Format :
- Tragédie lyrique (tragédie en musique) en un prologue et cinq actes.
- Musique : Jean-Baptiste Stuck, dit Batistin.
- Livret : Simon-Joseph Pellegrin, d’après le Livre III de l’Énéide de Virgile.
- Langue : français.
Création :
15 février 1720, Académie royale de musique (Opéra), Paris ; reprise le 21 avril 1739.
Stuck, né à Livourne en 1680 et naturalisé français en 1733, violoncelliste virtuose au service du duc d’Orléans, futur Régent, avait déjà donné Méléagre (1709) et Manto la Fée (1711) à l’Opéra. Polydore est sa troisième tragédie en musique, créée sous la Régence. L’ouvrage est repris en 1739, avec quelques retouches de l’auteur ; ses airs ont été joués au Concert spirituel entre 1727 et 1733.
Livret :
Pellegrin adapte pour l’opéra sa propre tragédie parlée Polydore (1705), tirée du Livre III de l’Énéide : une rare adaptation lyrique d’une tragédie classique, où le drame de l’amour et du parricide se passe presque de merveilleux — hormis les divinités du prologue et la brève apparition de l’Ombre de Déiphile, surprenante à l’Opéra. La dernière scène du premier projet (le suicide de Polymnestor) est celle que retient cet enregistrement. Il s’agit en outre du dernier ouvrage de l’Opéra composé pour un orchestre à cinq parties de cordes (dessus, hautes-contre, tailles, quintes et basses de violon), avant que Campra et Destouches ne le ramènent à quatre.
Intrigue :
- Prologue : Sur l’île de Cythère, Tritons et Néréides célèbrent la puissance de Vénus et de l’Amour. Neptune et Thétis sortent de l’onde pour rendre hommage à la déesse, qui paraît et convoque les Plaisirs et les Jeux pour consacrer le triomphe de l’amour, auquel Polydore et Déidamie sont destinés.
- Acte I : Devant les autels de Mars, la princesse troyenne Ilione, devenue reine de Thrace après son mariage avec Polymnestor, est troublée par le traité conclu avec les Grecs : Polymnestor doit livrer Polydore, frère d’Ilione, pour qu’il soit sacrifié, en échange de la main de la princesse grecque Déidamie, fille de Déiphile. Timanthe, vieux gouverneur, révèle à Ilione que Polydore n’est pas mort : dans leur enfance, Déiphile et Polydore ont été élevés loin de la cour, et Timanthe a échangé les deux princes ; c’est donc son propre fils que Polymnestor s’apprête à livrer. Ilione, troublée pour Déiphile qu’elle a élevé comme son fils, tente de dissuader son époux, mais Polymnestor s’obstine et proclame l’alliance entre Thraces et Grecs, scellée par un serment sur les autels aux côtés du général Sthénélus.
- Acte II : Ilione implore les dieux de protéger son frère et de punir Polymnestor du crime de parricide qu’il s’apprête à commettre sans le savoir. Polydore est accueilli comme un fils par son hôte, sans qu’Ilione puisse révéler son identité. Convaincu d’être Déiphile, fils du roi de Thrace, il se réjouit d’épouser la princesse grecque Déidamie, pour laquelle il éprouve un amour sincère. Ilione bénit cette union ; Polymnestor arrive pour accueillir la princesse débarquant de son navire, et Thraces et marins grecs fêtent le mariage à venir.
- Acte III : Devant le temple d’Hymen, Déidamie confie à Polydore, qu’elle croit être Déiphile, son inquiétude : l’ombre de son père Achille lui est apparue en songe pour l’avertir contre une union avec un Troyen. Polydore dissipe ses craintes ; la cérémonie est interrompue par un tremblement de terre. Le Grand Prêtre de l’Hymen annonce la colère des dieux : Sthénélus remarque que ce n’est pas Polydore mais l’autre prince qui a été sacrifié, et le général grec déclare vouloir ramener Déidamie en Grèce, rompant le mariage et la paix.
- Acte IV : Dans les jardins du palais, Déidamie, affligée à l’idée de retourner chez les siens, tremble pour Polydore, qui jure de la retenir en Thrace. Polymnestor, persuadé de devoir livrer Polydore aux Grecs, fait appel à la magicienne Théano pour éclairer le mystère. Celle-ci évoque l’ombre de Polydore, mais c’est le spectre de Déiphile qui apparaît, accusant son père de parricide. Horrifié, Polymnestor comprend que celui qu’il croyait être Déiphile est en fait Polydore et veut le retrouver pour le défendre, malgré les supplications d’Ilione.
- Acte V : Dans le palais de Polymnestor, Polydore, toujours convaincu d’être Déiphile, a levé une armée de Thraces pour combattre les Grecs qui veulent reprendre Déidamie. Ilione, ne pouvant se taire, lui révèle sa véritable identité : il est son frère, un Troyen et un fils de Priam. Dans sa confusion, Polydore poursuit son projet de combattre les Grecs. Déidamie, qui apparaît, veut l’empêcher de se mettre en danger ; au risque de la perdre, il avoue sa véritable identité : en tant que Troyen, il est l’ennemi héréditaire des Grecs. Déchirée entre son devoir et son amour, Déidamie n’hésite pourtant pas à déclarer qu’elle l’aime, Thrace ou Troyen. Les cris de victoire annoncent le triomphe des Thraces sous la conduite de Polydore et d’Ilione. Polymnestor paraît, l’épée à la main, invoque les Enfers et se donne la mort, tourmenté par le fantôme de son fils.
Enregistrement :

György Vashegyi — 2022
Format : 3 CD (2 h 37 environ), enregistrement studio
Label : Glossa (Orfeo Music Foundation / Centre de musique baroque de Versailles / Haydneum)
Année d’enregistrement : 12-15 septembre 2022, Salle nationale de concert Béla Bartók, Müpa Budapest (parution en 2023).
Distribution :
- Vénus, Déidamie : Judith van Wanroij, soprano
- Ilione : Hélène Guilmette, soprano
- Polydore : Tassis Christoyannis, baryton
- Polymnestor : Thomas Dolié, baryton
- Un Triton, Timanthe, Sthénélus, un Thrace, un Grec : Cyrille Dubois, ténor
- Neptune, le Grand Prêtre de l’Hymen, l’Ombre de Déiphile : David Witczak, basse
- Thétis, une Matelote, Théano : Chloé Briot, soprano
Direction : György Vashegyi
Orchestre : Orfeo Orchestra
Chœur : Purcell Choir
Langue : français
Particularité :
Enregistrement intégral de la partition, éditée par le Centre de musique baroque de Versailles et captée à Budapest dans le cadre d’une coproduction du Haydneum, du CMBV et de la Fondation Orfeo, poursuivant la longue série d’enregistrements français de Vashegyi avec ses ensembles hongrois. Le disque a été désigné « Disc of the Month » par le magazine Opera (juillet 2023).
Postérité :
Stuck consacre ensuite sa carrière surtout au violoncelle : son projet d’une quatrième tragédie en musique, Orion (1725, avec le poète Joseph de La Font), ne sera jamais achevé. L’ouvrage, longtemps éclipsé, est jugé comme l’un des plus ambitieux et accomplis de son auteur : récitatif d’une grande maîtrise du français, grands airs de Polydore, de Déidamie et d’Ilione, chœurs au contrepoint remarquable et danses d’un archaïsme lullyste mêlé d’italianismes. Le monologue de Polydore (acte II) est cité par Bérard dans son traité L’Art du chant (1755) comme modèle du genre.






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