Note personnelle : ,

Grétry, André-Ernest-Modeste — L’Amant jaloux (1778)

Format :

  • Comédie mêlée d’ariettes (opéra-comique) en trois actes, L’Amant jaloux ou les Fausses Apparences.
  • Musique : André-Ernest-Modeste Grétry.
  • Livret : Thomas d’Hèle (vers de François Levasseur), d’après la comédie The Wonder: A Woman Keeps a Secret (1714) de Susanna Centlivre.
  • Langue : français (dialogues parlés et numéros chantés).

Création :

20 novembre 1778, Versailles, devant la cour ; première parisienne le 23 décembre 1778 à la Comédie-Italienne.
Né à Liège en 1741, formé à Rome où il s’était épris de l’opera buffa de Pergolèse, Grétry est arrivé à Paris en 1767 et s’est rapidement imposé comme le maître de l’opéra-comique, bénéficiant de la protection de Marie-Antoinette. L’Amant jaloux, son vingt-troisième ouvrage lyrique, connut un succès considérable : 150 représentations jusqu’en 1788, et un maintien au répertoire jusqu’au milieu du XIXe siècle. Nombre de critiques y virent un modèle du genre. Grétry y offrit notamment à la soprano Marie-Jeanne Trial, dont il vantait « la plus belle voix que la nature ait jamais formée », une ariette de virtuosité destinée à la faire briller.

Livret :

Thomas d’Hèle, de son vrai nom Thomas Hales, était un Anglais d’origine irlandaise établi à Paris, qui fournit à Grétry trois livrets en trois ans (Le Jugement de Midas, L’Amant jaloux, Les Événements imprévus) avant de mourir prématurément en 1780, à 40 ans. Il transpose en Espagne la comédie d’intrigue de Susanna Centlivre, dont il conserve les quiproquos et la « teinte romanesque qu’inspirent les mœurs, les amours nocturnes et les romans espagnols », selon les Mémoires de Grétry. Celui-ci y souligne le jeu des contrastes : le fougueux et jaloux Don Alonze face à la douce et indécise Léonore, le négociant Lopez, homme d’ordre, face à la soubrette dégourdie Jacinte, le vif officier français Florival face à Donna Isabelle et sa gravité espagnole. L’œuvre équilibre deux thèmes majeurs, la jalousie et les mariages arrangés.

Intrigue :

  • Acte I : À Cadix, chez le riche négociant Lopez. Celui-ci, soucieux de ses intérêts, s’oppose à ce que sa fille Léonore, jeune veuve, se remarie ; la soubrette Jacinte défend les droits de la jeunesse, et Lopez peste contre les frères et sœurs. Isabelle, sœur de Don Alonze, fuyant un mariage forcé, a été secourue par un officier français, Florival ; Léonore accepte de la cacher chez elle, dans un cabinet. Don Alonze, amant passionné et jaloux de Léonore, survient et s’inquiète des mystères qui entourent sa maîtresse ; Isabelle parvient à s’enfuir de sa cachette, et l’acte s’achève sur un finale de reproches et de soupçons.
  • Acte II : Léonore, lasse de la jalousie d’Alonze, déclare vouloir rompre sa chaîne. Lopez et Jacinte se chamaillent sur le mariage. Florival, revenu dans la maison pour retrouver Isabelle, est surpris par Lopez, avec qui il chante un duo martial. Alonze, de plus en plus soupçonneux, se querelle avec Léonore ; la nuit venue, Florival donne sous les fenêtres sa célèbre sérénade « Tandis que tout sommeille », qu’Alonze croit adressée à Léonore. Celle-ci, tenue au secret par sa promesse à Isabelle, ne peut se justifier.
  • Acte III : Au jardin, la nuit, Isabelle chante son ariette « Ô douce nuit » et retrouve Florival, qui lui déclare son amour. Alonze découvre Florival dans le jardin et, fou de jalousie, veut se battre ; Lopez accourt en bonnet de nuit pour séparer les rivaux. Les fausses apparences se dissipent enfin : Alonze comprend que Florival aimait sa sœur, implore le pardon de Léonore, qui finit par céder, et consent à l’union d’Isabelle et de Florival. La morale conclut : « Ne soyez jamais jaloux. »

Enregistrement :

Mathieu Lussier — 2025

Format : 2 CD.
Label : ATMA Classique.
Référence : ACD2 2830.
Année d’enregistrement : 20, 21 et 22 mai 2025, église de Saint-Augustin, Mirabel (Québec) ; parution en 2026.
Distribution :

  • Léonore : Magali Simard-Galdès, soprano
  • Isabelle : Hélène Guilmette, soprano
  • Jacinte : Guylaine Girard, soprano
  • Don Alonze : Pierre Derhet, ténor
  • Florival : Artavazd Sargsyan, ténor
  • Lopez : Matthieu Lécroart, baryton

Direction : Mathieu Lussier.
Orchestre : Arion Orchestre Baroque (coproduction Centre de musique baroque de Versailles).
Langue : français.

Particularité :

Réalisée en coproduction avec le Centre de musique baroque de Versailles, sous le conseil artistique de Benoît Dratwicki, cette intégrale n’est que la quatrième de l’œuvre au disque. Le bassoniste et chef Mathieu Lussier, directeur artistique d’Arion, dirige avec sens lyrique et énergie rythmique un orchestre sur instruments d’époque attentif aux raffinements de l’orchestration de Grétry : textures agiles, cordes finement articulées, pizzicati de la célèbre sérénade. La distribution entièrement francophone, qui conserve les dialogues parlés et soigne les transitions entre parlé et chanté, est saluée par la critique : Magali Simard-Galdès, Léonore à la voix homogène et riche en couleurs, Hélène Guilmette, touchante Isabelle, Guylaine Girard, soubrette vive et piquante, Pierre Derhet, Alonze passionné, Artavazd Sargsyan, Florival au style annonçant Rossini et Donizetti, et Matthieu Lécroart, Lopez à la technique irréprochable. Une version de référence moderne pour ce chef-d’œuvre de l’opéra-comique.

Postérité :

Resté au répertoire jusqu’au milieu du XIXe siècle, L’Amant jaloux est ensuite tombé dans l’oubli, comme une grande partie de l’œuvre de Grétry, dont seules quelques pages – la sérénade « Tandis que tout sommeille », enregistrée notamment par Roberto Alagna – ont survécu au concert. Le musicologue David Charlton suggère que Mozart et Da Ponte connaissaient l’ouvrage, qui a pu nourrir leurs Noces de Figaro. La redécouverte de l’opéra-comique du XVIIIe siècle lui a valu de nouvelles productions : en anglais par le Bampton Classical Opera (2012), par le Pinchgut Opera de Sydney (2015, enregistrée en CD), puis par Arion et le Centre de musique baroque de Versailles.

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