Note personnelle : ,

Cimarosa, Domenico — Amor rende sagace (1793)

Format :

  • Dramma giocoso en un acte.
  • Musique : Domenico Cimarosa.
  • Livret : Giovanni Bertati.
  • Langue : Italien.

Création :

1er avril 1793, au Burgtheater de Vienne.
L’œuvre est créée dans les tout derniers mois du séjour viennois de Cimarosa. Appelé à la cour de Léopold II comme maître de chapelle, le compositeur y avait triomphé un an plus tôt avec Il matrimonio segreto (7 février 1792), succès si éclatant que l’empereur en fit rejouer l’intégralité le soir même après le souper. Mais Léopold II meurt trois semaines après cette création, et son successeur François II, peu mélomane, ne retient pas Cimarosa à son service : le compositeur regagne Naples dès 1793. Amor rende sagace, dramma giocoso en un acte destiné à compléter une soirée de théâtre lyrique, compte ainsi parmi ses toutes dernières pages viennoises, écrite en collaboration avec Giovanni Bertati, alors poète officiel de la cour impériale (nommé en 1791 en remplacement de Lorenzo Da Ponte) et déjà librettiste du Matrimonio segreto.

Livret :

Bertati livre un texte original, dans la veine du dramma giocoso vénitien dont il fut l’un des maîtres les plus prolifiques (une soixantaine de livrets sur près de quarante ans de carrière) : une comédie resserrée sur un unique ressort, la ruse d’une jeune héritière échappant à un mariage forcé, traitée avec l’efficacité théâtrale et le sens du rythme comique qui caractérisent son écriture, au prix parfois — selon la critique — d’une certaine rugosité de style.

Intrigue :

  • Acte unique : À Rome, la jeune Bellina se retrouve, à la mort de son père, riche héritière — mais à la condition expresse d’épouser Ambrogio, un vieux Bergamasque auquel le défunt devait sa fortune. Éprise du pauvre Riccardo, Bellina refuse cette union et feint la folie, comparant tour à tour son prétendant à un singe, un ours et une panthère devant Ambrogio médusé, tandis que le docteur Graziano, sa gouvernante Cecilia et la servante Violetta observent la comédie. Sous couvert de démence, elle manœuvre Ambrogio jusqu’à lui faire signer un acte de renonciation à ses droits, puis en revendique aussitôt la pleine validité. Ambrogio tente en vain de faire appel à la loi — non sans se voir menacé d’être lui-même déclaré fou — et finit par accepter un dédommagement de vingt pour cent de l’héritage. Bellina, sa ruse ayant « rendu sagace » l’amour, peut enfin épouser Riccardo.

Enregistrement(s) :

Fabio Neri — 1991

Format : Enregistrement public, 2 CD.
Label : Bongiovanni.
Référence : GB 2126/27.
Année d’enregistrement : 25-27 juillet 1991, Haus der Kultur, Bolzano (en public).
Distribution :

  • Bellina : Gemma Bertagnolli, soprano
  • Ambrogio : Enzo Dara, basse
  • Riccardo : Maurizio Dalena, ténor
  • Cecilia : Cristina Mantese, mezzo-soprano
  • Violetta : Daniela Bruera, soprano
  • Dottor Graziano : Mattia Nicolini, baryton

Direction : Fabio Neri.
Orchestre : Orchestra dei Giovani del Conservatorio « Claudio Monteverdi » di Bolzano.
Langue : Italien.

Particularité :

Ce double disque documente la résurrection scénique de l’œuvre, restée muette depuis sa création viennoise : donnée en public à Bolzano les 25, 26 et 27 juillet 1991, dans une mise en scène d’Enzo Dara, cette production constitue la première exécution moderne d’Amor rende sagace, rendue possible par l’édition critique établie par Giuliano Tonini (réduction pour piano et chant de Francesco Brazzo, Ricordi). L’orchestre, formé des jeunes musiciens du Conservatoire de Bolzano sous la direction de Fabio Neri, apporte une fraîcheur juvénile à la partition, tandis qu’Enzo Dara, bouffe chevronné des scènes internationales, prête à Ambrogio toute son autorité comique dans le rôle du barbon berné. Gemma Bertagnolli, alors en début de carrière, y campe une Bellina déjà pleine d’aplomb vocal. Document avant tout musicologique et patrimonial plus que réalisation de studio irréprochable, cet enregistrement reste, à ce jour, la seule trace phonographique de l’ouvrage.

Postérité :

Créé dans l’ombre du triomphe du Matrimonio segreto, ce dramma giocoso en un acte n’a jamais rejoint le répertoire courant : après sa création viennoise de 1793, l’œuvre disparaît des scènes pendant près de deux siècles. Sa redécouverte, amorcée par l’édition critique de Giuliano Tonini, aboutit à la production bolzanaise de 1991 puis à de nouvelles représentations à Reggio Emilia (janvier 1993) et à Bologne (janvier-février 1993). Curiosité de plus dans l’abondante production comique de Cimarosa — plus de soixante-dix opéras —, Amor rende sagace témoigne de la virtuosité avec laquelle le compositeur savait, jusque dans les pièces brèves destinées à compléter une soirée de théâtre, conjuguer efficacité dramatique et invention mélodique.

 

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