Format :
- Drame en musique (dramma per musica) en 3 actes et un prologue.
- Musique : Francesco Sacrati.
- Livret : Giulio Strozzi (1583-1652), premier volet d’une trilogie sur les origines troyennes de Rome (avec La finta savia, 1643, et Romolo e Remo, 1644).
- Langue : italien.
Création :
14 janvier 1641, au Teatro Novissimo de Venise.
Sacrati a trente-cinq ans. Sa Finta pazza inaugure le Novissimo, la première salle construite expressément pour l’opéra (un théâtre de bois de quelque quatre cent cinquante à cinq cents places, placé sous l’égide de l’académie des Incogniti), et s’impose d’emblée : douze représentations en dix-sept soirées, puis une tournée triomphale en Italie. La mise en scène de Giacomo Torelli, « magicien de la scène », y invente les décors coulissants qui permettent de changer de décor à vue en quelques secondes. Deidamia est créée par la cantatrice Anna Renzi, l’une des premières divas de l’histoire de l’opéra.
Livret :
Strozzi s’inspire de l’épisode d’Achille à Skyros : pour échapper à la guerre de Troie, où une prophétie le promet à la mort, le héros s’est réfugié, travesti en femme, chez le roi Lycomède, dont il aime la fille Deidamia. Le livret mêle les registres : théâtre espagnol et commedia dell’arte, personnages comiques (une nourrice travestie, un eunuque, un capitaine), scènes mythologiques avec les dieux, et premier exemple de scène de folie d’une grande postérité à l’opéra (Didone de Busenello et Cavalli, Egisto). La partition, longtemps considérée comme perdue, n’a été retrouvée qu’en 1984 par Lorenzo Bianconi, sous la forme d’une copie manuscrite conservée dans des archives privées en Italie.
Intrigue :
- Prologue : La Renommée (Fama) et l’Aurore annoncent le sujet : la gloire future d’Achille.
- Acte I : À Skyros, Ulysse et Diomède débarquent pour retrouver Achille, dont la Grèce a besoin pour vaincre Troie. Ils le cherchent parmi les filles du roi Lycomède, où le héros se cache sous des habits féminins. Lorsqu’Ulysse glisse un poignard parmi les présents offerts aux jeunes filles, Achille, dont l’instinct guerrier s’éveille, est démasqué. Pour le retenir, Deidamia, qui a eu de lui un fils en secret, feint la folie.
- Acte II : Deidamia joue la folle : tantôt guerrière furieuse, tantôt Hélène voyant dans le pauvre Eunuque l’incarnation de Pâris, elle se moque aussi de Jupiter. Les scènes avec Junon, Minerve, Thétis, Vulcain et Jupiter amplifient la dimension mythologique, tandis que l’Eunuque, la Nourrice et le Capitaine apportent la veine comique.
- Acte III : Deidamia met un terme à sa feinte. Le roi Lycomède reconnaît son petit-fils Pyrrhus et accepte l’union de sa fille avec Achille, qui partira ensuite vers son glorieux destin sous les ordres des Grecs.
Enregistrement(s) :

Leonardo García Alarcón — 2021
Format : CD (3 disques, 2 h 28)
Label : Château de Versailles Spectacles
Référence : CVS070
Année d’enregistrement : 2021, Versailles (première mondiale ; paru en 2022)
Distribution :
- Deidamia : Mariana Flores, soprano
- Achille : Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor
- Ulisse : Carlo Vistoli
- Diomede : Valerio Contaldo
- Licomede : Alejandro Meerapfel
- Eunuco : Kacper Szelążek
- Nodrice : Marcel Beekman
- Capitano : Salvo Vitale
- Aurora, Giunone : Julie Roset
- Tetide, Vittoria : Fiona McGown
- Vulcano, Giove : Alexander Miminoshvili
- Fama, Minerva : Norma Nahoun
- Donzelle : Aurélie Marjot, Anna Piroli, Sarah Hauss
Direction : Leonardo García Alarcón (également au clavecin)
Orchestre : Cappella Mediterranea
Langue : italien
Particularité :
Premier enregistrement de l’ouvrage, issu de la production donnée à l’Opéra de Dijon, où l’ensemble est en résidence depuis 2018. Il s’appuie sur la partition d’une reprise de la compagnie des Febiarmonici (Plaisance, 1644), la seule conservée, complète à l’exception de l’ouverture et de quelques ritournelles, que Ariel Rychter a éditée. Leonardo García Alarcón y fait entendre un petit orchestre de cordes, de continuo (théorbe, guitare, harpe, clavecin et orgue, archiluth), de flûtes à bec et de cornets, de basson et de percussions. Mariana Flores, protagoniste, brille dans le rôle de la fausse folle, et la critique salue la fraîcheur des voix et l’orchestre coloré et richement ornementé.
Postérité :
Représentée à Paris au Petit-Bourbon le 14 décembre 1645, à l’initiative de Mazarin, dans une version remaniée avec prologue, ballets d’ours, d’autruches et de perroquets, parties parlées en français, La finta pazza est le tout premier opéra donné en France. Le jeune Louis XIV, alors âgé de sept ans, y a vu, dit-on, la naissance de sa vocation de danseur. L’ouvrage a ensuite disparu avec le reste de la production de Sacrati, avant d’être redécouvert à la fin du XXe siècle puis ressuscité par Leonardo García Alarcón à l’Opéra de Dijon en 2019, puis à Versailles.






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