Format :
- Opéra baroque allemand en trois actes, bilingue (récitatifs et nombreux airs en allemand, airs d’insertion en italien).
- Musique : Georg Caspar Schürmann.
- Livret : livret imprimé à Hambourg en 1720 sous le titre Jason, oder die Eroberung des Goldenen Vließes, remaniement du livret de l’opéra Giasone de Flaminio Parisetti (Brunswick, 1707).
- Langue : allemand et italien.
Création :
1720, au Gänsemarkt-Theater de Hambourg, dans une version remaniée d’une œuvre déjà donnée à Brunswick en 1707, 1708 et 1713.
Georg Caspar Schürmann (vers 1672-1673 – 1751), altiste puis compositeur et maître de chapelle de la cour de Brunswick-Wolfenbüttel, est alors un opéraïste expérimenté, auteur d’une trentaine d’ouvrages scéniques. Il dirige l’Opéra du Gänsemarkt comme invité entre 1717 et 1721, avant que Telemann n’en prenne la direction en 1722. Représenté trente et une fois à Hambourg entre 1720 et 1722, Jason y rencontre un vif succès.
Livret :
L’histoire de la conquête de la Toison d’or par Jason et les Argonautes en Colchide vient du mythe antique, mais le livret hambourgeois, imprimé en 1720, a connu plusieurs remaniements. Il dérive du Giasone de 1707, dont les textes italiens ont été en grande partie traduits ou remplacés par des airs allemands. Dans la version de Hambourg, le nombre des airs en allemand passe de treize à dix-neuf, face à trente-trois airs italiens, dont onze airs d’insertion de la partition conservée ont pu être attribués à des opéras d’autres compositeurs (Caldara, Lotti, Gasparini, Vivaldi). L’œuvre a longtemps été attribuée à tort à Johann Sigismund Kusser, une erreur que le livret et la partition de Hambourg permettent désormais de corriger.
Intrigue :
- Acte I : En Colchide, Jason, chef des Argonautes, est accueilli par le roi Éétès, gardien de la Toison d’or. Sur le conseil de la déesse Pallas, il abandonne sa bien-aimée Hissifila, reine de Lemnos, et se tourne vers Médée, fille d’Éétès et magicienne, dont l’aide peut lui servir à conquérir la Toison. Médée tombe amoureuse de lui. L’arrivée inopinée de Hissifila complique tout : Jason réclame alors d’abord la Toison, et Éétès l’accorde à condition qu’il dompte deux bœufs crachant le feu, sème des dents de serpent et vainque les guerriers qui en naissent. L’apprenti sorcier bossu Sarfax, au service de Médée, et sa bien-aimée Filaura, dame de la cour de Hissifila, forment le couple parodique de l’opéra.
- Acte II : Hissifila accuse Jason d’infidélité, tandis que Médée, jalouse de sa rivale, cherche à l’écarter. Assirtus, frère de Médée, s’est épris de Hissifila. Éétès découvre le projet de Médée d’aider Jason. Les dieux, par la voix d’Iris, annoncent que Jason et Médée seront unis, tandis que Hissifila doit répondre à l’amour d’Assirtus.
- Acte III : Médée plonge Jason dans un sommeil enchanté, au milieu d’un jardin magique, mais Pallas dissipe l’illusion. Médée lui prête l’aide de sa magie : grâce à elle, Jason endort le dragon par une berceuse (« Dolce sonno neghittoso »), prend la Toison d’or et s’enfuit avec Médée. Éétès tente de les retenir, et Phébus apparaît pour imposer la paix : Jason et Médée conservent la Toison, Hissifila accepte l’amour d’Assirtus, et Grecs et Colques sont réconciliés.
Enregistrement(s)

Ira Hochman — 2019
Format : CD (2 disques : 62’21 et 46’21)
Label : cpo
Référence : 555 339-2
Année d’enregistrement : octobre 2019, Christuskirche, Hambourg-Othmarschen ; première parution en avril 2022
Distribution :
- Médée : Hanna Zumsande, soprano
- Pallas, Phébus : Santa Karnite, soprano
- Filaura : Catherina Witting, soprano
- Hissifila : Geneviève Tschumi, mezzo-soprano
- Sarfax : Mirko Ludwig, ténor
- Jason, Stiro, une voix : Andreas Heinemeyer, basse
- Éétès, l’esprit de Phryxos : Konstantin Heintel, basse
- Assirtus : Ralf Grobe, basse
Direction : Ira Hochman (du clavecin)
Orchestre : barockwerk hamburg
Langue : allemand et italien
Particularité :
Second opéra de Schürmann enregistré par le même ensemble après Die getreue Alceste (cpo, 2018), cette version, très abrégée, d’environ deux heures, est préparée par Ira Hochman d’après le manuscrit de la partition de Hambourg, conservé à Berlin (Mendelssohn-Archiv), et le livret imprimé de 1720. Elle écarte notamment les arias d’insertion qui semblent être d’une autre main, ainsi que la plupart des danses, que l’Opéra du Gänsemarkt n’avait pas le personnel d’exécuter. L’orchestre baroque, enrichi de trompettes, de timbales, d’un basson solo, d’un luth et d’une viole de gambe, est loué pour sa vivacité et sa justesse rhétorique ; la presse a salué un ensemble convaincant, avec un Heinemeyer sûr et sonore dans le rôle-titre et une Zumsande bien rompue au chant baroque dans celui de Médée. Les critiques relèvent toutefois quelques inégalités chez certains solistes.
Postérité :
Oublié depuis le XVIIIe siècle, Jason a été tiré de l’ombre par barockwerk hamburg et Ira Hochman, qui avaient ressuscité Die getreue Alceste en 2016. Contemporain de Keiser et de Telemann, Schürmann y mêle la tradition de l’opéra allemand, la danse et l’ouverture à la française, la virtuosité des airs italiens, et des numéros comiques dans la veine de l’intermezzo hambourgeois. Le rôle de Médée, qui traverse l’amour, la jalousie, la séduction et la vengeance, le duo d’amour de la dernière partie et le couple comique Sarfax-Filaura comptent parmi les pages les plus appréciées de la partition. Cet enregistrement documente le répertoire de l’Opéra du Gänsemarkt, l’un des grands foyers de l’opéra baroque en Allemagne.






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