Note personnelle : ,

Schreker, Franz — Der Schmied von Gent (1932)

Format :

  • Grand opéra féerique (« Große Zauberoper ») en trois actes.
  • Musique : Franz Schreker (1878-1934).
  • Livret : Franz Schreker lui-même, d’après Smetse Smee, conte des Légendes flamandes (1858) de Charles de Coster, découvert lors d’une représentation de théâtre de marionnettes à Pallanza, au bord du lac Majeur, à l’été 1929.
  • Langue : allemand.

Création :

29 octobre 1932, Städtische Oper, Berlin, sous la direction de Paul Breisach.
Schreker a cinquante-quatre ans ; il a commencé la partition à l’automne 1929, en pleine crise artistique : Der singende Teufel venait d’échouer à l’Opéra Unter den Linden, et son ouvrage précédent, Christophorus, avait été refusé par son éditeur. Il choisit alors le parti de l’opéra populaire (« Volksoper »), plus accessible, avec un langage pluraliste, ironique et chantant qui fait place au lied, à la danse et à la chanson. La création fut troublée par des manifestations de la droite visant le compositeur en raison de ses origines juives, annonçant la fin de sa carrière.

Livret :

Schreker transpose la légende flamande de Smetse Smee, conte du Flamand Charles de Coster (1827-1879), avec son humour populaire et son arrière-plan historique : la révolte des Pays-Bas contre l’Espagne au temps de la guerre de Quatre-Vingts Ans. Le héros, un forgeron qui vend son âme au diable, ruse avec les puissances infernales avant d’être finalement accueilli au ciel. Le livret fait la synthèse de la féerie, du comique de marionnettes et d’une satire sociale, tandis que la musique, volontairement hétéroclite, parodie plusieurs genres.

Intrigue :

  • Acte I : À Gand, au temps de la guerre de Quatre-Vingts Ans, Smee tient avec ses compagnons une forge sur le quai de l’Oignon. Les affaires sont florissantes, car il compte parmi ses clients des officiers de l’occupant espagnol. Son rival Slimbroek, jaloux, sabote le cheval d’un client espagnol et dénonce le forgeron, qui voit sa forge fermée. Désespéré, Smee veut mourir, mais au dernier moment des voix mystérieuses lui offrent un marché : sept ans de prospérité et de bonheur, puis son âme. Il signe le pacte avec le diable et sa forge prospère miraculeusement.
  • Acte II : Près de sept ans plus tard, la femme de Smee ignore toujours l’origine de leur richesse. Le forgeron n’a pas perdu son bon cœur et aide une famille dans le besoin, dans laquelle il reconnaît saint Joseph et la Vierge avec l’Enfant Jésus. En remerciement, ils lui accordent trois vœux, grâce auxquels il piège les trois émissaires de l’enfer : le bourreau Jakob Hessels, le duc d’Albe et la séduisante diablesse Astarté. Smee parvient à déchirer le papier noir du pacte, mais Lucifer en personne fait descendre la forge en enfer.
  • Acte III : Privé de son atelier, Smee meurt ; il arrive aux portes de l’enfer, où les diables, qui se souviennent de la raclée, le repoussent. Par une échelle dorée, il gagne le paradis, mais saint Pierre, le strict gardien, ne le laisse pas entrer. Smee ouvre alors une taverne devant les portes du ciel, où il retrouve ses compagnons Flipke et Slimbroek, à la grande irritation de saint Pierre. C’est la femme de Smee, déjà admise au paradis, qui plaide pour lui ; le jugement pèse ses bonnes et ses mauvaises actions, et conclut en faveur du forgeron, qui peut faire entrer le ciel à sa manière.

Enregistrement(s)

Frank Beermann — 2012

Format : CD (2 disques : 61:23 et 66:32)
Label : cpo
Référence : 777 647-2
Année d’enregistrement : 28 janvier – 2 février 2010, Opernhaus Chemnitz, d’après la production de l’Opéra de Chemnitz ; édition d’avril 2012
Distribution :

  • Smee : Oliver Zwarg
  • Sa femme : Undine Dreißig
  • Flipke : André Riemer
  • Slimbroek : Edward Randall
  • Premier noble / Le duc d’Albe : Martin Gäbler
  • Deuxième noble / Le bourreau Jakob Hessels : Viktor Sawaley
  • Troisième noble : Thomas Mäthger
  • Astarté : Judith Kuhn
  • Josef : Matthias Winter
  • Maria : Anna Erxleben
  • Petrus : Kouta Räsänen
  • Deux anges : Judith Kuhn, David Sitka
  • Un écuyer : Christiane Barth

Direction : Frank Beermann
Orchestre : Robert-Schumann-Philharmonie ; Chœur et chœur d’enfants de l’Opéra de Chemnitz (chef de chœur : Mary Adelyn Kauffman)
Langue : allemand

Particularité :
Première intégrale discographique de l’ouvrage, issue de la production de Chemnitz ; le matériel d’orchestre a été refait avec le soutien de la Fondation Franz Schreker. Frank Beermann, directeur musical de l’Opéra de Chemnitz depuis 2007, dirige avec autorité une partition technique ; la critique a loué la qualité de l’équipe vocale, l’Astarté sensuelle de Judith Kuhn et la Maria lumineuse d’Anna Erxleben, tout en trouvant Slimbroek et Flipke parfois en retrait. Le disque a été évalué 4 étoiles par BBC Music Magazine (juillet 2012).

Postérité :

Dernier opéra achevé de Schreker, Der Schmied von Gent aurait dû marquer sa dernière grande création sous la République de Weimar ; la prise de pouvoir des nazis en 1933 le fit disparaître. Sa première reprise moderne eut lieu à la Staatsoper de Berlin en 1981 (Rolf Reuter), suivie de Bielefeld (1991), de Chemnitz (2010), de l’Opéra flamand (2020), de Münster (2023) et de Mannheim (2025). La critique juge la partition mieux ouvragée que le livret, plus accessible que Der ferne Klang ou Die Gezeichneten, sans devenir facile.

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