Note personnelle : ,

Vivaldi, Antonio — Giustino (1724)

Format :

  • Dramma per musica en trois actes.
  • Musique : Antonio Vivaldi (RV 717).
  • Livret : Niccolò Beregan, révisé par Pietro Pariati.
  • Langue : italien.

Création :

Carnaval 1724, Teatro Capranica, Rome.
Venu à Rome en 1722 avec une lettre de recommandation pour la puissante famille Borghese, Vivaldi y compose deux opéras et collabore à un troisième ; Giustino est donné au Capranica, théâtre soutenu par les Borghese, dont l’impresario, le comte Federico Capranica, dédie le livret à la duchesse Faustina Mattei Conti, nièce du pape Innocent XIII. Les femmes étant interdites de scène dans les États pontificaux, tous les rôles sont chantés par des castrats et des ténors : Paolo Mariani (Giustino), Giacinto Fontana dit Farfallino (Arianna), Girolamo Bartoluzzi (Leocasta), Giovanni Ossi (Anastasio), Carlo Pera (Amanzio), Antonio Barbieri (Vitaliano) et Francesco Pampani (Polidarte). Des intermèdes, qui ne sont pas de Vivaldi, étaient donnés entre les actes. La partition recycle vingt-et-un ou vingt-deux numéros d’œuvres antérieures, dont neuf de Tieteberga (1717), et cite le début de La primavera pour l’apparition de la déesse Fortune ; l’air héroïque « Ho nel petto un cor sì forte » est accompagné par un psaltérion concertant, d’un effet très rare à l’opéra.

Livret :

Le livret de Niccolò Beregan, écrit en 1683, année du siège de Vienne par les Turcs, mêle amour, guerre, érotisme, visions et spectacle à une intrigue politique librement inspirée de l’histoire byzantine (l’empereur Justin Ier, Anastase, le général Vitalien, la révolte de l’eunuque Amantius) ; pour répondre à la censure ecclésiastique, les Byzantins y sont présentés comme des païens. Il fut mis en musique par Giovanni Legrenzi, dont l’ouvrage resta populaire pendant des décennies. Vivaldi utilise en 1724 une version révisée par Pietro Pariati, déjà mise en musique par Albinoni (Bologne, 1711) ; Haendel s’en servira à son tour pour Londres en 1737.

Intrigue :

  • Acte I : À Constantinople, l’impératrice Arianna épouse Anastasio et le fait coempereur ; Vitaliano réclame sa main et menace de guerre en cas de refus, et Anastasio se prépare au combat. À la campagne, le paysan Giustino, qui rêve de gloire en labourant, s’endort ; la déesse Fortune lui apparaît et lui promet gloire et pouvoir. Leocasta, poursuivie par un ours, est sauvée par Giustino, qu’elle emmène à la cour. Andronico, déguisé en fille, est présenté à Leocasta comme sa nouvelle servante « Flavia » ; Leocasta et « Flavia » deviennent jalouses l’une de l’autre à cause de Giustino. Arianna, faite prisonnière, est menée à Vitaliano, qui exige son amour et la menace de mort ; elle chante ses derniers adieux à Anastasio.
  • Acte II : Anastasio et Giustino font naufrage. Polidarte enchaîne Arianna à un rocher pour la livrer à un monstre marin ; alerté par ses cris, Giustino tue le monstre et la libère. Leocasta, jalouse en apprenant la victoire de Giustino, part à sa recherche avec « Flavia ». Anastasio fête la victoire mais Amanzio attise sa jalousie en prétendant que Giustino a reçu des faveurs d’Arianna ; Vitaliano, capturé par Giustino, est amené devant Arianna, qui le menace de sa vengeance. Andronico entraîne Leocasta dans une forêt sauvage et tente de la violenter ; Giustino intervient et l’arrête, et Leocasta et Giustino s’avouent leur amour.
  • Acte III : Vitaliano et Andronico s’évadent de prison. Arianna, épiée par Amanzio, offre à Giustino les joyaux de la couronne en récompense ; Amanzio l’accuse alors d’infidélité, et Anastasio, furieux, condamne Giustino à mort et exile Arianna. Leocasta délivre Giustino, qui s’enfuit dans la nature et s’endort ; Vitaliano et Andronico s’apprêtent à le tuer quand le tombeau de leur père leur parle et leur révèle que Giustino est leur frère perdu. Amanzio s’est emparé du pouvoir et se fait couronner ; Giustino et ses frères accourent avec des soldats, sauvent Anastasio et arrêtent Amanzio. Arianna et Anastasio se réconcilient, et Giustino, nommé coempereur, épouse Leocasta.

Enregistrement(s) :

Velardi — 2002

Format : 4 CD.
Label : Bongiovanni (édition numérique de 2017).
Référence : GB 2307/10-2
Année d’enregistrement : 2002 (année de parution ; la date exacte de la captation n’est pas précisée, certaines sources la situent en 2001).
Distribution :

  • Giustino : Gianluca Belfiori Doro
  • Arianna : Silvia Bossa
  • Anastasio : Manuela Custer
  • Leocasta : Linda Campanella
  • Vitaliano : Leonardo De Lisi
  • Amanzio : Cristiana Presutti
  • Polidarte : Vincenzo Di Donato
  • Andronico : Cristiana Emoli
  • Fortuna : Francesca Tancredi

Direction : Estévan Velardi
Orchestre : Alessandro Stradella Consort
Langue : italien

Particularité :

Version complète en quatre disques ; les tessitures ne sont pas indiquées sur les documents consultés, et le rôle d’Andronico est tenu par une voix de femme.

Dantone — 2018

Format : 3 CD (Édition Vivaldi, Opere teatrali vol. 58).
Label : Naïve (℗ © 2018).
Référence : OP 30571
Année d’enregistrement : 2018 (8-16 avril 2018, Sala Oriani, Antico Convento San Francesco, Bagnacavallo, Ravenne).
Distribution :

  • Giustino : Delphine Galou, contralto
  • Arianna : Emőke Baráth, soprano
  • Anastasio : Silke Gäng, contralto
  • Leocasta : Verónica Cangemi, soprano
  • Vitaliano : Emiliano Gonzalez Toro, ténor
  • Amanzio : Arianna Vendittelli, soprano
  • Andronico : Alessandro Giangrande, alto
  • Polidarte : Alessandro Giangrande, ténor
  • Fortuna : Rahel Maas, soprano

Direction : Ottavio Dantone
Orchestre : Accademia Bizantina
Langue : italien

Particularité :

Enregistrement fondé sur l’édition critique de Reinhard Strohm (Istituto Italiano Antonio Vivaldi, Fondation Cini, Venise, et Casa Ricordi), avec des variations de da capo écrites par Dantone lui-même. Le chef souligne la surprise de l’air accompagné au psaltérion solo, à l’atmosphère presque onirique, qui contraste avec le texte héroïque de Giustino. Les rôles de Giustino et d’Anastasio, écrits pour des castrats, sont confiés à des contraltos.

Postérité :

Giustino n’eut pas de lendemain dans la carrière romaine de Vivaldi, mais Reinhard Strohm y voit un monument à son ascendance musicale et à sa foi en un avenir glorieux, le héros paysan promis à la gloire pouvant se lire comme un autoportrait du compositeur. Après le disque de Velardi, l’ouvrage a connu d’autres enregistrements, notamment sous la direction d’Alan Curtis (1985 et 2001), puis celui de Dantone dans l’Édition Vivaldi.

Sources :

Livret de l’enregistrement Dantone (Naïve, textes de Reinhard Strohm et entretien avec Ottavio Dantone) ; pochettes des disques ; Operadis ; Presto Music (Velardi) ; Apple Music (Velardi).

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