Format :
- Opéra (dramma per musica) en trois actes.
- Musique : Antonio Vivaldi (RV 739).
- Livret : Giovanni Palazzi (Domenico Lalli est également cité comme co-librettiste).
- Langue : Italien.
Création :
26 octobre 1720, Teatro Sant’Angelo, Venise.
L’ouvrage est créé pour la saison d’automne 1720 et marque le retour de Vivaldi à Venise après trois années passées à Mantoue. Il est dédié au comte Sava Vladislavich, marchand et diplomate serbe au service de Pierre le Grand installé à Venise. La partition autographe est conservée à la Bibliothèque nationale universitaire de Turin (fonds Foà), au sein de la collection de manuscrits que Vivaldi avait emportée avec lui à Vienne. L’accueil réservé à l’œuvre à sa création reste mal connu, et il semble qu’elle n’ait plus été jouée, hors de sa série vénitienne initiale, avant le XXe siècle.
Livret :
Le livret de Giovanni Palazzi se déroule dans un Orient de convention, entre les royaumes imaginaires de Cambaja et de Joghe. Il repose sur un thème cher à l’opéra baroque, celui de l’échange d’enfants à la naissance et de la vérité longtemps cachée qui finit par éclater. Le titre, « la vérité mise à l’épreuve », résume l’intrigue : tous les protagonistes sont tour à tour confrontés à leurs sentiments et à leur ambition, et l’œuvre se conclut par un dénouement heureux, couronné par un geste de générosité. Vivaldi réutilise deux airs du premier acte, ceux de Rosane et de la sultane, comme mouvements extrêmes de son Concerto RV 159.
Intrigue :
- Acte I : Pour mettre fin à une longue rivalité politique, Rosane, princesse héritière du royaume de Joghe, doit épouser Melindo, fils du sultan Mamud de Cambaja. Afin de ne pas compromettre ce projet, Mamud décide de révéler la substitution opérée à la naissance de ses deux fils : Melindo, tenu pour l’héritier légitime, est en réalité le fils de la favorite Damira, tandis que Zelim, cru bâtard, est le fils de la sultane Rustena. Damira, furieuse de voir le trône lui échapper, résiste et menace le sultan, qui reste inflexible. Zelim, épris de Rosane et persuadé que Damira est sa mère, la supplie d’intercéder auprès de Mamud en faveur de son amour pour Melindo, tandis que Rustena se réjouit des noces à venir. Mamud, rongé par le remords, semble sur le point de céder aux instances de Damira, mais se reprend et la repousse ; la favorite décide alors de déjouer ses plans en gagnant la confiance de Rustena.
- Acte II : Mamud, qui a révélé la substitution à Rosane, l’invite à oublier Melindo au nom de la raison d’État. Cédant à ses arguments, Rosane annonce à Melindo que, contre les élans de son cœur, elle doit aimer Zelim, et lui adresse un adieu aux termes ambigus. Zelim, apprenant qu’il est l’héritier du sultanat, assure que cela ne changera rien à ses sentiments filiaux et fraternels, mais Rustena, qui refuse de croire à la substitution, lui interdit de l’appeler sa mère. Dans la salle du trône, Mamud présente publiquement Zelim comme son héritier et dénonce l’imposture ; Rustena surgit pour plaider la cause de son fils, puis Damira intervient à son tour, mais le sultan, comprenant la ruse de la favorite, la dénonce avec virulence. Rosane et Zelim restent perplexes, Melindo jure de se venger, et la confusion est à son comble : chacun désigne sa mère (Damira pour les uns, Rustena pour les autres) dans un quintette final.
- Acte III : Zelim exprime son incrédulité, Melindo son ressentiment ; tous deux sont rappelés à l’ordre par Mamud, qui promet de produire la preuve de la légitimité de Zelim. Mamud, décidé à faire fléchir Damira, lui demande de signer l’aveu de la substitution ; elle refuse, préférant mourir plutôt que de signer. Le sultan brandit alors un édit condamnant Melindo à mort pour crime de lèse-majesté et menace Damira de le signer si elle persiste. L’opportuniste choisit de temporiser et signe son aveu ; Mamud, satisfait, proclame la légitimité de son acte. Rustena retrouve Damira, qui lui enseigne l’art de feindre. Melindo, fou de jalousie, menace violemment son demi-frère avant de s’enfuir ; Rosane suggère alors à Zelim de faire le bonheur des amants séparés en renonçant à elle, ce que celui-ci accepte avec noblesse. Dans le Temple, Mamud demande à Rustena d’étreindre son fils ; Damira avoue que sa signature lui a été arrachée par la contrainte. Zelim, dans un ultime élan de générosité, décide d’abandonner à Melindo la couronne de Joghe et de ne conserver que celle de Cambaja. Tous acclament le retour du bonheur après tant de tourments.
Enregistrement(s) :

Jean-Christophe Spinosi — 2002
Format : 3 CD (collection « The Vivaldi Edition », Opere teatrali vol. 2)
Label : Opus 111 / Naïve
Référence : OP 30365
Année d’enregistrement : septembre 2002 (enregistrement studio, Abbaye de Daoulas, Bretagne)
Distribution :
- Mamud : Anthony Rolfe Johnson, ténor
- Rustena : Guillemette Laurens, mezzo-soprano
- Damira : Nathalie Stutzmann, contralto
- Rosane : Gemma Bertagnolli, soprano
- Zelim : Philippe Jaroussky, contre-ténor
- Melindo : Sara Mingardo, contralto
Direction : Jean-Christophe Spinosi
Orchestre : Ensemble Matheus (instruments d’époque)
Langue : Italien
Particularité :
Premier enregistrement de l’œuvre, réalisé dans le cadre de la série consacrée par Naïve aux manuscrits de Vivaldi conservés à Turin, avec Frédéric Delaméa comme consultant musical. Le jeu de l’Ensemble Matheus est loué par la critique, de même qu’une distribution presque sans faiblesse ; Nathalie Stutzmann y est tout particulièrement remarquée, notamment dans son grand air d’Acte I, et le trio Aure placide et le quintette Anima mia, mio ben comptent parmi les moments les plus réussis. Un disque d’extraits (Naïve OP 30452) en a été tiré.
Postérité :
Longtemps oubliée, La verità in cimento a retrouvé la scène à l’époque moderne grâce à la redécouverte des manuscrits de Turin et aux quelques productions qui ont suivi. Elle occupe aujourd’hui une place à part dans le catalogue opératique de Vivaldi, avec ses six rôles servis par des airs variés et colorés, et reste surtout connue par l’enregistrement de Jean-Christophe Spinosi.
Sources :
Wikipedia (en) — La verità in cimento · IMSLP — La verità in cimento, RV 739 · Opera Scribe — La verità in cimento · BBC Music Magazine — compte rendu de l’enregistrement Spinosi · Fiche de l’enregistrement OP 30365 · MusicWeb International — disque d’extraits OP 30452 · Livret du CD Naïve OP 30452 (synopsis de Frédéric Delaméa, crédits d’enregistrement).






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