Note personnelle : ,

Strauss, Johann II — Die Göttin der Vernunft (1897)

Format :

  • Opérette en trois actes.
  • Musique : Johann Strauss II, composée à partir de l’été 1896.
  • Livret : A. M. Willner et Bernhard Buchbinder.
  • Langue : allemand.

Création :

13 mars 1897, Vienne (Theater an der Wien), sous la direction d’Adolf Müller fils ; le rôle de la Déesse fut créé par Julie Kopácsy-Karczag.
Dernière opérette de Strauss, alors âgé de soixante-douze ans, elle naît dans un climat difficile. Dès qu’il découvre le scénario, le compositeur, réticent à porter à la scène en pays catholique un sujet athée mêlant burlesque à la Offenbach et Révolution française, cherche à se dégager de son contrat ; le librettiste Willner, avocat, le menace d’un procès et Strauss termine la partition en huit mois, de mauvaise humeur. Il s’absente même de la première, invoquant un « catarrhe bronchique inoffensif », et se fait informer par téléphone de l’accueil de chaque acte. La salle est comble ; les critiques vont de l’enthousiasme au mépris, et l’ouvrage ne tient que trente-six représentations au Theater an der Wien en 1897 avant de disparaître du répertoire.

Livret :

Willner et Buchbinder s’inspirent de la Fête de la Raison du 10 novembre 1793, quand, sous la Terreur, une actrice « en costume d’Ève » incarna la Déesse de la Raison dans un cortège triomphal jusqu’à Notre-Dame. Ils situent l’action à Châlons en 1794, avec une parodie des Jacobins en trois bouffons inoffensifs. La censure impose de nombreuses coupures et règle le degré de « transparence » du costume de la Déesse, « pieds nus jusqu’au cou ». Après la mort de Strauss, la partition fut réutilisée sur un tout autre livret de Felix Stollberg (Siegmund Salzmann) pour Reiche Mädchen (Raimund-Theater, 30 décembre 1909), plus populaire que l’original.

Intrigue :

  • Acte I : Au quartier général de l’armée, à Châlons, sous la Terreur. Des femmes de la ville cherchent à devenir cantinières. Le colonel Furieux, autoritaire et coléreux, menace d’exécuter le caricaturiste Jacquelin, en fuite, si sa compagne, la chanteuse Ernestine, engagée à Paris comme « Déesse de la Raison », n’arrive pas. Surgit la comtesse Mathilde, sans passeport et prise pour une aristocrate ; le propriétaire Bonhomme, qui a été « marié pour rire » à Ernestine par une foule ivre, la fait passer pour la célèbre prima donna. Furieux se méfie, et la comtesse doit chanter une chanson révolutionnaire pour prouver son civisme. Ernestine arrive alors, nommée directrice du pensionnat par la Convention, et désigne Bonhomme comme délégué ; celui-ci confirme la supercherie pour sauver la comtesse.
  • Acte II : Dans le parc du pensionnat « Aux sœurs vertueuses », le capitaine Robert embrasse la comtesse endormie parmi les rosiers, et un duo d’amour les unit. Ernestine et la comtesse se querellent, Furieux fait la cour à la comtesse et envoie son rival à Verdun, mais la règle de l’armée oblige le colonel à accepter le choix de Robert, qui prend la comtesse pour cantinière. Dans le finale, Furieux dénonce l’aristocrate et le marquis Robert ; Bonhomme tente une arrestation pour la forme, puis Ernestine sauve la situation en se proclamant la Déesse de la Raison et en chantant la Carmagnole. Le carnet de croquis de Jacquelin le trahit, et il avoue la vérité pour sauver sa vie, avant un duo de réconciliation avec Ernestine.
  • Acte III : Au château de Bonhomme, près de Châlons, les aristocrates festoient à ses dépens. Ernestine, en fuite, raconte ses mésaventures de Déesse de la Raison, tandis que Furieux fait un duo conjugal avec la soubrette Susette. Ernestine donne à Robert et à la comtesse les passeports obtenus par Jacquelin, et le quatuor « Vorwärts, greifet zu » les lance vers la frontière. Robert épouse la comtesse, Ernestine épouse Jacquelin et Susette épouse Bonhomme ; tous louent le hussard, « chef-d’œuvre de la création ».

Enregistrement(s) :

Christian Pollack — 2009

Format : 2 CD — première mondiale au disque
Label : Naxos
Référence : 8.660280-81 (livret daté de 2011)
Année d’enregistrement : 2009, Žilina (Slovaquie), avec la même distribution que les concerts des 3 et 4 décembre 2009 au Fatra Palace of Arts, premières exécutions de l’ouvrage depuis 111 ans.
Distribution :

  • Comtesse Mathilde de Nevers : Veronika Groiss, soprano
  • Colonel Furieux : Manfred Equiluz, ténor
  • Capitaine Robert : Kirlianit Cortez, ténor
  • Bonhomme : Franz Födinger, ténor
  • Ernestine : Isabella Ma-Zach, soprano
  • Jacquelin : Wolfgang Veith, ténor
  • Susette : Eva-Maria Kumpfmüller, soprano
  • Sergent Pandore : Andreas Mittermeier, baryton
  • Jacobins : Chalais, Wolfgang Veith (ténor) ; Balais, Nicolas Legoux (baryton) ; Calais, Andreas Mittermeier (baryton)
  • Violon : František Figura

Direction : Christian Pollack
Orchestre : Slovak Sinfonietta, Žilina ; chœur d’étudiants du Conservatoire de l’Université privée de Vienne
Langue : allemand

Particularité :

Christian Pollack a retrouvé le matériel manuscrit dans les archives du Theater an der Wien (Bibliothèque nationale d’Autriche), en très mauvais état, et l’a reconstitué pendant six mois à partir de quelque 2 000 photographies. Un tiers de la musique composée par Strauss avait été écarté avant la première, et d’autres numéros coupés ensuite ; cette version restitue la partition entendue le soir de la création, avec les ajouts de la vingt-cinquième représentation (ouverture, quatuor-marche « Vorwärts, greifet zu », valse de Bonhomme). Le coffret est complété par des danses, marches et potpourris tirés de l’opérette, issus d’enregistrements Marco Polo antérieurs. Peter Kemp y voit « la découverte d’opérette du XXIe siècle ».

Postérité :

Strauss lui-même n’a assisté qu’à l’une des dernières reprises et n’avait guère de goût pour ce dernier ouvrage scénique. Pourtant la partition, que Peter Kemp qualifie d’« opéra des marches » (comme Der Carneval in Rom fut son « opéra de la polka »), contient de belles valses (« Schöne, wilde Jugendzeit », « O Nachtigall, es ist die Liebe ! ») et des marches parmi les plus enlevées de Strauss, comme « Wo uns’re Fahne weht ». Le livret, jugé aujourd’hui assez innocent et plutôt bon, a bien vieilli.

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