Note personnelle : ,

Cilea, Francesco — L’Arlesiana (1897)

Format :

  • Dramma lirico en trois actes.
  • Musique : Francesco Cilea.
  • Livret : Leopoldo Marenco (1831-1899), d’après L’Arlésienne d’Alphonse Daudet, nouvelle tirée des Lettres de mon moulin (1866) puis portée à la scène par l’auteur en 1872 avec la musique de scène de Bizet.
  • Langue : Italien.

Création :

27 novembre 1897, au Teatro Lirico de Milan, avec le jeune Enrico Caruso, alors âgé de vingt-quatre ans, dans le rôle de Federico.
Cilea a trente et un ans et vient de connaître le succès de La Tilda (1892) lorsqu’il accepte avec enthousiasme de mettre en musique le drame provençal de Daudet — projet délicat, puisque Bizet en avait déjà signé la musique de scène un quart de siècle plus tôt, mais qui offre au compositeur calabrais l’occasion de s’affranchir des thématiques du vérisme auxquelles il se sentait étranger. Si la médiocrité des interprètes féminines compromit d’abord l’accueil de la création, l’ouvrage se révéla vite d’une grande efficacité dramatique, transcendée par la présence de Caruso : l’adéquation parfaite entre l’écriture et la personnalité vocale du futur légendaire ténor devait bientôt faire triompher l’un et l’autre. Cilea retravailla longuement sa partition — une reprise allégée dès le 22 octobre 1898, une révision approfondie des actes II et III en 1912 (dont le célèbre air de Rosa Mamai, Esser madre è un inferno), puis l’ajout d’un prélude orchestral en 1937.

Livret :

Marenco resserre en trois actes le drame de Daudet, en conservant la singularité la plus radicale de la pièce originale : l’Arlésienne, cause de toute la tragédie, n’apparaît jamais sur scène. Cilea, désireux de respecter ce parti pris malgré des résistances éditoriales, confie au chœur en coulisses, à des moments-clés du drame, le soin de matérialiser cette absence — au premier acte lors du dialogue entre Rosa Mamai et Metifio, au second au plus fort du désespoir de Federico, au troisième pendant les préparatifs de noces. Cette absence confère à l’œuvre une intensité psychologique particulière, où l’atmosphère pastorale et populaire de la Provence, campée avec une élégance et une transparence de timbres proches de l’école française, sert de repoussoir à la solitude et à la fatalité qui rongent le jeune héros.

Intrigue :

  • Acte I : À la ferme du Castelet, en Provence, Federico, fils aîné de Rosa Mamai, est éperdument amoureux d’une jeune Arlésienne inconnue et entend l’épouser, malgré les réticences de sa mère et du vieux berger Baldassarre, tous deux inquiets de cette passion subite, et malgré l’amour secret que lui voue en silence sa cousine Vivetta. Le gardien de chevaux Metifio survient et produit des lettres prouvant que l’Arlésienne fut sa maîtresse : Federico, bouleversé, voit son idéal amoureux s’effondrer.
  • Acte II : Rosa Mamai, à qui Vivetta a fini par avouer son amour pour Federico, encourage la jeune fille à séduire son fils, dans l’espoir qu’il oublie l’Arlésienne. Vivetta s’y refuse d’abord, puis, interrompant la rêverie douloureuse de Federico, lui déclare ses sentiments ; il la repousse violemment. Rosa intervient et parvient à le raisonner : à bout de forces, Federico demande l’amour de Vivetta comme seul remède possible à son mal.
  • Acte III : À la veille des noces de Federico et Vivetta, Metifio reparaît et révèle à Baldassarre son intention d’enlever la belle inconnue : Federico, qui a tout entendu, voit sa passion redoubler de violence. Au terme d’une nuit d’angoisse durant laquelle Rosa Mamai pleure avec son fils cadet, l’Innocente, sur l’enfer d’être mère, Federico, désespéré, se jette d’une fenêtre de la ferme et se donne la mort.

Enregistrement(s)

Cilea, L'Arlesiana, Rosekrans 1991 (Zilio, Kelen, Spacagna, Anderson) — pochette

Charles Rosekrans — 1991

Format : Studio, CD, coll. « The Home of Opera »
Label : Warner Classics (Fonit Cetra)
Référence : Warner Classics 90295461294
Année d’enregistrement : 1991, Hongrie
Distribution :

  • Rosa Mamai : Elena Zilio, mezzo-soprano
  • Federico : Péter Kelen, ténor
  • Vivetta : Maria Spacagna, soprano
  • Baldassarre : Barry Anderson, baryton

Direction : Charles Rosekrans
Orchestre : Chœur et Orchestre de l’État hongrois (Hungarian State Opera)
Langue : Italien

Particularité :
Seule version entièrement gravée en studio de la discographie moderne, accompagnée de son livret et de sa traduction anglaise, cette lecture souffre pourtant de faiblesses régulièrement relevées par la critique : une battue de Rosekrans inégale et parfois précipitée, un Federico auquel il manque la chaleur italianisante attendue dans ce rôle taillé pour Caruso, des seconds rôles masculins (Marco, Metifio) en délicatesse, et un chœur assez pâle. Elena Zilio impose néanmoins une Rosa Mamai d’une belle autorité, et Barry Anderson prête à Baldassarre un mordant appréciable, dans un son d’orchestre par ailleurs de bonne tenue. Document commode par sa disponibilité et son confort d’écoute studio, plus que par sa valeur interprétative.

Cilea, L'Arlesiana, Layer 2005 (Cornetti, Gipali, Blasi) — pochette

Friedemann Layer — 2005

Format : Live, CD (2 disques), version intégrale
Label : Accord (Euterpe)
Référence : Accord
Année d’enregistrement : 2005, Opéra National de Montpellier (captation live)
Distribution :

  • Rosa Mamai : Marianne Cornetti, mezzo-soprano
  • Federico : Giuseppe Gipali, ténor
  • Vivetta : Angela Maria Blasi, soprano
  • Baldassarre : Stefano Antonucci, baryton
  • Metifio : Michael Chioldi, baryton
  • Marco : Enrico Iori, basse
  • L’Innocente : Gaëlle Le Roi, mezzo-soprano

Direction : Friedemann Layer (chef de chœur : Noëlle Geny)
Orchestre : Orchestre National de Montpellier & Chœurs de l’Opéra National de Montpellier
Langue : Italien

Particularité :
Enregistrée en public à Montpellier avec un excellent son numérique, cette version restitue l’ouvrage dans son intégralité, transitions orchestrales comprises, trop souvent coupées ailleurs. Marianne Cornetti y maîtrise mieux son vibrato que dans d’autres gravures, campant une Rosa Mamai à l’autorité vocale affirmée ; Giuseppe Gipali livre un Federico robuste et passionné, au timbre à la fois ample et chaleureux, tandis qu’Angela Maria Blasi évite l’excès de mièvrerie parfois associé à Vivetta pour lui donner un caractère plus positif et plus fort. Une distribution homogène et une direction de Layer attentive à l’atmosphère pastorale de la partition font de cette captation l’une des plus recommandables de la discographie récente, malgré une disponibilité restée modeste.

Cilea, L'Arlesiana, Bollon 2014 (Filianoti, Tamar, Bunoaica) — pochette

Fabrice Bollon — 2014

Format : Studio, CD (2 disques)
Label : cpo
Référence : cpo 777 805-2
Année d’enregistrement : 2012, Freiburg-en-Brisgau ; publication en 2014
Distribution :

  • Rosa Mamai : Iano Tamar, mezzo-soprano
  • Federico : Giuseppe Filianoti, ténor
  • Vivetta : Mirela Bunoaica, soprano
  • Baldassarre : Francesco Landolfi, baryton
  • Metifio : Juano Orozco, baryton
  • Marco : Jin Seok Lee, basse
  • L’Innocente : Kyoung-Eun Lee, mezzo-soprano

Direction : Fabrice Bollon
Orchestre : Orchestre philharmonique de Fribourg, Chœur et Chœur d’enfants du Theater Freiburg, Camerata Vocale Freiburg
Langue : Italien

Particularité :
Considérée comme la meilleure alternative moderne en studio à la légendaire version Basile, cette gravure doit beaucoup à la Rosa Mamai d’Iano Tamar, soprano dramatique au timbre sombre et charnu, dont la beauté vocale et l’intensité expressive ont pu être comparées à celles de Muzio et de Tassinari dans ce rôle. Giuseppe Filianoti, dont le timbre garde une certaine rugosité séquelle d’un cancer de la thyroïde surmonté, chante avec beaucoup d’art et d’émotion, sans retrouver l’éclat insolent de l’aigu qui fit sa gloire ; Mirela Bunoaica campe une Vivetta touchante. Fabrice Bollon dirige avec chaleur, dans une lecture moins librement expressive que celle de Basile mais d’une belle cohérence stylistique, portée par un orchestre fribourgeois en pleine forme.

Cilea, L'Arlesiana, Cilluffo 2015 (Vestri, Golovnin, Sicilia) — pochette

Francesco Cilluffo — 2015

Format : Live, DVD / Blu-ray et CD (2 disques), avec en supplément l’air inédit « Una mattina »
Label : Dynamic (Fondazione Pergolesi Spontini)
Référence : Dynamic CDS 76881-2 (CD) ; 37688 (DVD) ; 57688 (Blu-ray)
Année d’enregistrement : Septembre 2013, Teatro G. B. Pergolesi, Jesi ; publication en 2015
Distribution :

  • Rosa Mamai : Annunziata Vestri, mezzo-soprano
  • Federico : Dmitry Golovnin, ténor
  • Vivetta : Mariangela Sicilia, soprano
  • Baldassarre : Stefano Antonucci, baryton
  • Metifio : Valeriu Caradja, baryton
  • Marco : Christian Saitta, basse
  • L’Innocente : Riccardo Angelo Strano

Direction : Francesco Cilluffo
Orchestre : Orchestre philharmonique des Marches & Chœur lyrique « V. Bellini » des Marches (chef de chœur : Carlo Morganti)
Langue : Italien

Particularité :
Captée en public au Teatro Pergolesi de Jesi, cette production de la Fondazione Pergolesi Spontini bénéficie d’une prise de son de tout premier ordre et a l’intérêt discographique unique d’inclure, en complément, l’air inédit Una mattina, resté jusque-là hors du corpus habituel de l’ouvrage. Dmitry Golovnin campe un Federico au timbre parfois âpre et peu italianisant, mais défendu avec un art et une émotion réels ; Annunziata Vestri impressionne par la stabilité de son émission, qualité rare dans un rôle qui malmène bien des Rosa Mamai. L’ensemble, honnête sans atteindre les sommets de chaleur idiomatique qu’appelle le vérisme, vaut avant tout comme témoignage scénique moderne et pour la rareté de son supplément musicologique.

Postérité :

Si sa carrière triomphale ne s’affirma que peu à peu dans l’entre-deux-guerres, portée notamment par deux grands ténors, Beniamino Gigli et Tito Schipa, L’Arlesiana n’a jamais conquis au répertoire la place que sa qualité musicale mériterait, restant éclipsée par le succès bien plus durable d’Adriana Lecouvreur. L’œuvre demeure pourtant précieuse à un double titre : elle a révélé au monde la voix d’Enrico Caruso, dont le nom restera à jamais attaché au rôle de Federico et à son fameux air È la solita storia del pastore (le « Lamento di Federico ») ; et elle témoigne, par la finesse de son harmonie, la transparence de ses timbres et sa mélancolie très personnelle, d’un Cilea affranchi des conventions les plus brutales du vérisme, plus proche par instants de l’école française que de ses contemporains Mascagni ou Giordano. La discographie, allant du studio hongrois de Rosekrans aux captations vivantes de Montpellier, Fribourg et Jesi, montre un ouvrage patiemment redécouvert par les chanteurs et les chefs des dernières décennies, sans qu’il ait pour autant rejoint le petit noyau des opéras véristes solidement ancrés au grand répertoire international.

 

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