Note personnelle : ,

Cimarosa, Domenico — L’Olimpiade (1784)

Format :

  • Genre : dramma per musica (opera seria) en deux actes.
  • Musique : Domenico Cimarosa.
  • Livret : Pietro Metastasio (1733), adapté par un librettiste anonyme de Vicence d’après la version révisée par Gaetano Andreozzi (Pise, 1782).
  • Langue : italien.

Création :

10 juillet 1784, Teatro Eriteo, Vicence (soirée inaugurale du théâtre).
Commandée à l’origine à Giovanni Battista Borghi pour l’inauguration du nouveau Teatro Eriteo — un projet porté par cinq aristocrates vénitiens (Alvise Trissino, Girolamo Giuseppe Di Velo, Francesco Quinto, Girolamo Muttoni et Guardinello Bissari) —, la commande échut finalement à Cimarosa après que Borghi, probablement pour raisons de santé, eut dû y renoncer. Le compositeur, déjà auteur de succès comiques (« L’Italiana in Londra », Rome 1778 ; « Il Pittore Parigino », Rome 1781 ; « Giannina e Bernardone », Venise 1781) et d’un premier opera seria remarqué sur livret de Metastasio (« Alessandro nelle Indie », Rome 1781), profita vraisemblablement de la présence dans la troupe du célèbre castrat Luigi Marchesi, qui avait déjà établi le contact entre les propriétaires du théâtre et le compositeur avec le ténor Matteo Babini. L’œuvre plut immédiatement et connut une carrière européenne exceptionnellement longue pour l’époque : reprises à Milan et au Haymarket de Londres (1788), à la Scala (1788), au San Benedetto de Venise (1790), au São Carlos de Lisbonne (1798) et au Regio de Turin (1806), soit vingt-deux ans de circulation.

Livret :

Le livret de « L’Olimpiade » est l’un des plus mis en musique de tout le répertoire du XVIIIe siècle : Metastasio le rédigea en 1733 pour Antonio Caldara à Vienne, et il fut ensuite repris par au moins 53 compositeurs jusqu’à une tentative inachevée de Donizetti en 1817 (Vivaldi et Pergolèse, entre autres, en donnèrent leur propre version dès 1734-1735). Pour Vicence, un librettiste anonyme retravailla le texte non pas directement d’après l’original de Metastasio mais d’après la version déjà remaniée utilisée par Gaetano Andreozzi à Pise en 1782, resserrant les récitatifs, supprimant le personnage secondaire d’Alcandro et le chœur, et recentrant le drame sur les amours contrariées de Megacle et Aristea au détriment des péripéties secondaires de Metastasio. Le nombre d’arias passe ainsi de vingt (version de 1733) à seize, mais cette réduction apparente cache en réalité une diversification des formes : trois arias monostrophiques nouvelles, dont le célèbre rondò à deux mouvements qui s’impose alors comme la grande forme virtuose réservée aux rôles principaux.

Intrigue :

D’après l’argument de Pietro Metastasio (1780) : Clistène, roi de Sicyone, a eu deux jumeaux, Filinto et Aristea ; averti par l’oracle de Delphes qu’il risquait d’être assassiné par son propre fils, il a fait exposer le premier à la mort et sauvé la seconde. Devenue adulte, Aristea est aimée de Megacle, noble Athénien plusieurs fois vainqueur aux Jeux olympiques, mais le père de la jeune fille, qui déteste tout ce qui est athénien, refuse leur union. Megacle fuit alors en Crète où, attaqué par des brigands, il est sauvé par Licida, fils présumé du roi de l’île : une solide amitié naît entre les deux hommes. Licida aime pour sa part la noble Crétoise Argene, mais leur amour ayant été découvert, le roi a interdit ce mariage et persécuté la jeune femme, contrainte de fuir déguisée en bergère sous le nom de Licori dans la forêt d’Élide. Inconsolable, Licida se rend en Élide pour assister aux Jeux olympiques, où il découvre que le roi Clistène, venu présider les Jeux, propose la main de sa fille Aristea au vainqueur du concours. Licida, tombé amoureux d’elle sans la reconnaître, mais dépourvu d’expérience athlétique, persuade Megacle — ignorant tout de l’amour de celui-ci pour Aristea — de concourir sous son nom. Megacle, déchiré entre l’amitié et l’amour, finit par accepter et remporte la victoire, mais celle-ci doit revenir à Licida. De ce nœud de quiproquos naissent la fureur amoureuse d’Aristea, l’amitié héroïque de Megacle, l’inconstance puis la folie de Licida — qui, démasqué et déshonoré, tente de tuer son propre père sans le savoir — et la générosité de la fidèle Argene. Le dénouement révèle que Licida est en réalité Filinto, le fils que Clistène croyait avoir fait périr : la reconnaissance du père et du fils dénoue la tragédie et permet aux amours contrariées de triompher.

Enregistrement(s) :

Christophe Rousset — 2023

Format : premier enregistrement mondial, en studio.
Label : Château de Versailles Spectacles, collection « Opéra Italien » n°6.
Référence : CVS143 (2 CD).
Année d’enregistrement : du 18 au 22 décembre 2023, Salle Colonne, Paris ; parution en 2024.
Distribution :

  • Clistene : Josh Lovell, ténor
  • Aristea : Rocío Pérez, soprano
  • Licida : Mathilde Ortscheidt, mezzo-soprano (rôle travesti)
  • Megacle : Maite Beaumont, mezzo-soprano (rôle travesti, à l’origine écrit pour le castrat Luigi Marchesi)
  • Argene : Marie Lys, soprano
  • Aminta : Alex Banfield, ténor

Direction : Christophe Rousset (également pianoforte au continuo).
Orchestre : Les Talens Lyriques.
Édition musicale : réalisée à partir du manuscrit de Naples (I-Nc, Rari 1.2.19-20) et du manuscrit de Paris (F-Pn, D-2132 & D-2133) ; matériel d’orchestre établi par Korneel Bernolet.
Langue : italien.

Particularité :

Premier enregistrement mondial de cette « Olimpiade » de Cimarosa, longtemps éclipsée par les innombrables autres versions du même livret de Metastasio (Vivaldi, Pergolèse, Galuppi, Jommelli, Sarti, Paisiello, Piccinni, Mysliveček…) et par la postérité écrasante d’« Il Matrimonio Segreto » dans le catalogue du compositeur napolitain. La critique a salué unanimement le niveau vocal de la distribution — le ténor Josh Lovell (Clistene) déployant une brillance dramatique, Alex Banfield (Aminta) lui répondant avec lyrisme, Marie Lys (Argene) séduisant par son timbre chaud, et Rocío Pérez (Aristea) impressionnant par l’intensité dramatique de ses aigus stratosphériques —, ainsi que la direction de Christophe Rousset et Les Talens Lyriques, jugée en terrain particulièrement sûr dans ce répertoire. Cette version restitue notamment le grand rondò de Megacle « Nel lasciarti, o prence amato » (acte II, scène 17) d’après une copie manuscrite de la Bibliothèque nationale de France dont l’attribution reste à préciser.

Postérité :

Créée pour l’inauguration d’un théâtre et portée par la présence du célèbre castrat Luigi Marchesi — qui interpréta le rôle de Megacle dans au moins treize productions de « L’Olimpiade » entre 1778 et 1795, dans douze villes différentes et cinq versions musicales distinctes, avant de faire de la version de Cimarosa son cheval de bataille favori —, l’œuvre connut une diffusion européenne remarquable jusqu’au début du XIXe siècle. Elle s’inscrit dans la vaste tradition des innombrables mises en musique du livret de Metastasio, l’un des plus universellement adaptés du répertoire lyrique du XVIIIe siècle, aux côtés des versions de Vivaldi, Pergolèse, Galuppi, Jommelli, Piccinni ou Paisiello. Longtemps restée dans l’ombre d’« Il Matrimonio Segreto », qui seul, avec quelques opéras comiques, assura la survie du nom de Cimarosa au répertoire après sa mort, « L’Olimpiade » n’avait jamais fait l’objet d’un enregistrement intégral avant cette production de Château de Versailles Spectacles, offrant un éclairage nouveau et bienvenu sur la production sérieuse du compositeur napolitain.

 

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