Note personnelle : ,

Cherubini, Luigi — Lodoïska (1791)

Pochette du CD Lodoïska (Cherubini) dirigé par Riccardo Muti, Sony Classical, 1991

Format :

  • Comédie héroïque en trois actes.
  • Musique : Luigi Cherubini.
  • Livret : Claude-François Fillette-Loraux, d’après un épisode des Amours du chevalier de Faublas, roman de Jean-Baptiste Louvet de Couvray (1787-1790).
  • Langue : Français.

Création :

18 juillet 1791, au Théâtre Feydeau de Paris.
Cherubini a trente et un ans. Florentin établi à Paris depuis 1787 dans le sillage de la reine Marie-Antoinette et du violoniste Viotti, formé à l’école napolitaine de l’opera seria, il tourne alors le dos à ce bagage italien pour se couler dans le moule, plus libre, de l’opéra-comique naissant. Lodoïska est son coup d’éclat : le Théâtre Feydeau la lui avait commandée en même temps que la salle Favart en commandait une autre, sur le même sujet, au violoniste-compositeur Rodolphe Kreutzer, sur un livret de Jean-Élie Bédéno Dejaure. Créée la première, quelques jours avant sa rivale, la partition de Cherubini l’emporta décisivement malgré une exécution jugée sommaire, et donna près de deux cents représentations consécutives.

Livret :

Fillette-Loraux tire son sujet d’un épisode du roman-feuilleton de Louvet de Couvray, situé dans une Pologne de convention où l’héroïsme sentimental se double d’un décor de forteresse et de captivité. Le livret installe d’emblée les ressorts du genre naissant de l’opéra à sauvetage : un tyran domestique, une prisonnière vertueuse, un amant déguisé et un coup de théâtre final qui renverse in extremis le rapport de force. Cette structure, dont Lodoïska constitue le premier grand exemple abouti sur une scène parisienne, préfigure directement Fidelio de Beethoven, qui assista en 1802 à une représentation viennoise de l’ouvrage et en resta durablement marqué.

Intrigue :

  • Acte I : Dans la forteresse isolée du baron Dourlinski, au fond des terres polonaises, le comte Floreski et son écuyer Varbel, égarés par un orage, demandent asile. Dourlinski, qui retient captive la princesse Lodoïska dont il convoite la main, ignore que Floreski est son fiancé venu incognito la délivrer ; il consent à l’hospitalité tout en laissant percer une méfiance croissante.
  • Acte II : Floreski parvient jusqu’au cachot de Lodoïska et découvre l’étendue de sa détresse : Dourlinski la somme d’accepter son mariage sous peine de voir périr quiconque tenterait de la secourir. Démasqué, Floreski est arrêté avec Varbel ; au dehors, le chef tartare Titzikan, allié du comte, rassemble ses cavaliers pour donner l’assaut à la forteresse.
  • Acte III : Les Tartares de Titzikan investissent le château ; la bataille fait rage jusque sur les remparts, dans une machinerie spectaculaire où les murs s’effondrent et où le donjon s’embrase à vue — coup de théâtre resté légendaire pour son audace scénique. Dourlinski est vaincu, Floreski et Lodoïska réunis, et l’ouvrage s’achève sur la liesse commune des vainqueurs.

Enregistrement(s)

Riccardo Muti — 1991

Format : CD (2 disques) — captation live
Label : Sony Classical
Référence : S2K 47290 (rééd. SM2K 93126)
Année d’enregistrement : février 1991, Teatro alla Scala de Milan
Distribution :

  • Lodoïska : Mariella Devia, soprano
  • Floreski : Bernard Lombardo, ténor
  • Titzikan : Thomas Moser, ténor
  • Varbel : Alessandro Corbelli, basse
  • Dourlinski : William Shimell, baryton
  • Altamoras : Mario Luperi, basse
  • Lysinka : Francesca Pedaci, soprano
  • Talma : Danilo Serraiocco

Direction : Riccardo Muti
Orchestre : Orchestre et Chœur du Teatro alla Scala de Milan (chef des chœurs : Roberto Gabbiani)
Langue : Français

Particularité :
Ce disque documente la production scénique montée par Luca Ronconi à la Scala, dans des décors inspirés des Carceri de Piranèse : perspectives vertigineuses, jeux d’échelle et effets de machinerie qui culminent dans une scène de pont suspendu manquant s’effondrer sous les pas des héros — théâtre visuel d’une audace rare pour cette partition tombée dans l’oubli. Muti y déploie une direction d’un dynamisme et d’une incandescence unanimement salués, à la tête d’un orchestre scaligère en verve, dans une édition révisée par le musicologue Lorenzo Tozzi. La distribution, dominée par une Mariella Devia d’une grande noblesse de ligne, souffre par endroits d’une diction française perfectible chez des chanteurs italiens rompus à un tout autre répertoire — réserve mineure au regard de l’événement que constitue, en 1991, la résurrection discographique de cet ouvrage fondateur.

Postérité :

Lodoïska fut, de son vivant, l’un des plus grands triomphes de Cherubini : près de deux cents représentations à Paris, une diffusion rapide dans les pays germaniques, une création viennoise en 1802 que Beethoven admira au point d’en nourrir la dramaturgie de Fidelio. Weber, Schumann puis Wagner virent en Cherubini l’un des fondateurs de l’opéra moderne, saluant l’audace harmonique et la vigueur orchestrale de cette partition « à sauvetage ». Éclipsée au XIXe siècle par le grand opéra romantique, puis par l’oubli qui frappa presque tout le théâtre lyrique de Cherubini — à l’exception notable de Médée, ressuscitée par Maria Callas —, Lodoïska ne dut sa réapparition scénique moderne qu’à l’entreprise de Riccardo Muti, artisan à la Scala d’une véritable renaissance cherubinienne dans les années 1990. Depuis, l’intérêt pour la partition n’a cessé de croître, porté notamment par la redécouverte du répertoire français révolutionnaire : Jérémie Rhorer et Le Cercle de l’Harmonie en ont proposé, dans les années 2010, une version sur instruments d’époque saluée par la critique et soutenue par le Palazzetto Bru Zane. L’enregistrement de Muti demeure néanmoins la porte d’entrée la plus spectaculaire dans cet ouvrage charnière, où se lit déjà tout l’avenir du grand opéra romantique.

 

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