Note personnelle : ,

Saint-Saëns, Camille — Ascanio (1890)

Format :

  • Opéra (tragédie lyrique) en 5 actes et 7 tableaux.
  • Musique : Camille Saint-Saëns.
  • Livret : Louis Gallet (1835-1898), d’après le drame Benvenuto Cellini (1852) de Paul Meurice, lui-même issu du roman Ascanio (1843) d’Alexandre Dumas père, écrit avec Meurice.
  • Langue : français.

Création :

21 mars 1890, à l’Opéra de Paris (Palais Garnier).
Saint-Saëns, qui a cinquante-quatre ans, compose l’ouvrage entre 1887 et 1888, à Alger et à Paris, pour l’Exposition universelle de 1889 ; la création, retardée par les atermoiements des directeurs Ritt et Gailhard, n’a lieu qu’en 1890, en l’absence du compositeur, déprimé par la mort de sa mère et réfugié en Algérie. La partition est alors amputée par des coupures, dont la version originale en cinq actes et sept tableaux ne sera jamais entendue de son vivant. Malgré un succès certain devant le public, l’œuvre ne connaît que quelques reprises (Toulouse 1897, Rouen 1898, Bordeaux 1911, Paris 1921) toujours dans une version réduite en six tableaux.

Livret :

Louis Gallet, librettiste d’Étienne Marcel et de Proserpine, tire de la vie de Benvenuto Cellini, telle que la racontent ses Mémoires, une intrigue d’amours croisés : Scozzone aime Cellini, Cellini aime la duchesse d’Étampes, la duchesse aime Ascanio, Ascanio aime Colombe. Quoique Cellini soit la figure centrale du drame, le titre retient son jeune apprenti, ajouté pour éviter toute confusion avec l’Benvenuto Cellini de Berlioz. Saint-Saëns y manie un système de motifs conducteurs discret, dans la tradition française des premières tragédies lyriques plutôt que par imitation de Wagner, et y glisse un divertissement ballet où se mêlent pastiches d’airs de la Renaissance, Vénus, Diane, Bacchus, Phébus et les Muses.

Intrigue :

  • Acte I : Paris, 1539. Dans l’atelier de l’orfèvre florentin Benvenuto Cellini, apprentis et ouvriers s’agitent autour d’une statue de Jupiter commandée par François Ier. Cellini vante le talent d’Ascanio, jeune orphelin qu’il a ramené d’Italie, ce qui attise la jalousie de Pagolo, tandis que Scozzone, sa maîtresse, met le maître en garde. Le roi et la duchesse d’Étampes, séduite par Ascanio, visitent l’atelier ; la duchesse commande un lis en diamant. Cellini reçoit du roi le Grand Nesle pour fondre sa statue, ce qui provoque la fureur du prévôt de Paris, d’Estourville. Au cloître des Augustins, Ascanio rencontre Colombe, la fille du prévôt, et s’éprend d’elle, mais Cellini l’aperçoit à son tour et en tombe amoureux ; il prend d’assaut le Grand Nesle avec ses élèves et ses ouvriers.
  • Acte II : Au Grand Nesle, Cellini sculpte la statue d’Hébé et chante la beauté de Colombe, son modèle. Ascanio, comprenant que son maître aime la même jeune fille, est atterré ; Cellini lui avoue qu’il veut renoncer à elle à son profit. Au Louvre, la duchesse jalouse découvre qu’Ascanio aime Colombe : dans un grand trio, Ascanio et Colombe lui déclarent leur amour et la défient, et la duchesse jure de se venger.
  • Acte III : À Fontainebleau, fête somptueuse pour la rencontre entre François Ier et Charles Quint. Cellini obtient du roi le pardon et promet de fondre la statue de Jupiter en trois jours, tandis que la duchesse fait approuver le mariage de Colombe avec le comte d’Orbec. Le grand ballet du divertissement (Olympe, Vénus, Junon, Pallas, Diane, Bacchus, Phébus, les Muses, Amour et Psyché) célèbre l’événement.
  • Acte IV : Dans l’atelier, Scozzone, la duchesse et Pagolo ourdissent un complot : enlever Colombe et la cacher chez les Ursulines. Scozzone, jalouse, découvre que Cellini aime Colombe, puis comprend que Colombe aime Ascanio ; elle se sacrifie pour sauver sa rivale. Cellini, renonçant à Colombe, obtient du roi l’autorisation du mariage en échange de la statue de Jupiter, et la fonte commence.
  • Acte V : Au Louvre, la duchesse, qui croit Colombe morte étouffée dans la châsse, exulte ; mais c’est Scozzone qui y a pris la place de Colombe et qui y est morte. La statue de Jupiter est inaugurée ; le roi accorde à Cellini la récompense de son choix, et Cellini demande la main de Colombe pour Ascanio. Scozzone, la sacrifiée, est pleurée par Cellini, tandis que le roi bénit l’union des jeunes amants.

Enregistrement(s) :

Guillaume Tourniaire — 2017

Format : CD (3 disques)
Label : B Records (collection « Genève Live »)
Référence : LBM013
Année d’enregistrement : 24 et 26 novembre 2017, Grand Théâtre de Genève (concerts en public ; première mondiale de la version intégrale conforme au manuscrit autographe de 1888 ; paru en 2018)
Distribution :

  • Benvenuto Cellini : Jean-François Lapointe, baryton
  • Pagolo : Joé Bertili
  • Ascanio : Bernard Richter, ténor
  • Scozzone : Ève-Maud Hubeaux, mezzo-soprano
  • François Ier : Jean Teitgen, basse
  • La duchesse d’Étampes : Karina Gauvin, soprano
  • Colombe d’Estourville : Clémence Tilquin, soprano
  • Un mendiant : Mohammed Haidar
  • D’Estourville : Bastien Combe
  • D’Orbec : Maxence Billiemaz
  • Charles Quint : Raphaël Hardmeyer
  • Une Ursuline : Olivia Doutney

Direction : Guillaume Tourniaire
Orchestre : Orchestre de la Haute école de musique de Genève ; Chœur de la Haute école de musique de Genève et Chœur du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Alan Woodbridge)
Langue : français

Particularité :

Production de la Haute école de musique de Genève, en coproduction avec le Grand Théâtre de Genève, cet enregistrement est la première exécution de la version originale de 1888 : Guillaume Tourniaire, qui a reconstitué la partition d’après le manuscrit autographe, a rétabli les coupures imposées à l’Opéra en 1890 (le trio de l’acte II, le ballet complet, des scènes chorales). Les rôles principaux sont tenus par les chanteurs d’une génération solide, notamment Karina Gauvin en duchesse d’Étampes et Bernard Richter en Ascanio, avec l’orchestre d’étudiants de la HEM. La critique y voit une grande réussite, une partition « magnifique, quoique inégale ».

Postérité :

Créé avec succès en 1890, Ascanio a ensuite été joué en version raccourcie, sans que Saint-Saëns n’entende jamais l’ouvrage intégral. Les reprises de Toulouse (1897), Rouen (1898), Bordeaux (1911) et Paris (1921), la dernière peu avant la mort du compositeur, ont conservé la version en six tableaux. Saint-Saëns évoque l’échec d’un projet de reprise new-yorkaise au Metropolitan. Longtemps tombé dans l’oubli, l’ouvrage est ainsi rendu aux auditeurs d’aujourd’hui par le travail de Guillaume Tourniaire, qui a rétabli les passages manquants de l’édition de 1893 pour en donner, à Genève en 2017, la première mondiale dans sa version originale.

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