Note personnelle : ,

Heggie, Jake — Great Scott (2015)

Format :

  • Opéra (« American Opera ») en deux actes.
  • Musique : Jake Heggie.
  • Livret : Terrence McNally (histoire originale).
  • Langue : anglais (avec passages en italien pour l’opéra dans l’opéra).

Création :

30 octobre 2015, Dallas, Margot and Bill Winspear Opera House (AT&T Performing Arts Center), par le Dallas Opera, sous la direction de Patrick Summers ; mise en scène de Jack O’Brien.
Commande conjointe du Dallas Opera et du San Diego Opera, Great Scott marque les retrouvailles de Jake Heggie et du dramaturge Terrence McNally, quinze ans après le triomphe de Dead Man Walking (San Francisco, 2000). Heggie avait déjà créé à Dallas, en 2010, son Moby-Dick sur un livret de Gene Scheer, et trouvait dans cette compagnie un partenaire ouvert aux créations américaines. L’ouvrage fut écrit pour la mezzo-soprano Joyce DiDonato, dont l’art a directement inspiré le personnage d’Arden Scott ; Frederica von Stade, inoubliable Mrs. De Rocher de Dead Man Walking, demanda elle-même à faire partie de l’aventure. La production fut reprise au San Diego Opera en 2016.

Livret :

Terrence McNally, auteur de Master Class et de The Lisbon Traviata, grand amoureux de l’opéra, imagine une histoire entièrement originale – « fondée sur rien », selon ses mots – qui interroge la place de l’opéra dans l’Amérique contemporaine. Mise en abyme ironique et tendre du monde lyrique, l’œuvre met en scène une compagnie d’opéra en difficulté qui ressuscite un opéra belcantiste oublié, Rosa Dolorosa, Figlia di Pompei (1835), d’un compositeur fictif, Vittorio Bazzetti, dont Heggie a composé de toutes pièces les pages « à la manière de » Bellini et Donizetti. McNally refuse pourtant de qualifier l’œuvre de simple opéra comique : les questions qu’elle pose – la pertinence de l’art lyrique, son financement, le sens d’une vie d’artiste – sont, dit-il, prises très au sérieux.

Intrigue :

  • Acte I (En répétition) : La célèbre mezzo américaine Arden Scott a retrouvé dans un tiroir du Théâtre Mariinsky le manuscrit de Rosa Dolorosa, Figlia di Pompei, opéra belcantiste oublié de Vittorio Bazzetti, et en prépare la création mondiale pour ses débuts officiels dans sa ville natale, au sein de l’American Opera fondé par sa mentor Winnie Flato. L’avenir de la compagnie dépend de ce succès, tout comme celui des Grizzlies, l’équipe de football de la ville (propriété du mari de Winnie), dépend du Super Bowl qui se joue le même soir. Les répétitions sont chaotiques : accident de scène, flirt entre le chef Eric Gold et le régisseur Roane Heckle, ténor et baryton courtisant Winnie, et ambition dévorante de la jeune soprano Tatyana Bakst, découverte par Arden en Europe de l’Est, qui chantera l’hymne national avant le match. Sid Taylor, ancien amour de jeunesse d’Arden devenu architecte, réapparaît avec son fils Tommy, qui a une réplique parlée dans l’opéra ; les anciens amants mesurent ce qu’ils ont sacrifié à leurs carrières. Après une répétition désastreuse et une « Danse de la fontaine » ratée, Tommy lance enfin parfaitement sa réplique : « Le Vésuve va entrer en éruption ! »
  • Acte II (En représentation) : Tatyana triomphe en chantant l’hymne national au Super Bowl, puis rejoint l’opéra sous escorte policière. Le premier acte de Rosa Dolorosa est un succès. Dans sa loge, Arden reçoit la visite de Sid, qui lui propose de refaire leur vie ensemble. Le fantôme de Bazzetti lui apparaît, la remercie d’avoir servi sa musique mais l’exhorte à chanter la musique de son temps et à créer Medea Refracted, un opéra nouveau écrit pour elle. Arden chante magnifiquement la scène de folie de Rosa ; la soirée est un triomphe, tandis que les Grizzlies perdent le Super Bowl. Mais Arden apprend sur Internet que Medea Refracted a été confiée à Tatyana, qui chantera aussi Rosa à Venise. Généreuse, Arden conseille la jeune soprano. Restée seule sur la scène vide, elle salue le fantôme de Bazzetti, puis suit Tommy, revenu chercher son skateboard.

Enregistrement :

Patrick Summers — 2015

Format : 2 CD (existe aussi en DVD).
Label : Erato (Warner Classics).
Référence : 9029594078 (CD) ; 9029515747 (DVD).
Année d’enregistrement : 30 octobre, 1er, 4 et 7 novembre 2015, en public, Margot and Bill Winspear Opera House, Dallas ; parution en 2018.
Distribution :

  • Arden Scott : Joyce DiDonato, mezzo-soprano
  • Tatyana Bakst : Ailyn Pérez, soprano
  • Winnie Flato : Frederica von Stade, mezzo-soprano
  • Sid Taylor : Nathan Gunn, baryton
  • Roane Heckle : Anthony Roth Costanzo, contre-ténor
  • Eric Gold / Fantôme de Vittorio Bazzetti : Kevin Burdette, basse
  • Anthony Candolino : Rodell Rosel, ténor
  • Wendell Swann : Michael Mayes, baryton
  • Tommy Taylor : Mark Hancock (enfant)
  • Amor : Manuel Palazzo

Direction : Patrick Summers.
Orchestre : The Dallas Opera Orchestra and Chorus (chef de chœur : Alexander Rom).
Langue : anglais et italien.

Particularité :

Captation des représentations de la création mondiale à Dallas, réunissant la distribution originale voulue par les auteurs, que McNally comparait au célèbre « quatuor des Puritains » de Bellini. Joyce DiDonato, pour qui le rôle a été écrit, y déploie tout son art, de la comédie à l’introspection, jusqu’à la redoutable scène de folie belcantiste de Rosa Dolorosa et au monologue final dans le théâtre vide. Frederica von Stade campe une Winnie Flato attachante, Ailyn Pérez une Tatyana ambitieuse et brillante (notamment dans un « Star-Spangled Banner » virtuose), Nathan Gunn un Sid chaleureux et Anthony Roth Costanzo un régisseur plein d’humour. Patrick Summers, fidèle collaborateur de Heggie, dirige avec vivacité une partition qui passe du pastiche belcantiste au lyrisme américain de Broadway. Un document précieux, prolongé par la captation vidéo publiée en DVD.

Postérité :

Après Dallas et San Diego, Great Scott a confirmé la place de Jake Heggie parmi les compositeurs lyriques américains les plus joués. Véritable déclaration d’amour à l’opéra et réflexion sur sa survie dans la société américaine contemporaine, l’œuvre est la dernière collaboration lyrique du duo Heggie-McNally, le dramaturge s’étant éteint en 2020. Elle reste indissociable de Joyce DiDonato, qui en a fait l’un des sommets de son engagement en faveur de la création contemporaine.

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