Note personnelle : ,

Cilea, Francesco — Gloria (1907)

Format :

  • Dramma lirico en trois actes.
  • Musique : Francesco Cilea.
  • Livret : Arturo Colautti (1851-1914), d’après la pièce La Haine de Victorien Sardou (1874) ; version révisée en 1932 par Ettore Moschino.
  • Langue : Italien.

Création :

15 avril 1907, au Teatro alla Scala de Milan, sous la direction d’Arturo Toscanini, avec Salomea Krushelnytska (Gloria), Giovanni Zenatello (Lionetto) et Pasquale Amato (Folco).
Cilea a quarante et un ans et vient de connaître, cinq ans plus tôt, le triomphe d’Adriana Lecouvreur (1902). Il aborde Gloria avec l’ambition d’un grand drame historique, plus âpre et plus sombre que ses ouvrages précédents, dans la veine du théâtre de Sardou dont il retient la violence des passions et l’inexorabilité du destin. Malgré une distribution et une direction d’exception, la création fut un échec retentissant : l’ouvrage, jugé trop statique et desservi par un livret jugé faible, fut retiré de l’affiche après seulement deux représentations. Meurtri par ce revers, Cilea entreprit vingt-cinq ans plus tard une révision approfondie de la partition — resserrant l’action, renommant le personnage de Folco en Bardo — qui fut créée le 20 avril 1932 au Teatro di San Carlo de Naples avec un accueil plus favorable, sans que l’œuvre parvienne jamais à s’imposer au répertoire. Ce fut le dernier opéra que Cilea porta à la scène.

Livret :

Colautti transpose dans la Sienne médiévale, déchirée par la lutte entre Guelfes et Gibelins, le drame de Sardou consacré à la haine héréditaire entre deux familles rivales — une variation, largement soulignée par la critique, sur le motif de Roméo et Juliette. Gloria, fille du chef guelfe Aquilante dei Bardi, et Lionetto de’ Ricci, chef de guerre gibelin, s’aiment sans connaître d’abord l’identité de l’autre ; leur passion se heurte frontalement aux logiques de clan et de vengeance qui gouvernent la cité assiégée. La révision de 1932, en resserrant le livret et en rebaptisant le frère vengeur de Gloria (Folco devenant Bardo), a cherché à corriger la lenteur dramatique reprochée à la version originale, sans en changer l’issue tragique.

Intrigue :

  • Acte I : Sur une place de Sienne, autour de la fontaine publique symbole de paix retrouvée, le peuple guelfe célèbre une trêve. Gloria, fille d’Aquilante dei Bardi, rencontre un inconnu séduisant, Lionetto, sans savoir qu’il est le redoutable chef gibelin dont dépend le siège de la ville ; les deux jeunes gens tombent amoureux. Lorsque Lionetto révèle son identité et ses intentions guerrières, l’idylle vire au drame : promise à son camp, Gloria se trouve déchirée entre son amour naissant et la fidélité due à sa famille et à sa cité.
  • Acte II : Le siège de Sienne s’aggrave et la ville, affamée, est au bord de la reddition. Pour épargner à son peuple un massacre, Gloria se résout à épouser Lionetto, geste sacrificiel qui doit sceller la paix entre les deux factions. Bardo, frère de Gloria, dévoré par la haine et l’esprit de vengeance propre à son camp, refuse cette union et jure de laver dans le sang l’humiliation qu’il y voit.
  • Acte III : Le mariage de Gloria et Lionetto est célébré en présence de l’évêque, dans l’espoir d’une réconciliation durable entre les deux familles. Mais Bardo, resté inflexible, frappe Lionetto au cours de la cérémonie et le tue. Anéantie par la perte de son époux et par la trahison de son propre sang, Gloria se donne la mort sur le corps de Lionetto, consommant dans un même geste son amour et son désespoir.

Enregistrement(s)

Cilea, Gloria, Previtali 1969 (Roberti, Labò, Mazzoli) — pochette

Fernando Previtali — 1969

Format : Live, mono, CD (remasterisation numérique)
Label : Memories
Référence : Memories HR 4472
Année d’enregistrement : 8 juillet 1969, Turin (captation live, radiodiffusion RAI)
Distribution :

  • Gloria : Margherita Roberti, soprano
  • Lionetto de’ Ricci : Flaviano Labò, ténor
  • Aquilante dei Bardi : Ferruccio Mazzoli, basse
  • Bardo : Lorenzo Testi, baryton
  • Il Vescovo : Enrico Campi, basse
  • La Senese : Anna Maria Rota, soprano
  • Il Banditore : Alberto Albertini

Direction : Fernando Previtali (chef de chœur : Ruggero Maghini)
Orchestre : Orchestre symphonique et Chœur de la RAI de Turin
Langue : Italien

Particularité :
Ce document, capté en public à Turin pour la RAI et remasterisé numériquement à partir d’un enregistrement mono d’origine, constitue l’un des rares témoignages sonores de cette œuvre restée en marge du répertoire de Cilea. Margherita Roberti y prête au rôle-titre une beauté vocale et un engagement dramatique remarqués, portant à elle seule le poids tragique de l’héroïne, tandis que Flaviano Labò confère à Lionetto une ligne de chant à la fois séduisante et à la hauteur des exigences dramatiques du rôle. Fernando Previtali, chef aguerri au répertoire italien de la première moitié du XXe siècle, dirige avec soin une partition qui, redécouverte à cette occasion, révèle une maîtrise orchestrale que l’insuccès scénique de 1907 avait longtemps occultée. Malgré les limites inhérentes à une prise de son mono d’époque, ce live demeure un document précieux pour qui veut mesurer l’ambition de ce « dernier Cilea », trop vite oublié.

Postérité :

Double échec en son temps — la création de 1907 sous la baguette même de Toscanini, puis la reprise remaniée de 1932 —, Gloria resta près d’un siècle une rareté quasi totale, éclipsée par le succès persistant d’Adriana Lecouvreur. La captation radiophonique de Previtali en 1969 compte parmi les rares occasions où l’œuvre a pu être entendue au XXe siècle, avant qu’un mouvement plus large de réhabilitation du vérisme tardif ne lui redonne, au tournant des années 2020, un début de vie scénique : la production du Teatro Lirico de Cagliari en 2023, avec Anastasia Bartoli dans le rôle-titre sous la direction de Francesco Pio Vietri, puis sa captation discographique chez Naxos, ont permis de réévaluer une partition longtemps jugée mineure. Drame de la haine héréditaire et variation assumée sur le mythe de Roméo et Juliette, Gloria apparaît aujourd’hui moins comme un ouvrage raté que comme le testament lyrique ambitieux, et finalement injustement négligé, d’un compositeur que son plus grand succès a longtemps réduit à un seul titre.

 

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