Note personnelle : ,

Schreker, Franz — Flammen (1902)

Format :

  • Opéra en un acte (quinze scènes et un prélude ; op. 10).
  • Musique : Franz Schreker.
  • Livret : Dora Leen (pseudonyme de Dora Pollak), écrit pour le jeune compositeur.
  • Langue : allemand.

Création :

24 avril 1902, en version de concert avec accompagnement de piano (Julius Fischer), au Bösendorfersaal de Vienne, par des élèves du Conservatoire sous la direction du compositeur.
Schreker, alors âgé de vingt-trois ans, vient d’achever sa formation de violoniste puis de compositeur au Conservatoire de Vienne et n’a signé jusque-là que des lieder et des œuvres chorales. Flammen, écrit en moins de sept mois, est son tout premier opéra : l’influence de Wagner (le duo central évoque ouvertement Tristan et Isolde) s’y mêle à une écriture de cycle de mélodies, et l’on y entend déjà la science des couleurs orchestrales qui fera la gloire du futur auteur de Der ferne Klang. Les représentations scéniques n’interviendront qu’en 1985 (version réduite) et 2001 (orchestre complet).

Livret :

Dora Leen (Dora Pollak, 1880-vers 1942), présentée au compositeur par l’entourage de l’écrivain Ferdinand von Saar, fournit un texte en quinze scènes, de construction symétrique en deux parties de huit scènes, dont le centre est le duo de la Princesse et du Chanteur. Schreker porte l’ensemble à dix-sept scènes en scindant la septième du livret en trois, pour ménager un finale d’ensemble. Le thème de la « femme tombée », récurrent dans son théâtre ultérieur, y apparaît déjà : une femme qui, pour avoir cédé à l’attrait d’un artiste, doit expier par la mort. Schreker écrira lui-même tous ses livrets suivants et, dans une esquisse autobiographique de 1917, prendra ses distances avec cette collaboration.

Intrigue :

  • Prélude et premières scènes : au château d’un prince, à la fin de la première croisade, Irmgard, épouse du prince, souffre de la défiance de son mari : avant son départ, celui-ci a placé son retour sous le signe d’une épreuve, et son baiser doit être fatal si elle lui a été infidèle. Elle se confie à Agnes, sœur du prince.
  • Scènes centrales : un chanteur de passage au château chante l’amour, la beauté et la passion et éveille chez Irmgard des sentiments qu’elle ne peut plus étouffer. Leur duo (scène 10) scelle l’aveu et les invite à fuir vers « une joyeuse lointaine ». Mais Irmgard reste liée à son devoir ; le Chanteur s’éloigne.
  • Retour du prince : Agnes prie pour son frère. Le prince revient victorieux, accueilli par le chœur des croisés et par la vieille Margot. Irmgard refuse son baiser avant qu’il ait bu à la coupe de bienvenue, tandis que le prince demande à Dieu de guider son destin.
  • Dénouement : Irmgard avoue avoir brisé la loi qu’il lui avait imposée et, prête à mourir pour sauver la vie de son mari, s’effondre ; le chœur des croisés reprend l’hymne de la bénédiction céleste.

Enregistrement(s)

Schreker, Flammen — Strobel (Marco Polo)

Frank Strobel — 1992

Format : CD (1 disque)
Label : Marco Polo (Opera Classics)
Référence : 8.223422
Année d’enregistrement : 1992 (production du Pianopianissimo Musiktheater de Munich ; édition Marco Polo en 1993)
Distribution :

  • Irmgard : Kristin Theisen
  • Le Chanteur : Eugen Procter
  • Agnes : Leslie Bollinger
  • Le Prince : Adam Kruzel
  • Margot : Sabine Fues

Direction : Frank Strobel
Orchestre : Instrumental Ensemble and Chorus of the PPP Music Theatre (Munich)
Langue : allemand

Particularité :
Premier enregistrement de l’œuvre, issu de la production munichoise de 1985, qui adopte une orchestration réduite pour petit ensemble instrumental. Frank Strobel, qui dirigeait déjà la production, y défend la partition avec les moyens limités d’un théâtre de chambre : l’intimité y souligne le caractère de cycle de lieder de l’ouvrage. Le livret complet, avec traduction anglaise, accompagne le disque.

Schreker, Flammen — Windfuhr (cpo)

Ulrich Windfuhr — 2013

Format : CD (1 disque)
Label : cpo
Référence : 999 824-2
Année d’enregistrement : 2013 (édition ; enregistrement en direct à l’Opéra de Kiel, 17 juin 2001)
Distribution :

  • Irmgard : Manuela Uhl
  • Le Chanteur : Robert Chafin
  • Agnes : Heike Wittlieb
  • Le Prince : Jörg Sabrowski
  • Margot : Katharina Peetz
  • Un chevalier : Hans Georg Ahrens

Direction : Ulrich Windfuhr
Orchestre : Orchestre philharmonique de Kiel et Chœur de l’Opéra de Kiel
Langue : allemand

Particularité :
Captation en direct de la première représentation scénique avec l’orchestration originale (mise en scène de Markus Bothe), à partir du matériel préparé par la Société Franz Schreker de Paris. Elle fait entendre pour la première fois la partition telle que Schreker l’avait conçue, avec ses grands aplats de cordes opposés aux bois et ses couleurs wagnériennes ; c’est la référence de l’œuvre.

Postérité :

Resté inédit du vivant de Schreker, Flammen n’a connu qu’une exécution en concert en 1902 ; seuls deux numéros pour soprano et orchestre (la prière d’Agnes et le chant d’Irmgard) furent publiés par Universal Edition en 1922. Il faut attendre 1985 pour la première mise en scène, à Munich, puis 2001 pour la version avec orchestre complet à Kiel. Cet opéra de jeunesse, bien éloigné de la sensualité flamboyante de Der ferne Klang (1912) ou Der Schatzgräber (1920), reste rare au répertoire mais intéresse les amateurs du compositeur : il annonce, dès 1902, ses thèmes de prédilection (la femme, l’artiste et la faute) et la manière orchestrale de ses grandes œuvres.

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