Format :
- Opéra en un prologue, deux actes et un épilogue (« Die Vision einer Oper »).
- Musique : Franz Schreker (1878-1934).
- Livret : Franz Schreker lui-même, comme dans la plupart de ses opéras ; l’œuvre est dédiée à Arnold Schoenberg.
- Langue : allemand.
Création :
1er octobre 1978, Theater Freiburg (Fribourg-en-Brisgau), sous la direction de Klaus Weise.
Schreker entame la partition en 1925, l’interrompt pour écrire Der singende Teufel (1927-1928), puis l’achève en 1929, à plus de cinquante ans. Après le triomphe de Der ferne Klang et des Gezeichneten, son style postromantique et symboliste paraît dépassé par la Neue Sachlichkeit et le néoclassicisme ; Christophorus témoigne de cette inflexion, avec un orchestre réduit et sans chœur. Prévue à Fribourg en 1933, la création est annulée sous la pression nazie en raison des origines juives du compositeur, et ne sera donnée que quarante-cinq ans plus tard, avec notamment Jan Alofs (Meister Johann), Patricia Stasis (Lisa), Luis Glockner (Anselm) et Steven Kimbrough (Christoph).
Livret :
Schreker invente un opéra sur l’acte de créer un opéra. Le sujet, la légende de saint Christophe, porteur de l’enfant Jésus, n’est que le prétexte d’un drame d’artistes où fiction et réalité se confondent : le jeune compositeur Anselm, son ami Christoph et la femme de ce dernier, Lisa, deviennent à la fois personnages de l’œuvre en cours et protagonistes d’une véritable tragédie. L’intrigue, complexe et parfois confuse, interroge l’hypersensibilité de l’artiste, la dégénérescence de l’art et la place de la « germanité » dans la musique moderne, avec une vision du monde plus proche de Nietzsche et de Thomas Mann que de la vie même de Schreker.
Intrigue :
- Prologue : Anselm, élève en composition, reçoit de son maître Meister Johann la commande d’un quatuor à cordes sur la légende de saint Christophe. Il juge le sujet trop peu dramatique et préfère écrire un opéra dans lequel figurent son ami Christoph, Lisa, qu’il aime et qui est l’épouse de Christoph, et lui-même.
- Acte I : Un an plus tard, Anselm travaille à son opéra. Christoph a renoncé à la composition pour le mariage et la famille. Après la naissance de leur enfant, Lisa, insatisfaite et inquiète de son apparence, se sent attirée par Anselm, qui lui a écrit une scène où elle incarne une danseuse du péché et de la séduction. Leur attirance grandit jusqu’à ce que Christoph les surprenne et tue Lisa ; lui et Anselm prennent la fuite.
- Acte II : En fuite, les deux hommes entrent dans un cabaret sordide où la chanteuse Rosita les divertit, puis assistent à une séance de spiritisme conduite par l’abbé Caldani, au cours de laquelle Christoph, sous l’effet de l’opium, tente d’entrer en contact avec sa femme morte. La scène devient chaotique et Anselm comprend qu’il perd le contrôle de son œuvre.
- Épilogue : Rêve et réalité se sont confondus. Horrifié par ce qu’il a créé, Anselm ne parvient pas à achever son opéra et en appelle à Meister Johann, qui le ramène à la musique dans sa forme la plus simple : Anselm commence le quatuor à cordes.
Enregistrement(s)

Ulrich Windfuhr — 2005
Format : CD (2 disques : 62:51 et 39:37)
Label : cpo
Référence : 999 903-2
Année d’enregistrement : juin 2002 – mars 2003, Opernhaus Kiel (captation en public de la production scénique de l’Opéra de Kiel) ; édition 2005
Distribution :
- Meister Johann : Hans Georg Ahrens
- Lisa, sa fille : Susan Bernhard
- Anselm : Robert Chafin
- Christoph : Jörg Sabrowski
- Heinrich / Dr. Hartung : Matthias Klein
- Amandus : Bernd Gebhardt
- Ernst : Hans-Jürgen Schöpflin
- Frederik / Silia : Simon Pauly
- L’Enfant : Luise Kinner
- Florence : Monika Teepe
- Rosita : Jennifer Arnold
- Etta / Mabel : Marita Dübbers
- Starkmann : Roland Holz
Direction : Ulrich Windfuhr
Orchestre : Orchestre philharmonique de Kiel (Philharmonisches Orchester Kiel) ; Chœur de l’Opéra de Kiel
Langue : allemand
Particularité :
Premier enregistrement de l’ouvrage, issu du cycle Schreker mené à l’Opéra de Kiel de 2001 à 2003 sous la direction artistique de Kirsten Harms, et troisième volet d’une trilogie captée en direct sous la baguette de Windfuhr. La critique a loué la direction vive et idiomatique de Windfuhr, la sensibilité de la prise de son (peu de bruits de scène) et le Christoph et l’Anselm de Jörg Sabrowski et Robert Chafin, tout en jugeant parfois les rôles principaux inégaux ; Roland Holz, dans le rôle parlé de Starkmann, s’est distingué. Les cloches qui précèdent le prologue et ponctuent les actes confèrent à l’interprétation un climat quasi liturgique. Le livret du coffret reproduit une introduction de Schreker.
Postérité :
Œuvre tardive et méconnue, créée seulement en 1978, donnée en concert à Vienne en 1991 et mise en scène à Kiel en 2002, Christophorus reste réservée aux admirateurs de Schreker. La critique y entend des échos de Wozzeck de Berg et des opéras tardifs de Strauss, mais aussi des parentés avec Wagner et Fauré, et souligne un livret « à la Pirandello », déroutant. Elle précède la dernière œuvre de Schreker, Der Schmied von Gent (1932), avant l’interdiction de sa musique par le régime nazi.

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