Note personnelle :

Schreker, Franz — Der Schatzgräber (1920)

Format :

  • Opéra en un prélude (Vorspiel), quatre actes et un postlude (Nachspiel).
  • Musique : Franz Schreker (1878-1934).
  • Livret : Franz Schreker lui-même, rédigé en 1915 puis repris en 1917 ; la partition est datée du 12 novembre 1918, jour de la proclamation de la République d’Autriche allemande. Édition Universal Edition, Vienne.
  • Langue : allemand.

Création :

21 janvier 1920, Opéra de Francfort, sous la direction de Ludwig Rottenberg.
Schreker, fils d’un photographe viennois né à Monaco, a quarante et un ans et vient de s’imposer avec Der ferne Klang (1912) et Die Gezeichneten (1918). Imprégné de Wagner (Tristan), du symbolisme et de l’impressionnisme sonore, il compose Der Schatzgräber pendant les années de guerre, ce qu’il considérait comme un opéra pour la République à venir. Le succès fut immédiat : l’œuvre devint l’opéra le plus joué de la République de Weimar, avec 385 représentations dans une cinquantaine de villes entre 1920 et 1932, dont 354 durant les saisons 1920-1925.

Livret :

Conte médiéval fantastique situé dans une ville légendaire. La reine, malade, a perdu les joyaux magiques qui lui donnaient beauté et fécondité ; le roi et son fou cherchent Elis, ménestrel itinérant et chercheur de trésors, dont le luth merveilleux révèle les richesses cachées. Schreker en fait une parabole sur la puissance de l’art, l’illusion de la beauté et la confiance entre deux êtres. Dans la dramaturgie de Schreker, la musique elle-même est le « méta-niveau » de l’action : le ton do dièse désigne la sphère de l’illusion, celui de ré la réalité, et la citation du motif de Tristan dans l’interlude de l’acte III revendique l’héritage wagnérien.

Intrigue :

  • Prélude : La reine est malade : les bijoux magiques ont disparu, et le roi, désespéré, charge son fou de retrouver Elis, ménestrel itinérant qui connaît les trésors cachés. En récompense, le fou recevra lui-même une femme.
  • Acte I : Els, fille d’un aubergiste, est vendue par son père à un jeune noble brutal, mais riche, qu’elle déteste. Comme ses prétendants précédents, elle le fait assassiner par son valet Albi, qui doit au préalable lui procurer, comme présent de noces, le bijou de la reine acheté chez un receleur. Le ménestrel Elis, appelé pour divertir la noce, chante ; ses chants plaisent à tous, surtout à Els. Il lui offre le joyau qu’il a trouvé près du cadavre du jeune noble, sans le voir. La lune se couvre ; le bailli, qui convoite Els, fait arrêter Elis, devenu son rival, car Els est tombée amoureuse du jeune ménestrel.
  • Acte II : Elis va être pendu. Le fou du roi, qui le cherchait vainement, promet de le sauver, bien qu’il soit lui aussi tombé amoureux d’Els et ne puisse plus la prendre pour femme. Elis doit chanter une dernière ballade au gibet ; son chant provoque la foule, qui exige l’exécution immédiate. Au dernier instant, le messager du roi arrête le supplice. Apprenant que l’on cherche Elis pour retrouver le bijou, Els s’effraie : s’il le retrouve chez elle, il la dénoncera. Elle charge donc Albi de voler le luth qui révèle les trésors.
  • Acte III : Els attend Elis, désespéré de n’avoir plus son luth, dans une nuit d’amour où elle se donne à lui dans toute la beauté des bijoux. Par amour, elle lui remet le joyau, ne lui demandant qu’une chose : ne jamais l’interroger sur son origine et lui faire confiance. Son amour résistera-t-il à l’épreuve ?
  • Acte IV : La reine a retrouvé ses joyaux et la cour donne une fête magnifique, mais Els est brisée. Elis raconte comment il a découvert les bijoux ; au lieu de cela, il chante une ballade dont la musique rappelle à Els leur merveilleuse nuit d’amour. Furieux, il exige que les joyaux de la reine soient rendus. Le bailli, qui a arrêté Albi et obtenu ses aveux sous la torture, demande l’exécution immédiate d’Els. Le fou rappelle alors au roi sa promesse de récompense : il choisit Els pour épouse et la sauve de l’échafaud. Els supplie Elis de lui pardonner ses crimes ; il se détourne d’elle en silence.
  • Postlude : Els meurt, seul le fou lui est resté fidèle ; il va chercher le ménestrel, qui chante une dernière ballade pour adoucir son agonie. Tout l’art a échoué.

Enregistrement(s)

Gerd Albrecht — 1989

Format : CD (2 disques)
Label : Capriccio (coproduction Hamburgische Staatsoper, RIAS Berlin ; édition originale 1990, réédition remasterisée en 2013 par Roland Rublé, Classic Sound Studio, Stuttgart)
Référence : 5175
Année d’enregistrement : 24 mai – 2 juin 1989, Hamburgische Staatsoper (captation en public)
Distribution :

  • Elis : Josef Protschka
  • Els : Gabriele Schnaut
  • Le Roi : Harald Stamm
  • Le Fou : Peter Haage
  • Le Bailli : Hans Helm
  • Albi : Heinz Kruse
  • L’Aubergiste : Carl Schultz
  • Le Chancelier / Le Scribe : Peter Galliard
  • Le Comte / Le Héraut : Urban Malmberg
  • Le Jeune Noble : Franz Ferdinand Nentwig
  • Le Maître d’école : Ude Krekow
  • Le Maire : Dieter Weller

Direction : Gerd Albrecht
Orchestre : Philharmonisches Staatsorchester Hamburg ; Chœur de l’Opéra d’État de Hambourg (chef de chœur : Jürgen Schulz)
Langue : allemand

Particularité :
Première intégrale discographique, tirée de la production scénique de l’Opéra de Hambourg sous la baguette de Gerd Albrecht,. L’enregistrement reste dans l’ensemble fidèle à la partition, mais comporte d’importantes coupures. Elle réunit Josef Protschka dans le rôle d’Elis et Gabriele Schnaut dans celui d’Els.

Marc Albrecht — 2013

Format : SACD hybride (2 disques, environ 2 h 30)
Label : Challenge Classics
Référence : CC 72591
Année d’enregistrement : septembre-octobre 2012, Muziektheater, Amsterdam (captation en public de la production de De Nederlandse Opera, mise en scène d’Ivo van Hove) ; édition 2013
Distribution :

  • Elis : Raymond Very
  • Els : Manuela Uhl
  • Le Roi : Tijl Faveyts
  • Le Fou : Graham Clark
  • Le Bailli : Kay Stiefermann
  • Albi : Gordon Gietz
  • L’Aubergiste : Andrew Greenan
  • Le Chancelier / Le Scribe : Alasdair Elliott
  • Le Comte / Le Héraut : André Morsch
  • Le Jeune Noble : Mattijs van de Woerd
  • Le Maître d’école / Le Maire : Kurt Gysen
  • Un lansquenet : Peter Arink
  • Premier bourgeois : Cato Fordham
  • Second bourgeois : Richard Meijer
  • Voix de mezzo-soprano : Marieke Reuten
  • Voix d’alto : Inez Hafkamp, Hiroko Mogaki

Direction : Marc Albrecht
Orchestre : Netherlands Philharmonic Orchestra ; Chœur de De Nederlandse Opera (chef de chœur : Alan Woodbridge)
Langue : allemand

Particularité :
Seconde intégrale discographique, quasi sans coupures hormis une brève séquence à l’acte II, tirée de la production de l’Opéra d’Amsterdam : Ivo van Hove transpose l’action de nos jours, dans un univers de marginaux où Els est une femme maltraitée. Manuela Uhl se distingue par une voix riche, une diction claire et un jeu ambigu ; Raymond Very, ténor héroïque prometteur, est un Elis convaincant ; le Fou de Graham Clark est salué pour sa puissance vocale. La lecture de Marc Albrecht, qui retient les épanchements sentimentaux de la partition tout en soulignant ses sommets, a été saluée par la critique.

Postérité :

Triomphe de la République de Weimar, Der Schatzgräber est donné à Berlin (Staatsoper, 3 avril 1922, Leo Blech) et à Vienne (18 octobre 1922, Franz Schalk), puis disparaît des scènes après le changement du climat politique : la dernière production du vivant de Schreker date d’octobre 1931, et les nazis proscrivent sa musique en raison de ses origines juives. L’œuvre revient par une version de concert (1968, 1985) puis à Saint-Gall (1988) et à Hambourg (1989), puis à Amsterdam (2012) et au Deutsche Oper Berlin (2022), cette dernière production ayant fait l’objet d’une captation vidéo dirigée par Marc Albrecht.

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