Note personnelle :

Schreker, Franz — Irrelohe (1924)

Format :

  • Opéra en trois actes.
  • Musique : Franz Schreker.
  • Livret : Franz Schreker lui-même, rédigé en quelques jours en 1919.
  • Langue : allemand.

Création :

27 mars 1924, au Stadttheater de Cologne, sous la direction d’Otto Klemperer.
Schreker a quarante-cinq ans. Auréolé du succès de Der ferne Klang (1912), des Gezeichneten (1918) et du Schatzgräber (1920), il compose la partition entre 1920 et 1922 (Universal Edition la publie en 1923) et y prolonge son univers d’une sensualité fiévreuse, nourri de post-wagnérisme et d’une orchestration scintillante, tout en y mêlant des éléments plus populaires (musiciens de village, danses de noces) qui préfigurent un style plus dépouillé.

Livret :

Comme tous ses livrets depuis Der ferne Klang, Schreker écrit lui-même le texte d’Irrelohe, en quelques jours, en 1919. Il y reprend l’une de ses obsessions : la pulsion érotique comme malédiction héréditaire, qui ne peut être purgée que par le feu. On rapporte que le nom vient de celui d’une gare, Irrenlohe, croisée lors d’un voyage vers Nuremberg en mars 1919 : un mot où se mêlent l’égarement (irre) et la flamme (Lohe).

Intrigue :

  • Acte I : dans le village d’Irrelohe, au pied du château, la vieille Lola vit avec son fils Peter et lui conte la malédiction qui pèse sur les seigneurs du lieu : chacun, de génération en génération, a violé une femme avant de sombrer dans la folie. Peter veut connaître son père. Le vieux violoneux Christobald, ancien fiancé de Lola, revient et lui apprend qu’elle fut violée par le seigneur du château lors de ses propres noces, trente ans plus tôt : Peter porte donc peut-être la folie héréditaire. Tandis que Christobald et ses trois musiciens jouent chaque année à une noce, un incendie éclate dans les environs, comme celui qui vient de détruire le moulin du meunier.
  • Acte II : Eva, que Peter aime, mais à qui il n’ose avouer son secret, est attirée par Heinrich, le jeune comte du château. Elle monte au château et lui déclare son amour : il y répond, mais refuse de la posséder avant le mariage, afin de ne pas reproduire le crime de ses pères.
  • Acte III : le jour des noces, Eva tente de convaincre Peter qu’ils doivent se séparer. Sentant sa folie renaître, Peter supplie qu’on ne le laisse pas danser et demande à sa mère de l’enchaîner. Pendant la fête, il s’échappe et se jette sur Eva, mais Heinrich le maîtrise et l’étrangle. Christobald met le feu au château. Horrifié d’avoir tué son frère, Heinrich retrouve des forces dans l’amour d’Eva : le feu a purgé la malédiction et le couple entrevoit un avenir apaisé.

Enregistrement(s)

Schreker, Irrelohe — Gülke (Sony Classical)

Peter Gülke — 1995

Format : CD (2 disques)
Label : Sony Classical
Référence : S2K 66850
Année d’enregistrement : 1995 (édition ; concert en direct, Grosser Musikvereinssaal, Vienne, 15 mars 1989)
Distribution :

  • Graf Heinrich : Michael Pabst
  • Eva : Luana DeVol
  • Lola : Eva Randová
  • Peter : Monte Pederson
  • Christobald : Heinz Zednik
  • Anselmus et le Forestier : Goran Simić
  • Fünkchen et un laquais : Helmut Wildhaber
  • Le Pasteur et Strahlbusch : Neven Belamarić
  • Le Meunier et Ratzekahl : Sebastian Holecek

Direction : Peter Gülke
Orchestre : Wiener Symphoniker et Wiener Singverein
Langue : allemand

Particularité :
Enregistrement intégral issu d’un concert viennois de 1989 capté par la radio autrichienne (ORF), à l’époque de la redécouverte de Schreker. Plusieurs chanteurs y cumulent deux ou trois petits rôles, ce qui est d’usage dans les reprises de concert. La distribution, d’excellents interprètes familiers du répertoire du XXe siècle (Heinz Zednik en Christobald, Eva Randová en Lola), est portée par une direction très engagée, dans un équilibre orchestral détaillé ; la critique a toutefois jugé l’ensemble moins électrisant que le matériau le permettrait.

Schreker, Irrelohe — Blunier (MDG)

Stefan Blunier — 2011

Format : SACD hybride (3 disques, un acte par disque)
Label : MDG (MDG Live)
Référence : 937 1687-6
Année d’enregistrement : 2011 (édition ; enregistrement en direct au Theater Bonn, 2, 3, 5 et 7 novembre 2010)
Distribution :

  • Graf Heinrich : Roman Sadnik
  • Eva : Ingeborg Greiner
  • Lola : Daniela Denschlag
  • Peter : Mark Morouse
  • Christobald : Mark Rosenthal
  • Fünkchen : Valentin Jar
  • Strahlbusch : Piotr Micinski
  • Ratzekahl : Ramaz Chikviladze
  • Anselmus : Rafael Bruck
  • Le Forestier : Martin Tzonev
  • Le Pasteur : Boris Beletskiy
  • Le Meunier : Johannes Marx
  • Un laquais : Josef Michael Linnek

Direction : Stefan Blunier
Orchestre : Beethoven Orchester Bonn et Chor des Theater Bonn
Langue : allemand

Particularité :
Captation en direct de la production de l’Opéra de Bonn en 2010, sur SACD multicanal. Chaque rôle est tenu par un interprète distinct, ce qui est précieux pour suivre l’intrigue, et la prise de son rend justice aux couleurs de l’orchestre de Schreker. Elle offre une alternative scénique et moderne à la version viennoise de 1989.

Postérité :

Après un accueil mitigé à Cologne, l’œuvre est reprise dans sept autres villes (Stuttgart, Francfort, Leipzig…) mais ne se maintient pas au répertoire : la complexité de la partition et l’évolution du goût du public, puis l’interdiction de la musique de Schreker par le régime nazi, la font disparaître. Il faut attendre 1985 (Opéra de Bielefeld) pour une première reprise scénique moderne, suivie du concert viennois de 1989 enregistré par Gülke, puis de productions au Volksoper de Vienne (2004), à Bonn (2010), à Kaiserslautern (2015) et à l’Opéra de Lyon (2022). Souvent considérée comme l’une des partitions les plus accomplies du compositeur, elle demeure néanmoins rare sur scène.

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