Format :
- Dramma per musica (opéra vénitien) en trois actes.
- Musique : Antonio Sartorio (1630-1680).
- Livret : Aurelio Aureli, d’après le mythe d’Orphée et Eurydice.
- Langue : italien.
Création :
Carnaval 1672-1673, Teatro San Salvatore, Venise.
Sartorio, né à Venise en 1630 et alors maître de chapelle à la cour de Hanovre, continue de composer pour les scènes vénitiennes. Sa partition, d’une cinquantaine d’airs courts et de quelques duos, sépare nettement l’air du récitatif : elle marque le passage de l’opéra vénitien de Cavalli vers l’opera seria.
Livret :
Aurelio Aureli, l’un des librettistes les plus fertiles de Venise, fait d’Orphée un époux dont la passion dominante est la jalousie, au point de comploter la mort de sa femme. Il mêle au mythe des intrigues secondaires et des personnages comiques (la nourrice Erinda, le berger Orillo, le philosophe Esculape, les élèves du centaure Chiron) et change la fin en conclusion heureuse pour les personnages secondaires. L’ouvrage fut repris à Vienne, Naples (1682, sous le titre Orfeo ed Euridice), Brunswick, Bologne, Turin et Gênes.
Intrigue :
- Acte I : Orphée et Eurydice célèbrent leurs noces ; Esculape les met en garde contre les périls du mariage. Aristée, frère d’Orphée, est gravement malade : il aime en secret Eurydice. Dans les montagnes, Autonoé, déguisée en bohémienne, cherche l’amant qui l’a abandonnée, et obtient l’aide d’Achille et d’Hercule, élèves du centaure Chiron. Orphée surprend la déclaration d’Aristée à Eurydice et feint de n’avoir rien entendu.
- Acte II : Orphée se lamente sur sa jalousie, puis, interprétant mal un entretien entre Eurydice et Aristée, menace sa femme de son épée. Il ordonne ensuite au berger Orillo de la tuer dans les bois ; Orillo hésite, mais Eurydice meurt, mordue par un serpent. Aristée, qui veut mourir, est abordé par Bacchus.
- Acte III : Orphée pleure Eurydice, dont l’ombre lui apparaît en songe. Aux Enfers, Pluton lui permet de la ramener à condition qu’il ne la regarde pas ; Orphée se retourne et les Furies reprennent Eurydice. Il jure de ne plus jamais aimer. Sur le rivage de Thrace, Autonoé, d’abord vengeresse, pardonne à Aristée repentant et l’épouse ; Thétis rappelle son fils Achille à un destin héroïque.
Enregistrement(s) :

René Clemencic — 1979
Format : 3 CD
Label : Warner Fonit (collection « Musica Antiqua »), d’après l’édition Fonit Cetra
Référence : 8573 84103-2 (édition originale : Fonit Cetra CDC 96)
Année d’enregistrement : 18 et 19 octobre 1979, Teatro Goldoni, Venise (Biennale de Venise), enregistrement live par la RAI.
Distribution :
- Orfeo : Sergio Vartolo, ténor
- Euridice / Tetide : Petya Grigorova, soprano
- Aristeo : Gérard Lesne, haute-contre
- Autonoe : Ana Higueras Aragón, soprano
- Chirone / Bacco : Andrew W. Schultze, baryton
- Ercole : Kurt Spanier, ténor
- Achille : Henri Ledroit, haute-contre
- Esculapio / Pluto : Pedro Liendo, basse
- Erinda : Mieczyslaw Antoniak, ténor
- Orillo : Aida Baghramian-Stuber, soprano
Direction : René Clemencic
Orchestre : Voci e strumenti Clemencic Consort
Langue : italien
Particularité :
Captation de la recréation donnée à la Biennale de Venise de 1979, première reprise de l’ouvrage depuis le XVIIe siècle, par un Clemencic pionnier de la musique sur instruments anciens. Le jeune Gérard Lesne figure parmi les interprètes. L’enregistrement, longtemps inédit, ne parut en CD que dans les années 1990. Le son est correct, les voix claires et l’équilibre réaliste, mais la critique relève le timbre étroit du protagoniste ; la distribution reste inégale. Le coffret intéresse surtout les spécialistes de l’opéra baroque.

Stephen Stubbs — 1998
Format : 2 CD
Label : Challenge Classics (première parution chez Vanguard Classics)
Référence : CC 72020
Année d’enregistrement : 31 août et 1er septembre 1998, Muziekcentrum Vredenburg, Utrecht (Festival de musique ancienne d’Utrecht), enregistrement live.
Distribution :
- Orfeo : Ellen Hargis, soprano
- Euridice : Suzie Le Blanc, soprano
- Aristeo : Ann Hallenberg, soprano
- Autonoe : Anne Grimm, soprano
- Tetide : Laurie Reviol, soprano
- Erinda / Ercole : Olof Lilja, ténor
- Achille : Rodrigo del Pozo, haute-contre
- Chirone / Bacco : Josep Cabré, basse
- Esculapio / Pluto : Harry van der Kamp, basse
- Orillo : Petra Noskaiová, mezzo-soprano
Direction : Stephen Stubbs (également au luth)
Orchestre : Teatro Lirico
Langue : italien
Particularité :
Captation d’une production du Festival d’Utrecht, où les rôles travestis d’Orfeo et d’Aristeo sont confiés à des sopranos. BBC Music Magazine (quatre étoiles) loue un jeu « net, vibrant et incisif » de Teatro Lirico, une distribution internationale et en majorité féminine superbe, et distingue la Euridice de Suzie Le Blanc, dont la lamentation, soutenue par de maigres cordes, atteint une intensité bouleversante.
Postérité :
L’Orfeo de Sartorio reste un exemple caractéristique, sans être exceptionnel, de l’opéra vénitien de la fin du XVIIe siècle. Tim Carter y voit même un « exemple assez lamentable d’un genre en déclin terminal », mais la verve des airs et la veine comique de l’ouvrage séduisent les interprètes d’aujourd’hui : après les recréations de 1979 et de 1998, il a été remonté à Fano (1999), à La Corogne (2005) et à Montpellier (2023).





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