Format :
- Grand opéra romantique en trois actes, avec dialogues parlés (D. 796).
- Musique : Franz Schubert.
- Livret : Josef Kupelwieser, directeur du Kärntnertortheater de Vienne, d’après la matière carolingienne de la chanson de geste de Fierabras et des adaptations allemandes inspirées de Calderón.
- Langue : allemand.
Création :
9 février 1897, au Hoftheater de Karlsruhe, sous la direction de Felix Mottl (version coupée et agrémentée d’intermèdes dansés).
Schubert a vingt-six ans lorsqu’il compose l’œuvre, de mai à septembre 1823 (l’ouverture est datée du 2 octobre). Le Kärntnertortheater, que dirige alors Domenico Barbaja, la lui commande en même temps qu’Euryanthe à Weber, dans l’espoir de relancer l’opéra allemand face à l’engouement pour Rossini. Après l’échec d’Euryanthe, en octobre 1823, Fierrabras est remisé : Schubert ne l’entendra jamais à la scène et ne sera pas payé. Ce second grand opéra après Alfonso und Estrella tente de dépasser le Singspiel vers un drame entièrement musical, nourri de Weber, de Beethoven et de la tradition de l’opéra à sauvetage.
Livret :
Josef Kupelwieser, ami de Schubert et homme de théâtre plus que librettiste, puise dans les récits du cycle de Charlemagne, dont la chanson de geste française du XIIe siècle consacrée à Fierabras, le géant sarrasin converti, et dans des versions allemandes d’inspiration espagnole. Pour échapper à la censure de Metternich, il remplace les Français et les Espagnols par des « Francs » et des « Maures », et la chrétienté par la « foi suprême ». Les censeurs approuvent le texte le 19 août 1823, alors que Schubert a déjà composé une partie de la musique et doit retoucher des pages achevées. La faiblesse dramatique du livret, avec ses amours croisées et ses revirements, est un lieu commun de la critique, mais elle n’a jamais empêché d’admirer la partition.
Intrigue :
- Acte I : Au château du roi Karl (Charlemagne), les chevaliers francs, menés par Roland, ramènent leur prisonnier Fierrabras, fils du prince maure Boland. Emma, fille du roi, aime en secret le chevalier Eginhard, ce que son père désapprouve. Fierrabras, qui reconnaît en Emma la jeune femme qu’il avait vue à Rome et dont il est épris, surprend le rendez-vous des amants dans le jardin et, par noblesse, offre son aide à Eginhard. Karl, croyant que le Maure veut enlever sa fille, le fait enchaîner.
- Acte II : Au château maure, Eginhard, Roland et les autres chevaliers viennent négocier la paix mais sont capturés. Boland, furieux du sort de son fils, les condamne à mort. Sa fille Florinda reconnaît Roland, qu’elle a aimé à Rome, et délivre Eginhard et les chevaliers, tandis que Roland est repris. La colère de Boland se retourne contre sa fille.
- Acte III : Emma avoue à son père que Fierrabras est innocent et qu’elle aime Eginhard. Karl libère le Maure et se rend au château de Boland à la tête de ses troupes, alors que les chevaliers sont conduits à l’exécution et que Florinda supplie pour la vie de Roland. Karl arrive à temps pour arrêter le massacre, la paix est conclue entre Francs et Maures, Roland épouse Florinda, Eginhard épouse Emma et Fierrabras, renonçant à son propre amour pour Emma, rejoint les chevaliers de Karl.
Enregistrement(s)

Claudio Abbado — 1988
Format : CD (2 disques)
Label : Deutsche Grammophon
Référence : 427 341-2
Année d’enregistrement : mai 1988, Vienne (représentations en public du Festival de Vienne)
Distribution :
- Karl (Charlemagne) : Robert Holl
- Emma : Karita Mattila
- Eginhard : Robert Gambill
- Roland : Thomas Hampson
- Fierrabras : Josef Protschka
- Boland : László Polgár
- Florinda : Cheryl Studer
- Maragond : Brigitte Balleys
- Brutamonte : Hartmut Welker
Direction : Claudio Abbado
Orchestre : Chamber Orchestra of Europe, Arnold Schoenberg Chor
Langue : allemand
Particularité :
Première version quasi intégrale de l’opéra au disque, tirée des représentations viennoises de mai 1988, elle a puissamment contribué à réhabiliter l’œuvre. Abbado y défend la partition comme un véritable drame romantique, avec une cohésion d’ensemble que la critique a saluée, même si l’équilibre sonore est parfois inégal et que quelques bruits de scène subsistent. La distribution est moins flamboyante qu’homogène : Mattila touchante en Emma, Holl autoritaire en Karl, Polgár et Hampson vigoureux, Studer et Balleys charmantes dans le duo de l’acte II.

Ingo Metzmacher — 2015
Format : Blu-ray (1 disque, 174 minutes dont 164 pour l’opéra et 10 de bonus)
Label : C Major (Unitel Classica)
Référence : 730804
Année d’enregistrement : août 2014, Haus für Mozart, Festival de Salzbourg
Distribution :
- Karl (Charlemagne) : Georg Zeppenfeld
- Emma : Julia Kleiter
- Roland : Markus Werba
- Eginhard : Benjamin Bernheim
- Boland : Peter Kálmán
- Fierrabras : Michael Schade
- Florinda : Dorothea Röschmann
- Maragond : Marie-Claude Chappuis
- Brutamonte : Manuel Walser
- Ogier : Franz Gruber
Direction : Ingo Metzmacher
Orchestre : Wiener Philharmoniker, Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor
Mise en scène : Peter Stein (décors Ferdinand Wögerbauer, costumes Annamaria Heinreich, lumières Joachim Barth, réalisation vidéo Peter Schönhofer)
Langue : allemand (sous-titres allemand, anglais, français, espagnol, chinois, coréen, japonais)
Particularité :
Captation de la première apparition de l’œuvre au Festival de Salzbourg, en coproduction avec ZDF/3sat et les Wiener Philharmoniker. Peter Stein revendique une mise en scène sans « concept », qui laisse la musique au premier plan : décors monochromes, costumes d’inspiration carolingienne, chevaliers en longues cottes de mailles. Les Wiener Philharmoniker, sous la baguette de Metzmacher, jouent avec ardeur, et la distribution est de haut niveau, avec un grand air de Röschmann particulièrement remarqué, la sérénade de Bernheim, l’autorité de Zeppenfeld et un Schade très à l’aise dans la scène du jardin. L’image est en 1080i, le son en PCM stéréo ou DTS-HD MA 5.0.
Postérité :
Après une exécution partielle en concert en 1835 au Theater in der Josefstadt, Fierrabras attend la création scénique de Karlsruhe en 1897, tronquée et arrangée, puis reste longtemps un trésor ignoré, que la faiblesse du livret a condamné à la marge du répertoire. C’est le disque d’Abbado, en 1988, qui révèle à un large public la grandeur de la partition, que d’autres productions défendent ensuite, comme celle de Zurich dirigée par Franz Welser-Möst dans la mise en scène de Claus Guth, avec Jonas Kaufmann et Juliane Banse, ou celle de Salzbourg en 2014. Face à l’Euryanthe de Weber, sa contemporaine, qui eut au moins les honneurs de la scène, l’opéra de Schubert apparaît aujourd’hui comme l’un des jalons les plus attachants de l’opéra romantique allemand, grâce à ses pages d’ensemble, à ses airs et à sa palette orchestrale d’une grande modernité.






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