Format :
- Opéra seria en deux actes.
- Musique : Carlo Soliva.
- Livret : Benedetto Perotti.
- Langue : italien.
Création :
24 février 1818, Teatro alla Scala, Milan.
Quatrième opéra de Soliva, né en 1791 à Casale Monferrato et formé au Conservatoire de Milan, représenté après La testa di bronzo (1816) et Le zingare d’Asturia (1817). L’ouvrage est généralement décrit comme un échec à la Scala, où Rossini règne alors sur la scène milanaise. Soliva y donnera encore Berenice d’Armenia (1819) et Elena e Malvina (1824), puis quittera l’Italie : il dirige l’Institut de musique et de déclamation de Varsovie de 1821 à 1832, où il enseigne notamment le jeune Chopin.
Livret :
Le livret de Benedetto Perotti (auteur par ailleurs d’un recueil de poèmes en l’honneur de Napoléon) met en scène la vengeance de Sextus Pompée contre les triumvirs et dérive de l’opposition à la tyrannie : le serment prêté par les rebelles au premier acte, sur un rythme martial, évoque la Fête de la Fédération de la Révolution française et les serments patriotiques de Guillaume Tell ou de Dardanus. Le texte imprimé subit des corrections de la censure autrichienne : le mot « libertà » (liberté) y est remplacé, et « patria » atténué. Le sujet a aussi pu résonner, dans la Lombardie de la Restauration, avec la clémence impériale de La clemenza di Tito, dont Soliva reprend l’esprit : le rôle de Sextus Pompée est confié à une voix de mezzo-soprano, comme celui de Sextus chez Mozart.
Intrigue :
- Acte I : Octave et Marc-Antoine, avec leurs soldats, ont vengé César et mis en fuite les proscrits. Sans savoir que Pompée prépare un complot, ils fêtent leur victoire. Au camp de Pompée est retenue prisonnière Giulia, sa fiancée, fille du proscrit L. César. Marc-Antoine repousse son épouse Fulvia et demande à Octave la main de sa sœur ; Octave, sûr de sa victoire, accepte, éveillant la colère de Fulvia. Giulia, qui espère la mort plutôt que ce mariage avec Octave, est rassurée par Aufido, ami fidèle de Pompée, qui lui expose le plan de vengeance. Pompée, inconnu des siens, arrive près du camp et affronte Octave ; Fulvia, loin de renoncer à sa vengeance, s’allie à Aufido et à Pompée.
- Acte II : La nuit tombée, Pompée et Fulvia attendent le signal d’Aufido pour attaquer le camp ; Giulia, qui redoute ce mariage, voit Pompée approcher. Le complot échoue : Fulvia est arrêtée par Marc-Antoine et Pompée capturé par Octave, qui profite de la situation pour faire chanter Giulia : Pompée sera libéré si elle accepte de l’épouser. Elle y consent, mais ce sacrifice éveille chez Octave un sentiment inattendu de pitié ; magnanime, il écoute la voix de son cœur plutôt que son devoir de chef de guerre et, dans le final, pardonne à Pompée.
Enregistrement :

Angelo Campori — 2000
Format : 2 CD (75’02 + 47’21), enregistrement live, édition critique de Laura Galbiati et Maria Teresa Muttoni (Conservatoire Giuseppe Verdi de Milan)
Label : cpo
Référence : 999 825-2
Année d’enregistrement : concert enregistré en direct pour la Radio suisse italienne (1998 selon BBC Music Magazine ; parution en 2000).
Distribution :
- Fulvia : Francesca Pedaci, soprano
- Giulia : Elisabetta Scano, soprano
- Ottavio : Carlo Vincenzo Allemano, ténor
- Sesto Pompeo : Patricia Spence, mezzo-soprano
- Aufido : Carlo Bosi, basse
- Marc’Antonio : Donato Di Stefano, ténor
Direction : Angelo Campori
Orchestre : Orchestre de la Suisse italienne
Chœur : Chœur de la Radio suisse (Diego Fasolis, chef de chœur et pianoforte)
Langue : italien
Particularité :
Redécouverte de l’ouvrage, issue d’une édition critique réalisée au Conservatoire de Milan. La scène chorale « Tacciono i venti » (acte I) n’existant plus, elle est enregistrée sous une forme « symbolique », un chœur déclamé sur une pièce pour piano de Daniel Steibelt, L’orage. Max Loppert (BBC Music Magazine) juge la réalisation « impressionnante » : direction très tenue, jeunes chanteurs frais et stylés (notamment Allemano, Scano et Spence), chœur et orchestre solides ; il entend dans la partition des dettes envers Mozart (La clemenza di Tito), Mayr et Paer, mais regrette l’absence de la distinction mélodique de Rossini. Le livret-disque est en revanche critiqué pour des erreurs factuelles et une traduction approximative.
Postérité :
Après cet échec à la Scala, Soliva s’établit à Varsovie, puis à Saint-Pétersbourg, avant de s’installer en Suisse italienne, où il meurt en 1853. Son œuvre est tombée dans l’oubli ; Giulia e Sesto Pompeo, redécouverte par cette édition critique et cet enregistrement, éclaire le portrait d’un compositeur de la tradition italienne ouvert aux influences du Nord, l’un des « tantalising might-have-beens » du premier Ottocento, selon Loppert. Beethoven lui-même lui avait dédié en 1824 un canon, Te solo adoro.






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