Format :
- Tragédie lyrique en 3 actes.
- Musique : Antonio Sacchini.
- Livret : l’abbé Simon-Joseph Pellegrin (Renaud ou la Suite d’Armide, mis en musique par Henry Desmarest en 1722), remanié par Jean-Joseph Le Bœuf, d’après la Jérusalem délivrée du Tasse.
- Langue : français.
Création :
28 février 1783, à l’Académie royale de musique (Opéra de Paris).
Sacchini, né à Florence en 1730, a cinquante-deux ans. Installé à Paris depuis 1781, protégé par Marie-Antoinette dans la querelle qui oppose gluckistes et piccinnistes, il y fait ses débuts à l’Opéra avec cette tragédie lyrique, en cherchant une synthèse entre l’énergie théâtrale de Gluck et le lyrisme de Piccinni. La création, très attendue, a été retardée de plusieurs semaines par des cabales ; la reine et une partie de la famille royale y assistent.
Livret :
Le livret remonte à la Renaud ou la Suite d’Armide de Pellegrin, pensée en 1722 comme une suite à l’Armide de Lully, ouvrage lui-même nourri du chant XVII à XX de la Jérusalem délivrée. Sacchini avait d’abord songé à réutiliser son Rinaldo londonien ; le texte fut remis en forme par Framery, puis par Le Bœuf, qui en tira finalement une version plus concise et mieux coupée, entièrement centrée sur la figure d’Armide, à la fois princesse, magicienne et amoureuse.
Intrigue :
- Acte I : Dans le camp des Sarrasins, Renaud propose au roi Hidraot, père d’Armide, la paix en échange de la libération de Jérusalem. L’accord est près d’être conclu lorsqu’Armide paraît et l’empêche : elle promet sa main à celui qui la vengera de Renaud en le tuant, et les Amazones, menées par Antiope, se rangent à ses côtés.
- Acte II : Armide, qui ne peut chasser Renaud de son cœur, apprend qu’il a été capturé par les Amazones. Sa passion renaît ; elle lui avoue son amour et va jusqu’à lui révéler les projets de ses rivaux. Hidraot lui reproche cette trahison ; reconnaissant son erreur, Armide invoque les Furies, mais l’Enfer lui-même refuse d’obéir à la traîtresse. Hidraot part au combat en jurant la mort de Renaud.
- Acte III : Sur le champ de bataille jonché de morts, Armide cherche les corps de son amant et de son père, et apprend qu’Hidraot est aux mains des ennemis. Désespérée, elle veut se poignarder, mais Renaud paraît et l’en empêche : il a épargné Hidraot par amour pour elle. Les deux amants s’unissent, avec la bénédiction du roi, dans l’allégresse de deux peuples réconciliés.
Enregistrement(s) :

Christophe Rousset — 2012
Format : CD-livre (2 disques)
Label : Palazzetto Bru Zane (collection « Opéra français »)
Référence : ES 1012
Année d’enregistrement : 21 et 22 octobre 2012, Arsenal de Metz (première mondiale ; édition de 2013)
Distribution :
- Armide : Marie Kalinine, soprano
- Renaud : Julien Dran, ténor
- Hidraot : Jean-Sébastien Bou, baryton
- Adraste, Arcas, Tissapherne, Mégère : Pierrick Boisseau
- Mélisse, une Coryphée : Julie Fuchs
- Doris, une Coryphée : Katia Velletaz
- Antiope : Chantal Santon
- Iphise : Jennifer Borghi
- Tisiphone, un Chevalier : Cyrille Dubois
- Alecton : Pascal Bourgeois
Direction : Christophe Rousset
Orchestre : Les Talens Lyriques ; Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles (direction artistique : Olivier Schneebeli)
Langue : français
Particularité :
Premier enregistrement mondial de la partition, publié sous la forme d’un livre-disque du Palazzetto Bru Zane, consacré à la redécouverte du grand répertoire français (1780-1920), avec une édition de la partition réalisée avec Symétrie. La prise a lieu dans la grande salle de l’Arsenal de Metz, dont l’acoustique est réputée. Christophe Rousset, spécialiste de la tragédie lyrique, conduit sur instruments d’époque Les Talens Lyriques, qui déploient les ballets, les grands chœurs et les récitatifs accompagnés caractéristiques de la dramaturgie française. Marie Kalinine y incarne une Armide à la fois fière et vulnérable, Julien Dran un Renaud d’un timbre chaleureux, et Jean-Sébastien Bou un Hidraot de grande autorité.
Postérité :
Malgré quelques réserves de la critique (Grimm y voit « la main d’un grand maître » sans enthousiasme), Renaud est un succès : l’ouvrage totalise plus de cent cinquante représentations à l’Opéra entre 1783 et 1815, dont soixante dans les deux premières années. L’ouvrage est repris à l’affiche de 1788 à 1799, avant l’éclipse définitive à l’heure du romantisme de Méhul, Cherubini et Spontini ; une reprise en 1815 n’a que quatre soirées. Les airs d’Armide, en particulier « Barbare amour, tyran des cœurs », restent au répertoire des grandes cantatrices au début du XIXe siècle. Les musicologues le rangent aujourd’hui parmi les grands chefs-d’œuvre de l’époque, aux côtés d’Iphigénie en Tauride de Gluck et d’Amadis de Gaule de Jean-Chrétien Bach.






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