Note personnelle : ,

Meyerbeer, Giacomo — Dinorah (1859)

Meyerbeer, Giacomo — Dinorah (1859)

Format :

  • Opéra-comique en 3 actes (sous-titré Le Pardon de Ploërmel).
  • Musique : Giacomo Meyerbeer.
  • Livret : Jules Barbier et Michel Carré, d’après deux récits bretons d’Émile Souvestre, La Chasse aux trésors et Le Kacouss de l’Armor.
  • Langue : français (dialogues parlés et parties chantées).

Création :

4 avril 1859, à l’Opéra-Comique (salle Favart), Paris, avec Marie Cabel dans le rôle-titre.
Meyerbeer a alors soixante-sept ans. Maître incontesté du grand opéra français depuis Robert le Diable (1831), Les Huguenots (1836) et Le Prophète (1849), il renoue ici avec l’opéra-comique, genre auquel il rêvait depuis un premier séjour parisien en 1815 et qu’il avait déjà abordé avec L’Étoile du Nord (1854). Son style tardif, d’une orchestration raffinée et pleine de couleurs pittoresques, y mêle l’héritage de la tradition française, de l’opéra italien et du Singspiel allemand de sa jeunesse.

Livret :

L’idée du sujet naît en 1854, lorsque Meyerbeer, séduit par l’exemple des Noces de Jeannette de Victor Massé, demande à Jules Barbier et Michel Carré un livret d’opéra-comique en un acte, d’abord intitulé Les Chercheurs de trésor. Les deux auteurs s’inspirent des récits bretons qu’Émile Souvestre avait publiés dans la Revue des deux mondes entre 1849 et 1852. Entre 1855 et 1856, sur les instances du compositeur, le projet est étoffé en trois actes, avec de nouvelles scènes de nuit et d’orage. Le livret mêle folklore breton, thème de la folie amoureuse, chasse au trésor et merveilleux populaire : la chèvre Bellah, le sorcier Tonyk et les Korrigans.

Intrigue :

  • Acte I (Le soir) : Au pays de Ploërmel, en Bretagne, on se prépare au pèlerinage annuel du Pardon. Un an plus tôt, la tempête a détruit la ferme de Dinorah le jour de ses noces avec le chevrier Hoël, qui avait quitté la jeune fille pour tenter de s’emparer d’un trésor, sur les conseils du sorcier Tonyk, promettant de revenir riche après un an de solitude. Dinorah, privée de raison, erre désormais dans la campagne avec sa chèvre Bellah et chante une berceuse. Le cornemuseux Corentin, terrorisé par les esprits, voit surgir Hoël, qui le convainc de l’accompagner à la recherche du trésor : le premier à toucher l’or doit mourir dans l’année, et Hoël veut y exposer Corentin. Dinorah les suit en secret.
  • Acte II (La nuit) : Dans la forêt, des bûcherons rentrent de la taverne, puis Dinorah, au clair de lune, chante sa célèbre « Ombre légère » en dansant avec son ombre. Hoël et Corentin parviennent au bord d’un gouffre ; devant la menace de l’orage, Corentin refuse de descendre. Dinorah, qui a perdu sa chèvre, tente de les arrêter et empêche Corentin de s’engager dans le ravin. Au plus fort de la tempête, un arbre jeté sur le gouffre sert de passerelle à Dinorah, qui veut rattraper Bellah ; la foudre frappe l’arbre, et Hoël la voit tomber dans l’abîme.
  • Acte III (Le matin) : Au lever du jour, Hoël, désespéré, tient Dinorah évanouie dans ses bras, retenue dans sa chute par un arbre. Au contact de son amour, elle revient à la raison, croyant se réveiller d’un mauvais rêve : elle n’a gardé aucun souvenir de l’année écoulée et se croit au matin de ses noces. La procession du Pardon approche ; Hoël renonce au trésor, et le couple, enfin réuni, rejoint la chapelle dans l’allégresse des villageois.

Enregistrement(s)

Meyerbeer : Dinorah — Judd (Opera Rara)

James Judd — 1993

Format : CD (3 disques, durée totale environ 2 h 45)
Label : Opera Rara
Référence : ORC 5 (réédition en CD de l’enregistrement paru en LP en 1980 sous la référence OR 5)
Année d’enregistrement : 1979, en studio (édition CD : 1993)
Distribution :

  • Dinorah : Deborah Cook, soprano
  • Hoël : Christian du Plessis, baryton
  • Corentin : Alexander Oliver, ténor
  • Un chevrier : Della Jones, mezzo-soprano
  • Une chevrière : Marilyn Hill Smith, soprano
  • Un chasseur : Roderick Earle
  • Un faucheur : Ian Caley

Direction : James Judd
Orchestre : Philharmonia Orchestra ; Geoffrey Mitchell Choir (chef de chœur : Geoffrey Mitchell)
Langue : français

Particularité :
Enregistrement de studio de la maison Opera Rara, spécialiste de la redécouverte du répertoire belcantiste et romantique, publié d’abord en trois LP puis réédité en CD en 1993. Il offre une version complète de la partition, avec ses dialogues, dans une distribution de belle tenue : la Dinorah virtuose et claire de Deborah Cook, le Hoël d’une grande noblesse de Christian du Plessis et le Corentin pittoresque d’Alexander Oliver. L’orchestre est dirigé avec souplesse par James Judd. Longtemps le seul témoignage complet aisément disponible de l’ouvrage, il a constitué pour plusieurs générations d’auditeurs la porte d’entrée vers cet opéra-comique tardif de Meyerbeer.

Meyerbeer : Dinorah — Mazzola (cpo)

Enrique Mazzola — 2016

Format : CD (2 disques)
Label : cpo, en collaboration avec la Deutsche Oper Berlin, Deutschlandradio Kultur et avec le soutien du Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française
Référence : 555 014-2
Année d’enregistrement : 29 septembre – 1er octobre 2014, en concert, Philharmonie, Berlin (édition discographique : 2016)
Distribution :

  • Dinorah : Patrizia Ciofi, soprano
  • Hoël : Etienne Dupuis, baryton
  • Corentin : Philippe Talbot, ténor
  • Le Chasseur : Seth Carico, baryton
  • Première bergère : Elbenita Kajtazi, soprano
  • Le Faucheur : Gideon Poppe, ténor
  • Deuxième bergère : Christina Sidak, mezzo-soprano

Direction : Enrique Mazzola
Orchestre : Orchestre et Chœur de la Deutsche Oper Berlin (préparation du chœur : William Spaulding)
Langue : français

Particularité :
Captation d’une exécution de concert donnée dans le cadre du cycle Meyerbeer de la Deutsche Oper Berlin, que dirige Enrique Mazzola, et première exécution de la version originale de la partition d’après la nouvelle édition critique réalisée pour l’occasion. Cette édition permet d’entendre l’ouvrage tel qu’il fut créé à l’Opéra-Comique le 4 avril 1859, avec l’alternance traditionnelle de dialogues parlés et de numéros chantés. Patrizia Ciofi, coloratoure à l’aigu cristallin et au timbre séduisant, réussit une Dinorah de grande classe dans la scène de l’ombre ; Etienne Dupuis campe un Hoël puissant et Philippe Talbot un Corentin truculent. La prise de son est jugée excellente et ne laisse guère percevoir la présence du public. Cet enregistrement actualise de façon décisive la discographie de l’ouvrage.

Postérité :

Triomphe à Paris, Dinorah est reprise à l’Opéra-Comique à de nombreuses reprises jusqu’en 1912 et y dépasse les deux cents représentations. Dès le 26 juillet 1859, Meyerbeer en prépare à Londres une version italienne, Dinorah, ossia Il pellegrinaggio di Ploërmel, pour Covent Garden, dans laquelle les dialogues sont remplacés par des récitatifs et où Caroline Miolan-Carvalho reprend le rôle-titre ; c’est dans cette version que l’ouvrage conquiert les scènes européennes. Si la critique reprocha au livret son invraisemblance, elle salua l’originalité d’une partition dont la poésie pastorale, l’orage et la scène de l’ombre annoncent déjà la féerie de Ravel dans L’Enfant et les sortilèges. Délaissée au XXe siècle, l’œuvre est redécouverte par quelques reprises (Parme en 2000, Compiègne en 2002), puis par la production de la Deutsche Oper Berlin en 2014. Elle demeure un rôle de bravoure convoité des grands soprani colorature.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *