Format :
- Opéra baroque allemand en trois actes, avec airs allemands et italiens (« goût mêlé »).
- Musique : Georg Caspar Schürmann.
- Livret : Johann Ulrich König (1688-1744), d’après l’Alceste de Philippe Quinault mise en musique par Lully en 1674.
- Langue : allemand (avec quelques airs italiens).
Création :
Février 1719, à la cour de Brunswick-Wolfenbüttel, puis, dans une version remaniée, juillet 1719 au Gänsemarkt-Theater de Hambourg.
Schürmann, né vers 1672-1673, a quarante-six ans et dirige la chapelle de la cour de Brunswick-Wolfenbüttel, après avoir été compositeur à l’opéra de Hambourg dans les années 1690. Il y avait côtoyé l’école de Lully par l’intermédiaire de Johann Sigismund Kusser, puis étudié l’opéra italien lors d’un séjour en Italie vers 1701. Die getreue Alceste réunit des éléments français, italiens et allemands, dans l’esprit du « goût mêlé » que défendait alors Telemann. À Hambourg, l’ouvrage obtient un succès considérable, avec quarante-deux représentations entre 1719 et 1723.
Livret :
Johann Ulrich König, poète d’opéra expérimenté, reprend la matière antique d’Alceste à partir du livret de Quinault pour Lully (1674). Il y apporte deux innovations : le personnage de Hyppolite, une princesse amazone déguisée en homme, dont l’intrigue amoureuse forme un second couple autour d’Hercule, et un dénouement où Alceste se suicide, en scène, pour sauver la vie de son époux, geste que König défend dans sa préface comme l’un des plus nobles de la poésie théâtrale. La version de Brunswick et celle de Hambourg ont conservé leur livret ; seule la musique a été adaptée pour Hambourg, où dix-huit airs allemands (dont un duo) ont été conservés et quinze airs italiens nouveaux (dont un duo) ajoutés.
Intrigue :
- Acte I : À la veille des noces d’Alceste et d’Admète, la suivante Céphise confie à Hyppolite, déguisée en homme, qu’elle l’aime. Hyppolite avoue son amour pour Hercule, auprès de qui elle vit en compagnon. Le roi Licomède de Skyros, rival d’Admète, convoite Alceste, et son conseiller Strato s’éprend de Céphise. Licomède enlève les deux femmes à bord de son navire ; une tempête déclenchée par la déesse Thétis empêche toute poursuite, jusqu’à ce qu’Éole apaise les vents et permette à Admète et à Hercule de lancer la poursuite.
- Acte II : Hyppolite soupire en secret pour Hercule. Admète menace Licomède, qui exige Alceste en échange de la liberté de ses prisonniers. Hercule et Admète s’emparent de la résidence du roi et délivrent les captives. Admète, mortellement blessé, vient mourir en présence d’Alceste. La déesse Pallas annonce qu’Admète ne reviendra à la vie que si un autre se sacrifie pour lui ; ni Phères, son père, ni Cléantes, son serviteur, ne s’y résolvent. Alceste se poignarde.
- Acte III : Charon garde l’entrée des Enfers, où Hercule pénètre de force. Pluton accueille l’âme d’Alceste, tandis que la Furie Alecto prévient du danger. Hercule demande seulement à emmener Alceste : Pluton se laisse fléchir. Céphise découvre qu’Hyppolite est une femme et lui pardonne. Admète et Alceste se retrouvent, Hercule réclame Alceste comme récompense, mais il y renonce, touché par la fidélité des époux. Céphise lui révèle l’identité de Hyppolite, et les deux couples se réjouissent.
Enregistrement(s)

Ira Hochman — 2016
Format : CD (1 disque, 61’36)
Label : cpo
Référence : 555 207-2
Année d’enregistrement : 2 au 4 septembre 2016 (église Saint-Martin, Raven, selon AllMusic) ; première parution en 2018
Distribution :
- Alceste : Hanna Zumsande, soprano
- Hyppolite : Santa Karnite, soprano
- Céphise : Katharina Müller, soprano
- Admète : Alon Harari, alto
- Licomède : Mirko Ludwig, ténor
- Phères : Dustin Drosdziok, ténor
- Hercule, Cléantes : Ralf Grobe, basse
- Strato, Éole : Andreas Heinemeyer, basse
Direction : Ira Hochman (du clavecin)
Orchestre : barockwerk hamburg (chœur : Santa Karnite, Alon Harari, Dustin Drosdziok, Ralf Grobe)
Langue : allemand
Particularité :
Enregistrement issu de la reprise de mars 2016 par barockwerk hamburg dans l’atrium de la Bibliothèque d’État et universitaire de Hambourg, près de trois cents ans après la création. La version, volontairement abrégée pour tenir sur un seul disque, est préparée par Ira Hochman d’après la partition manuscrite de Hambourg, conservée à Berlin (Mendelssohn-Archiv), et un synopsis ainsi que des textes explicatifs en crochets guident l’auditeur dans le livret du disque. Elle conserve les moments musicaux essentiels, dont l’air de Hyppolite « Sanffte Lüffte », les adieux d’Admète « Gute Nacht, ihr schönsten Blicke », l’accompagnato d’Alceste « Ein Leib, ein Hertz, ein Geist und eine Liebe », le chœur des pleureuses et le duo des époux « Fahr ewig wohl ! ». Le rôle d’Admète, écrit pour une voix de falsettiste, est confié ici à un alto. L’orchestre baroque, avec luth, clavecin, machine à vent et percussions, joue avec ardeur, comme l’a relevé la revue Opera.
Postérité :
Pendant près de trois siècles, Die getreue Alceste est restée dans les archives, alors qu’elle fut l’un des grands succès du Gänsemarkt-Theater. Sa reprise en 2016 à Hambourg puis cet enregistrement la font entrer dans le répertoire de l’opéra baroque de la ville. Le musicologue Jürgen Neubacher voit dans l’attention portée à la vérité des sentiments et à la sensibilité de l’expression une anticipation, plusieurs décennies à l’avance, de la réforme de l’opéra par Gluck et du Singspiel allemand. Sa sélection d’airs italiens, empruntés en partie à Vivaldi, Lotti, Bononcini et Gasparini, témoigne de la circulation des tubes lyriques en Europe au début du XVIIIe siècle.






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