Note personnelle : ,

Giordano, Umberto — Marina (1888)

Format :

  • Melodramma en un acte (deux parties).
  • Musique : Umberto Giordano.
  • Livret : Enrico Golisciani.
  • Langue : italien.

Création :

Composé en 1888 pour le concours Sonzogno ; création mondiale le 12 février 2026, Milan, Teatro Dal Verme.
En 1888, le jeune Giordano, originaire des Pouilles et encore étudiant en composition au Conservatoire de Naples auprès de Paolo Serrao, présente Marina au concours d’opéra en un acte organisé par l’éditeur Sonzogno – celui-là même qui allait révéler Cavalleria rusticana de Mascagni et ouvrir l’ère du vérisme. Sur 73 partitions, Marina n’obtient pas l’un des trois premiers prix, mais figure parmi les neuf œuvres distinguées par une mention ; le directeur de Sonzogno, Amintore Galli, y voit « l’affirmation forte, distinctive et originale d’un esprit brillant ». Le concours vaut à Giordano une commande de l’éditeur, Mala vita (1892), dans laquelle il réutilise une partie de la musique de Marina. Le compositeur ne chercha jamais à faire représenter son premier opéra, qui dut attendre près de 140 ans sa création, au Teatro Dal Verme de Milan, dans l’édition critique d’Andreas Gies.

Livret :

Le Napolitain Enrico Golisciani (1848-1918), ami de Paolo Serrao et librettiste chevronné, auteur des livrets de Marion Delorme de Ponchielli et, plus tard, d’Il segreto di Susanna et d’I gioielli della Madonna de Wolf-Ferrari, signe un drame d’esprit vériste, situé non dans un passé lointain mais dans un présent légèrement exotique : le Monténégro, pendant un conflit avec la Serbie. Comme dans Cavalleria rusticana ou Pagliacci, des passions violentes s’y déchaînent avec une brutale soudaineté. Aucun exemplaire du livret n’ayant survécu, le texte a été restitué par Emanuele d’Angelo à partir de la partition autographe, retrouvée dans la collection Koch de la Beinecke Library (université Yale), où elle était entrée en 1986.

Intrigue :

  • Première partie : Au lendemain d’une bataille entre Serbes et Monténégrins, Marina attend chez elle le retour de son frère Daniele, chef des Monténégrins. Giorgio Lascari, officier serbe blessé et désarmé, frappe à sa porte ; après une hésitation, fidèle à la loi ancestrale de l’hospitalité, Marina soigne sa blessure et le cache dans une alcôve. Daniele rentre avec ses compagnons, dont Lambro, qui vient de venger la mort du père de Marina et de Daniele en tuant le responsable. On boit et l’on fête la victoire ; Lambro demande Marina en mariage. Pendant une chanson patriotique, Giorgio sort de sa cachette : il est le fils de l’homme que Lambro vient de tuer. Dans la fureur générale, Marina est accusée de trahison et Giorgio est emmené prisonnier ; Daniele exige que sa sœur assiste à l’exécution de l’ennemi.
  • Deuxième partie : Enveloppée d’une cape, Marina se rend à la grotte où Giorgio est enfermé, décidée à le sauver. Les deux jeunes gens, qui ont grandi l’un et l’autre sans mère ni tendresse, s’avouent leur amour ; Marina déguise Giorgio sous sa cape pour tromper les gardes et le fait fuir. Mais un coup de feu retentit : Lambro a abattu son rival. Lorsque Marina veut quitter la grotte, Lambro lui barre le passage et, aveuglé par la jalousie et le sentiment de trahison, la poignarde. Daniele, arrivé trop tard, s’agenouille près du corps de sa sœur, tandis que Lambro en appelle au jugement du ciel.

Enregistrement :

Vincenzo Milletarì — 2026

Format : 1 CD.
Label : Decca Classics.
Référence : 576 7566.
Année d’enregistrement : 13-15 février 2026, Teatro Dal Verme, Milan ; parution en 2026.
Distribution :

  • Marina : Eleonora Buratto, soprano
  • Giorgio Lascari : Freddie De Tommaso, ténor
  • Lambro : Mihai Damian, baryton
  • Daniele : Nicholas Mogg, baryton

Direction : Vincenzo Milletarì.
Orchestre : Orchestra I Pomeriggi Musicali di Milano ; Coro della Fondazione Teatro Petruzzelli (chef de chœur : Marco Medved).
Langue : italien.

Particularité :

Premier enregistrement mondial, réalisé au Teatro Dal Verme dans les jours qui ont suivi la création de l’œuvre, sur l’édition critique d’Andreas Gies publiée dans l’Edizione Nazionale delle Opere di Umberto Giordano. Vincenzo Milletarì équilibre avec justesse l’élan martial et le lyrisme romantique de la partition, sans raideur métronomique, révélant la modernité harmonique du jeune Giordano, ses échos de La Gioconda et d’Otello et la finesse de son orchestration (solos de cor anglais, violon, violoncelle). Eleonora Buratto campe une Marina d’une grande maîtrise technique et d’une rare subtilité, au legato superbe, qui atteint une grandeur quasi puccinienne dans les affrontements. Freddie De Tommaso signe l’une de ses plus belles réussites discographiques en Giorgio, alliant un aigu d’une fermeté digne des grands ténors spinto des années 1950 à l’introspection et aux nuances. Le baryton roumain Mihai Damian, dont c’est le premier disque, impressionne en Lambro par la noblesse de son timbre, aux côtés du Daniele de Nicholas Mogg. Une résurrection saluée par la critique, désignée « Recording of the Month » par Gramophone en septembre 2026, comme un modèle de la manière dont un opéra inconnu devrait être enregistré.

Postérité :

Resté inédit pendant près d’un siècle et demi, Marina offre un témoignage précieux sur les débuts de Giordano, futur auteur d’Andrea Chénier, de Fedora et de Siberia, et sur la genèse du vérisme italien, à l’heure même où naissait Cavalleria rusticana. Sa création milanaise en 2026 et son enregistrement immédiat par Decca, dans le cadre de l’Edizione Nazionale des œuvres du compositeur, lui ouvrent désormais la voie des scènes lyriques.

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