Note personnelle : ,

Royer, Joseph-Nicolas-Pancrace — Pyrrhus (1730)

Format :

  • Tragédie en musique (tragédie lyrique) en un prologue et 5 actes.
  • Musique : Joseph-Nicolas-Pancrace Royer.
  • Livret : attribué à N. Fermelhuis (mort vers 1742), dont le nom aurait pu couvrir un auteur anonyme signant « de S… X. » ; le sujet est tiré de la légende de Polyxène et de Pyrrhus, fils d’Achille.
  • Langue : français.

Création :

26 octobre 1730, à l’Académie royale de musique (Opéra de Paris).
Né à Turin en 1703, Royer a vingt-sept ans, et ce premier ouvrage lyrique d’envergure est son « coup d’essai » pour l’Académie royale. Claveciniste et organiste réputé, il est protégé de la cour, et André Cardinal Destouches, directeur sortant de la musique de l’Opéra, y entend « un goût nouveau ». La distribution réunit les chanteurs que Rameau emploiera trois ans plus tard dans Hippolyte et Aricie : Chassé de Chinais (Pyrrhus), Denis-François Tribou (Acamas), Marie Pélissier (Polyxène) et Marie Antier (Ériphile), avec le danseur Louis Dupré et des décors de Servandoni. Malgré cela, l’accueil est froid et l’ouvrage ne connaît que sept représentations.

Livret :

Pyrrhus est le dernier des vingt et un opéras français consacrés à la guerre de Troie depuis l’Achille et Polyxène de Lully (1687). Le titre est trompeur : l’héroïne est Polyxène, fille de Priam, que Pyrrhus aurait sacrifiée pour venger son père Achille. La tradition (Boccace, Behourt, Thomas Corneille, La Fosse, puis la tragédie lyrique Polyxène et Pyrrhus de 1706) en avait fait une amante martyre ; l’auteur du livret élimine plusieurs personnages pour concentrer le drame sur un jeu d’amours cachées et jalouses autour du thème du sacrifice à Achille. Les vers, assez longs, sont peu chantants, ce qui a nui à la réception de l’œuvre.

Intrigue :

  • Prologue : Mars et Minerve se disputent la gloire ; Jupiter les apaise et le prologue s’achève sur la célébration de la France, avec les jeux et plaisirs du divertissement dansé.
  • Acte I : Les Troyens, vaincus, sont invités à jouir de la victoire de Pyrrhus malgré leur liberté perdue. Polyxène, fille de Priam, aime secrètement Pyrrhus, fils du meurtrier de son frère, et se débat entre son devoir envers les siens et sa passion.
  • Acte II : Pyrrhus hésite entre la princesse Ériphile, à qui il est promis, et Polyxène ; Acamas, prince du sang de Pyrrhus, convoite lui aussi la Troyenne, et les confidences d’Ismène nourrissent les rivalités. Une marche et une grande chaconne célèbrent le héros.
  • Acte III : Ériphile, princesse magicienne, affronte Pyrrhus puis invoque les Euménides et les démons pour assouvir sa vengeance.
  • Acte IV : Pyrrhus, jaloux et déchiré, donne libre cours à sa passion dans un grand monologue (« Polyxène à l’amour »), dont le thème répond à celui d’Ériphile ; un divertissement de Nymphes conclut l’acte.
  • Acte V : Avec l’intervention du Grand Prêtre, de l’ombre d’Achille et de Thétis, le drame se dénoue par la mort de Polyxène.

Enregistrement(s) :

Michael Greenberg — 2012

Format : CD (2 disques)
Label : Alpha (Collection Versailles, Château de Versailles Spectacles)
Référence : Alpha 953
Année d’enregistrement : 14 et 16 septembre 2012, Salle des Croisades, Château de Versailles (en public, première mondiale ; paru en 2014)
Distribution :

  • Pyrrhus, roi d’Épire, fils d’Achille : Alain Buet, baryton
  • Polyxène, fille de Priam : Emmanuelle de Negri, soprano
  • Ériphile, princesse magicienne : Guillemette Laurens, mezzo-soprano
  • Acamas, prince du sang de Pyrrhus : Jeffrey Thompson, haute-contre
  • Ismène (confidente de Polyxène) et Thétis : Nicole Dubrovitch
  • L’ombre d’Achille : Laurent Collobert
  • Les trois Euménides : Brian Cummings, Jean-Yves Ravoux, Virgile Ancely
  • Le Grand Prêtre : Paul Willenbrock
  • Prologue : Mars (Virgile Ancely), Minerve (Edwige Parat), Jupiter (Christophe Gautier)
  • Une nymphe de Thétis : Sophie Decaudaveine ; un soldat : Olivier Fichet ; une Troyenne : Solange Añorga ; un Troyen : Bruno Renhold

Direction : Michael Greenberg (responsable artistique : Lisa Goode Crawford, clavecin)
Orchestre : Les Enfants d’Apollon (orchestre et chœur)
Langue : français

Particularité :

Gravé sur le vif dans la salle gothique des Croisades du château de Versailles, cet enregistrement est la première réalisation moderne de l’ouvrage, sur une partition reconstituée par le Centre de musique baroque de Versailles à partir du matériel d’origine, resté intact car l’opéra n’a jamais été repris dans son intégralité. Michael Greenberg y dirige un petit orchestre sur instruments d’époque, avec théorbe, flûtes, hautbois, basson, trompette et timbales. Emmanuelle de Negri est saluée pour la noblesse tragique de sa Polyxène, et Guillemette Laurens campe une Ériphile redoutable. La critique a relevé un orchestre assuré et des chœurs parfois inégaux, mais surtout un ouvrage qui annonce le style de Rameau.

Postérité :

Échec en 1730, Pyrrhus n’a pas été oublié de tous : des extraits sont recopiés dans deux recueils manuscrits du XVIIIe siècle, la scène infernale de l’acte III est insérée dans la reprise du Tancrède de Campra en 1764, et la ritournelle de l’acte III ainsi que le chœur des Nymphes sont réutilisés dans l’Alcione de Marais en 1771. Royer devient maître de musique des enfants de France, puis directeur du Concert spirituel (1748) et de l’Opéra (1753). Avec ses chœurs grandioses, ses dissonances expressives et son usage précoce du leitmotiv (le thème d’Ériphile repris par Pyrrhus), l’ouvrage annonce, trois ans avant Hippolyte et Aricie, le « goût nouveau » de la tragédie lyrique rameauesque.

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