Meyerbeer, Giacomo — Alimelek (1813)
Format :
- Singspiel (opéra-comique allemand à dialogues parlés) en 2 actes.
- Musique : Giacomo Meyerbeer.
- Livret : Johann Gottfried Wohlbrück, d’après un conte des Mille et Une Nuits ; le livret fut remanié pour la version révisée viennoise de 1814.
- Langue : allemand.
Création :
6 janvier 1813, au Théâtre de la Cour de Stuttgart, sous le titre Wirt und Gast, oder Aus Scherz Ernst (« L’Hôte et l’invité, ou Le jeu devenu sérieux »), sous la direction de Conradin Kreutzer.
Meyerbeer, alors âgé de vingt et un ans, sortait de l’atelier de l’abbé Vogler à Darmstadt, où il avait fréquenté Carl Maria von Weber, et venait de s’imposer à Munich avec l’oratorio-opéra Jephtas Gelübde. Sa plume, nourrie de contrepoint savant et de l’élégance mélodique du Singspiel mozartien, cherche déjà l’effet de scène et la couleur orientale qui feront plus tard sa réputation. L’accueil stuttgartois resta mitigé, la production ayant, de l’aveu du compositeur, été préparée à la hâte. L’ouvrage fut remanié et redonné à Vienne, au Kärntnertortheater, le 20 octobre 1814, sous le titre Die beiden Kalifen : c’est cette version révisée de 1814, établie par Volker Tosta (Edition Nordstern, 2010), que présente le présent enregistrement.
Livret :
Le texte est dû à Johann Gottfried Wohlbrück, homme de théâtre et librettiste allemand, qui puise dans le fonds des Mille et Une Nuits : la figure du calife Haroun al-Rachid parcourant Bagdad incognito et le motif du simple mortel hissé un instant sur le trône pour une épreuve, bien connu du conte du « dormeur éveillé ». Le fil comique du déguisement et de la farce, tempéré par une tendresse paternelle et une morale d’indulgence, convient à merveille au goût du Singspiel de l’époque. L’ouvrage est aussi connu sous les titres Alimelek et Die beiden Kalifen (« Les Deux Califes »).
Intrigue :
- Acte I : Dans la riche demeure d’Alimelek, à Bagdad. Le jeune homme, qui a dilapidé la moitié de son héritage avec de joyeux compagnons, s’est retiré du monde pour cacher Irène, nièce du calife, qu’il a sauvée d’un naufrage et dont il est tombé amoureux ; elle avait fui le palais pour échapper au mariage que son oncle lui imposait avec le prince Sélim. Les anciens amis s’introduisent un instant dans la maison, mais un serviteur les chasse par une ruse. Alimelek rentre alors avec deux hôtes inconnus, qui ne sont autres que le calife Haroun al-Rachid, déguisé en magicien et médecin, et son confident Giafar, travesti en assistant. Alimelek se déclare comblé et chante les louanges du calife ; son seul souhait serait de corriger les imams qui le fustigent. Pendant un chant à boire, Giafar verse un somnifère dans son verre sur l’ordre du calife, qui veut le transporter au palais pour qu’il y règne à son tour. Alimelek présente Irène à ses hôtes au moment même où l’oncle et la nièce se reconnaissent, puis il s’endort. Le calife, courroucé en apparence, ordonne de les emmener au palais ; seul Ibrahim, l’intendant, reste désemparé.
- Acte II : Dans la salle du trône du palais. Le calife, retrouvé en vizir, organise un règne éphémère pour Alimelek, devenu « calife » : la cour, Irène et de faux solliciteurs jouent la comédie. Alimelek éprouve son pouvoir : il fait verser une forte somme à sa vieille mère, ordonne de bastonner les imams et refuse la dispense de mariage que lui demande Irène, travestie en servante, car sa fiancée est déjà promise à un certain Alimelek. Après une procession de plaignants dont il retourne chaque cause à sa guise en puisant dans le trésor, un second somnifère met fin au jeu devenu trop coûteux, et le calife, rétabli dans ses fonctions, fait jeter le dormeur au cachot. Irène, venue s’expliquer, apprend la ruse et supplie son oncle : elle préfère mourir plutôt qu’épouser Sélim. Dans le cachot, Giafar, déguisé en geôlier, accueille Alimelek ; le calife, qui se présente en magicien, le met devant un choix cruel, avouer qu’il a enlevé Irène pour la rançonner et payer de sa vie, ou la laisser à un sort pire encore. Alimelek accepte de se sacrifier. Ramenés dans la salle du trône, les amants voient le calife, vaincu par la tendresse paternelle, sceller leur union au milieu de l’allégresse de la cour.
Enregistrement(s)

Ola Rudner — 2021
Format : CD (2 disques, durée totale 101’47)
Label : Sterling (première mondiale)
Référence : CDO-1125/1126-2
Année d’enregistrement : 9-10 octobre 2010, Festhalle, Bad Urach (Allemagne), captation scénique lors des Herbstliche Musiktage Bad Urach ; édition discographique en 2021
Distribution :
- Alimelek, jeune et riche musulman : Jan Kobow, ténor
- Harun-al-Raschid, calife de Bagdad, également magicien et vizir : Lars Woldt, basse
- Irène, sa nièce : Britta Stallmeister, soprano
- Giafar, son confident, également assistant du magicien, chambellan et geôlier : Timothy Oliver, ténor
- Ibrahim, intendant d’Alimelek : Giuseppe Pennini, ténor
- Un serviteur d’Alimelek : Alexander Koller, basse
- Le chef des gardes : Peter Goldner, basse
Direction : Ola Rudner
Orchestre : Württembergische Philharmonie Reutlingen ; Chamber Choir of Europe (direction artistique : Nicol Matt ; préparation du chœur : Daniel Sans)
Langue : allemand
Particularité :
Première mondiale au disque de l’ouvrage, issue d’une production de scène donnée dans le cadre du festival automnal de Bad Urach et produite par la radio SWR2 (Südwestrundfunk) : l’enregistrement conserve ainsi l’énergie et le naturel d’un spectacle vivant. Il s’appuie sur l’édition critique de Volker Tosta (Edition Nordstern, 2010) et sur la version révisée viennoise de 1814, dont le déroulé musical se compose d’une ouverture, de douze numéros et d’une marche turque. Le chœur de Chamber Choir of Europe incarne les convives, les imams, les gardes et la cour. Les rôles purement parlés (l’usurier Jussuf, le pêcheur Kobad, la vieille Mutis et sa fille Misis, deux odalisques) sont omis dans cette production, et la partie parlée se trouve réduite aux seuls dialogues indispensables. La distribution, solide et stylée, réunit Jan Kobow, ténor souple en Alimelek, la basse sonore de Lars Woldt en calife facétieux, Britta Stallmeister en Irène et Timothy Oliver en Giafar. Cette gravure offre une précieuse porte d’entrée vers le Meyerbeer de jeunesse, encore allemand, avant son virage italien puis parisien.
Postérité :
Après Stuttgart (1813) et Vienne (1814), où l’œuvre fut présentée durant le Congrès, Die beiden Kalifen fut reprise à Prague en 1815 et à Dresde en 1820 sous la direction de Carl Maria von Weber, qui la défendit sous le titre Alimelek, oder die beiden Kalifen. Meyerbeer, déçu par l’accueil viennois, se tourna ensuite vers l’Italie, où l’influence de Rossini l’orienta vers le bel canto avant la consécration parisienne du Robert le Diable (1831) et des Huguenots (1836). Longtemps oubliée, cette partition de jeunesse, contemporaine de la grande éclosion du Singspiel romantique allemand et de l’engouement pour l’Orient des Mille et Une Nuits, n’a refait surface que grâce à des productions de scène récentes et à cet enregistrement, qui la rend enfin accessible à l’auditeur d’aujourd’hui.

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