Format :
- Tragédie lyrique en 3 actes.
- Musique : Antonio Sacchini.
- Livret : Nicolas-François Guillard, d’après le second volet de la trilogie thébaine de Sophocle, Œdipe à Colone.
- Langue : français.
Création :
4 janvier 1786, à Versailles, devant Louis XVI et Marie-Antoinette.
Sacchini, né à Florence en 1730, a cinquante-cinq ans. Formé à Naples, brillant compositeur d’opera seria à Venise puis à Londres, il s’est fixé à Paris en 1781, où la reine le protège dans la querelle qui oppose partisans de Gluck et de Piccinni. Il met ici son italianité mélodique au service de la tragédie lyrique à la française, nourrie de l’exemple de Gluck. La création versaillaise est mal accueillie ; une nouvelle production prévue à Fontainebleau à l’automne se solde par une déception, que certains tiennent pour responsable de la mort du compositeur en octobre 1786, à l’âge de cinquante-six ans.
Livret :
Nicolas-François Guillard, déjà auteur des livrets d’Iphigénie en Tauride pour Gluck et de Chimène pour Sacchini, adapte la pièce de Sophocle, c’est-à-dire la fin d’Œdipe aveugle, banni de Thèbes, qui trouve asile à Colone, près d’Athènes. Il en retient surtout le thème de la réconciliation entre un père et ses fils, et adjoint à l’intrigue Ériphile, fille de Thésée, dont le mariage avec Polynice scelle l’apaisement.
Intrigue :
- Acte I : À Athènes, le roi Thésée promet son soutien à Polynice, fils d’Œdipe, dans sa revendication du trône de Thèbes, que lui dispute son frère Étéocle, et lui offre la main de sa fille Ériphile. Les habitants de Colone et les soldats se rangent derrière lui, les femmes célèbrent les noces à venir. Thésée conduit Polynice au temple des Euménides pour obtenir la bénédiction des dieux. Mais Polynice, qui a exilé son père, avoue sa faute ; Thésée lui assure que le remords amène l’innocence. Le Grand Prêtre et le peuple implorent la clémence des déesses, qui manifestent leur courroux.
- Acte II : Seul, Polynice se lamente d’être trahi par ses sujets et maudit par son père. Œdipe, aveugle et épuisé, arrive guidé par sa fille Antigone ; il imagine la présence de Jocaste et des Euménides, qui le tourmentent. Des gens du peuple surviennent, scandalisés qu’un étranger profane le bois sacré des déesses ; lorsqu’ils découvrent qu’il est Œdipe, ils exigent son bannissement. Thésée intervient et lui offre sa protection.
- Acte III : Polynice, rongé de remords, propose à Antigone de renoncer au trône et à sa fiancée si son père veut bien lui pardonner. Œdipe maudit d’abord son fils, appelant sur lui la vengeance des dieux, puis cède à la tendresse devant son repentir ; Antigone et Polynice se jettent dans ses bras. Le Grand Prêtre annonce que la colère des dieux est apaisée, la peste a quitté le pays, et Œdipe bénit l’union de Polynice et d’Ériphile. Le peuple célèbre l’heureux dénouement par une danse finale.
Enregistrement(s) :

Ryan Brown — 2006
Format : CD (2 disques)
Label : Naxos
Référence : 8.660196-97
Année d’enregistrement : 2006 (parution) ; réalisé à partir d’une exécution en concert complétée par des séances additionnelles (date et lieu non précisés dans le livret)
Distribution :
- Œdipe : François Loup
- Antigone : Nathalie Paulin, soprano
- Polynice : Robert Getchell
- Thésée : Tony Boutté, ténor
- Ériphile : Kirsten Blaise, soprano
- Une Athénienne : Kara Morgan
- Le Grand Prêtre : Jonathan Kimple
- Un Héraut : Jason Kaminski
- Un Coryphée : Philip Cave
Direction : Ryan Brown, directeur artistique
Orchestre : Opera Lafayette Orchestra and Chorus
Langue : français
Particularité :
Parmi les rares enregistrements modernes de l’ouvrage, celui-ci s’appuie sur une édition préparée par Opera Lafayette à partir de la seconde édition de la partition, plus fiable que la première, avec les coupures et les menus changements accumulés au cours des 583 représentations parisiennes. Ryan Brown n’a pas adopté tous les changements des parties d’orchestre parisiennes, mais en retient quelques-uns, comme les trompettes et trombones de l’ouverture, le chœur des soldats de l’acte I et la scène finale de l’acte I. La fougue et la tendresse de François Loup en Œdipe, la finesse de Nathalie Paulin et de Robert Getchell, ainsi que le trio de l’acte III, que Berlioz admirait, font de cette version un témoignage vivant de la tragédie lyrique de la fin de l’Ancien Régime.
Postérité :
Repris à l’Opéra de Paris le 1er février 1787, après la mort du compositeur, Œdipe à Colone y devient un grand succès et y reste à l’affiche jusqu’en 1830, avec près de six cents représentations, avant une reprise en 1843. Hector Berlioz, qui l’entendit à Paris, admirait particulièrement l’air d’Œdipe de l’acte III, « Elle m’a prodigué », dont il louait la transition sublime de la fureur à l’attendrissement. L’œuvre reste l’un des chefs-d’œuvre injustement oubliés de la tragédie lyrique de la fin du XVIIIe siècle, que les enregistrements modernes redonnent à entendre.






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