éditeur Gustav Lewy une désillusion commerciale, la musique a survécu par ses danses : la valse Ich bin dir gut op. 455 (créée le 14 octobre 1894 au Musikverein de Vienne par Eduard Strauss), la marche Zivio ! op. 456, la polka rapide Das Comitat geht in die Höh’ op. 457, la polka française Tanze mit dem Besenstiel ! op. 458, la polka-mazurka Sonnenblume op. 459 et la Jabuka-Quadrille op. 460. La Société Johann Strauss tchèque a remis l’opérette à la scène dans le cadre de son festival à partir de 2003.

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