Format :
- Opera seria (melodramma eroico) en 2 actes.
- Musique : Gioachino Rossini.
- Livret : Cesare della Valle, duc de Ventignano, d’après sa tragédie Anna Erizo ; ajouts de Gaetano Rossi pour la version vénitienne.
- Langue : italien
Création :
3 décembre 1820, Teatro San Carlo, Naples.
Avant-dernier opéra de Rossini pour Naples, il est créé avec une distribution fastueuse : Isabella Colbran (Anna), Andrea Nozzari (Erisso), Adelaide Comelli (Calbo) et Filippo Galli (Maometto). La naissance de l’ouvrage fut lente et très soignée, au sortir d’une année agitée (soulèvement libéral à Naples, difficultés du San Carlo), et marque la fin du rythme de travail frénétique du compositeur, qui n’écrira plus ensuite qu’un opéra par an. Considéré comme l’un des opéras les plus radicaux de Rossini, il ne remporta pas l’adhésion du public napolitain. Rossini en prépara une seconde version pour la Fenice de Venise (décembre 1822), avec une ouverture nouvelle et un dénouement heureux emprunté à La donna del lago (le rondo « Tanti affetti »).
Livret :
Cesare della Valle s’inspire du siège et de la prise de la colonie vénitienne de Négrepont par Mehmet II en 1470, mis en scène dans sa tragédie Anna Erizo comme un choc des civilisations. Pour les besoins du drame, il invente une liaison entre Anna, fille du gouverneur Paolo Erisso, et un certain Uberto, qui se révèle être Maometto lui-même sous un déguisement. L’auteur renia plus tard cette idée, qui affaiblissait à ses yeux la grandeur héroïque de la pièce ; Rossini, au contraire, en fit le centre de son opéra et transforma la tragédie en drame d’un amour impossible.
Intrigue :
- Acte I : Dans la colonie vénitienne de Négrepont, le gouverneur Paolo Erisso et ses généraux, menacés par le sultan Maometto II, jurent de se battre jusqu’à la mort sous l’impulsion de Calbo. Erisso, inquiet pour sa fille Anna, la destine à Calbo, qui l’aime ; Anna avoue pourtant aimer Uberto de Mytilène, rencontré à Corinthe. Alertés par un coup de canon, ils apprennent qu’un traître a ouvert les portes de la ville. Erisso confie à Anna un poignard pour qu’elle se tue plutôt que de tomber aux mains des musulmans. Au matin, Maometto entre en vainqueur. Il propose aux deux prisonniers vénitiens leur libération en échange de la reddition de la citadelle ; Anna se jette alors à ses pieds et reconnaît en lui Uberto. Elle exige la libération de son père et de Calbo, qu’elle présente comme son frère, sous la menace de se tuer.
- Acte II : Dans la tente de Maometto, le sultan offre à Anna sa main et son trône ; elle avoue l’avoir aimé mais le méprise d’avoir menti. Une attaque contre la citadelle a été repoussée et les Turcs massacrent les civils. Maometto remet à Anna un anneau impérial pour qu’elle puisse sauver son père et son « frère ». Dans les catacombes, Erisso soupçonne Anna d’avoir cédé, mais elle lui jure fidélité, lui rend l’anneau et lui demande de la marier à Calbo avant de les laisser partir. Resté seule, elle prie. Maometto la retrouve et exige l’anneau ; elle révèle que Calbo est son époux et se poignarde sur la tombe de sa mère, sous les lamentations des Turcs et des Vénitiennes.
Enregistrement(s) :

Claudio Scimone — 1983
Format : 3 CD (3 LP, 1985 ; réédition CD en 2004).
Label : Philips (Digital Classics), première discographique
Référence : Philips 412 148-2 (réédition Philips 475 509-2)
Année d’enregistrement : 1983 (studio ; lieu précis non indiqué dans les sources consultées).
Distribution :
- Maometto II : Samuel Ramey, basse
- Paolo Erisso : Ernesto Palacio, ténor
- Anna Erisso : June Anderson, soprano
- Calbo : Margarita Zimmermann, mezzo-soprano
- Condulmiero et Selimo : Laurence Dale, ténor
Direction : Claudio Scimone
Orchestre : Philharmonia Orchestra
Chœur : Ambrosian Opera Chorus
Langue : italien
Particularité :
Premier enregistrement de l’ouvrage (mention « First recording » sur la pochette), qui a largement contribué à sa redécouverte. Samuel Ramey y campe un Maometto de bronze face à l’Anna de June Anderson.

Claudio Scimone — 2005
Format : 2 DVD (haute définition), 174 minutes.
Label : Dynamic
Référence : Dynamic 33492 (DV 33492), 2006
Année d’enregistrement : Février 2005, Teatro La Fenice, Venise (live).
Distribution :
- Maometto II : Lorenzo Regazzo, basse
- Paolo Erisso : Maxim Mironov, ténor
- Anna Erisso : Carmen Giannattasio, soprano
- Calbo : Anna Rita Gemmabella, contralto
- Condulmiero : Nicola Marchesini, contre-ténor
- Selimo : Federico Lepre, ténor
Direction : Claudio Scimone (mise en scène, décors et costumes : Pier Luigi Pizzi)
Orchestre : Orchestre du Teatro La Fenice de Venise
Chœur : Chœur du Teatro La Fenice (chef de chœur : Emanuela Di Pietro)
Langue : italien
Particularité :
Captation vidéo de la version vénitienne de 1822 (édition établie par Claudio Scimone), avec un dénouement heureux. La mise en scène traditionnelle de Pier Luigi Pizzi et la Giannattasio ont été très louées par la critique, qui a émis davantage de réserves sur l’acteur-chanteur Mironov et sur le contre-ténor Marchesini.

Antonino Fogliani — 2018
Format : 3 CD.
Label : Naxos (série « Rossini in Wildbad »), coproduction avec Deutschlandradio Kultur
Référence : Naxos 8.660444-46
Année d’enregistrement : 15, 20 et 23 juillet 2017, Trinkhalle, Bad Wildbad (live, XXIXe festival Rossini in Wildbad).
Distribution :
- Maometto II : Mirco Palazzi, basse
- Paolo Erisso : Mert Süngü, ténor
- Anna Erisso : Elisa Balbo, soprano
- Calbo : Victoria Yarovaya, mezzo-soprano
- Condulmiero et Selimo : Patrick Kabongo Mubenga, ténor
Direction : Antonino Fogliani
Orchestre : Virtuosi Brunensis (direction artistique : Karel Mitáš)
Chœur : Camerata Bach Choir, Poznań (chef de chœur : Ania Michalak)
Langue : italien
Particularité :
Version de Naples (1820) dans l’édition critique de Hans Schellevis pour Bärenreiter. Gramophone a jugé la réalisation moins recommandable que d’autres, tout en saluant la grande scène finale d’Anna par Elisa Balbo.
Postérité :
L’accueil tiède de Naples puis la reprise à Vienne et Milan (1823-1824) et à Lisbonne (1826) n’ont pas empêché l’ouvrage de tomber dans l’oubli, malgré son remaniement par Rossini en français sous le titre Le Siège de Corinthe (Paris, 1826). La version originale resta presque inconnue pendant environ cent cinquante ans. Redécouverte au XXe siècle, avec la production du Metropolitan Opera de 1976 (en version italienne de la partition française), puis Pesaro (1985) et San Francisco (1988), l’œuvre a bénéficié d’une nouvelle édition critique (Hans Schellevis) utilisée à Santa Fe en 2012, à Garsington en 2013 et au Canadian Opera Company en 2015-2016.






Laisser un commentaire