Format :
- Dramma per musica (opera seria) en 2 actes.
- Musique : Gioachino Rossini.
- Livret : Andrea Leone Tottola, d’après la tragédie Zélmire de Pierre-Laurent Buirette de Belloy (1762).
- Langue : italien.
Création :
16 février 1822, au Teatro San Carlo de Naples.
Rossini a trente ans et achève avec Zelmira son cycle napolitain : c’est le dernier des opere serie écrits pour le San Carlo et pour Isabella Colbran, prima donna dont il vient d’annoncer le mariage. L’écriture, plus dense et plus symphonique que dans ses ouvrages précédents, avec des ensembles amples, une orchestration fournie et des audaces harmoniques, a fait dire à Stendhal que le compositeur était devenu « plus allemand que Beethoven ». La distribution napolitaine réunit Isabella Colbran (Zelmira), Giovanni David (Ilo) et Andrea Nozzari (Antenore). Rossini emporte aussitôt la partition à Vienne, où l’ouvrage est repris dès le 13 avril 1822 au Kärntnertortheater, puis à Londres (1824) et à Paris (1826).
Livret :
Andrea Leone Tottola, librettiste attitré du San Carlo, adapte la tragédie de Belloy en transposant l’action à Lesbos et à Mytilène. Le sujet, celui d’un trône restauré après la chute d’un usurpateur, convenait à une saison où le roi Ferdinand venait de retrouver son autorité absolue sur le royaume des Deux-Siciles. L’héroïne, à la fois fille, épouse et mère, concentre la trinité des vertus féminines que l’opéra seria glorifie, et l’ouvrage s’achève sur le grand rondo « Riedi al soglio » qui célèbre sa victoire morale.
Intrigue :
- Acte I : À Lesbos, le roi usurpateur Azor vient d’être assassiné par son confident Leucippo, qui veut mettre sur le trône Antenore, prince de la famille régnante, et faire accuser Zelmira. Celle-ci cache en secret son père, le roi légitime Polidoro, dans les tombeaux des rois et le nourrit en cachette, avec l’aide de sa confidente Emma. Son époux Ilo, prince de Troie, revient victorieux de la guerre de Mytilène, ravi de retrouver sa femme et leur fils, mais les intrigants le persuadent de la culpabilité de Zelmira. Antenore est couronné ; Ilo, épuisé, s’effondre, et Leucippo se saisit d’un poignard pour le tuer. Zelmira lui arrache l’arme ; Leucippo réveille Ilo et l’accuse de tentative de meurtre. Zelmira est arrêtée devant tous.
- Acte II : Leucippo intercepte une lettre de Zelmira à Ilo révélant que Polidoro est vivant. Elle fait cacher son fils ; Ilo, divisé entre la méfiance et l’amour, hésite encore. Antenore et Leucippo, qui cherchent le roi, la trompent pour lui faire révéler sa cachette ; mais Emma informe Ilo de la vérité. Les troupes d’Ilo se précipitent vers les tombeaux, surprennent les traîtres alors qu’ils s’apprêtent à tuer Polidoro, que Zelmira protège de son poignard. Les usurpateurs sont enchaînés et Zelmira restaure son père sur le trône.
Enregistrement(s) :

Claudio Scimone — 1989
Format : CD (2 disques, 2 h 33)
Label : Erato
Référence : 2292-45419-2 (WE 815-ZA)
Année d’enregistrement : 1989, studio (lieu non précisé ; paru en 1990)
Distribution :
- Zelmira : Cecilia Gasdia, soprano
- Emma : Bernarda Fink, mezzo-soprano
- Ilo : William Matteuzzi, ténor
- Antenore : Chris Merritt, ténor
- Polidoro : José García, basse
- Leucippo : Boaz Senator, basse
- Eacide : Vernon Midgley, ténor
- Gran Sacerdote di Giove : Leslie Fyson, baryton
Direction : Claudio Scimone (révision musicologique)
Orchestre : I Solisti Veneti ; The Ambrosian Singers (chef de chœur : John McCarthy)
Langue : italien
Particularité :
Annoncé comme « première mondiale » sur la pochette, c’est le premier enregistrement intégral de l’ouvrage, sur une révision musicologique de Claudio Scimone, fondateur de I Solisti Veneti. Cecilia Gasdia, soprano lyrique d’une grande souplesse, incarne Zelmira face à un trio de ténors aux timbres contrastés : Matteuzzi en Ilo, et Chris Merritt, rompu aux rôles écrits pour Nozzari, en Antenore. Bernarda Fink offre une Emma de choix. Le disque a surtout le mérite d’avoir rendu l’ouvrage audible, avec I Solisti Veneti dans une lecture élégante.

Maurizio Benini — 2003
Format : CD (2 disques)
Label : Opera Rara (Peter Moores Foundation)
Référence : ORC 27
Année d’enregistrement : 30 août 2003, Usher Hall, Édimbourg (version de concert en public, Festival international d’Édimbourg ; paru en 2004)
Distribution :
- Zelmira : Elizabeth Futral, soprano
- Emma : Manuela Custer, mezzo-soprano
- Ilo : Antonino Siragusa, ténor
- Antenore : Bruce Ford, ténor
- Polidoro : Marco Vinco, basse
- Leucippo : Mirco Palazzi, basse
- Eacide : Ashley Catling, ténor
- Gran Sacerdote di Giove : Mathias Hausmann, baryton
Direction : Maurizio Benini
Orchestre : Scottish Chamber Orchestra ; Scottish Chamber Chorus
Langue : italien
Particularité :
Captée en concert à Édimbourg, cette version publiée par Opera Rara, avec un livret italien-anglais et des essais de Jeremy Commons et de Tom Kaufman, est tenue pour une réussite : l’engagement et la sensibilité d’Elizabeth Futral, la vaillance de Bruce Ford dans le rôle écrasant d’Antenore, la fougue d’Antonino Siragusa en Ilo et la direction nerveuse de Maurizio Benini sont salués par la critique comme l’un des meilleurs ouvrages du label.

Gianluigi Gelmetti — 2017
Format : CD (3 disques)
Label : Naxos (coproduction SWR)
Référence : 8.660468-70
Année d’enregistrement : 19, 20, 21 et 27 juillet 2017, Trinkhalle, Bad Wildbad (Allemagne), XXIXe festival Rossini in Wildbad
Distribution :
- Zelmira : Silvia Dalla Benetta, soprano
- Emma : Marina Comparato, mezzo-soprano
- Ilo : Mert Süngü, ténor
- Antenore : Joshua Stewart, ténor
- Polidoro : Federico Sacchi, basse
- Leucippo : Luca Dall’Amico, basse
- Eacide : Xiang Xu, ténor
- Gran Sacerdote : Emmanuel Franco, baryton
Direction : Gianluigi Gelmetti
Orchestre : Virtuosi Brunensis (direction artistique : Karel Mitáš) ; Górecki Chamber Choir, Cracovie (Mateusz Prendota)
Langue : italien
Particularité :
Réalisé en direct au festival de Bad Wildbad, ce témoignage s’appuie sur l’édition critique de la Fondazione Rossini de Pesaro établie par Helen Greenwald et Kathleen Kuzmick Hansell. Il choisit pour l’acte II l’air d’Emma de la version viennoise de 1822 (« Ciel pietoso, Ciel clemente », écrit par Giuseppe Carpani) et le nouveau finale composé à Paris en 1826 pour Giuditta Pasta. Le livret propose ainsi des versions alternatives sur lesquelles l’interprète peut choisir. Distribution jeune, direction expérimentée de Gianluigi Gelmetti : c’est la version la plus récente sur disque, publiée par Naxos en 2020.
Postérité :
Triomphe à Naples, à Vienne, à Londres puis à Paris, Zelmira a ensuite disparu des scènes : jugée trop « allemande » et trop sévère, elle n’a pas été reprise à Naples avant 1965. Le manuscrit original, acheté en 1964 par Richard Bonynge et Joan Sutherland chez un antiquaire, a été mis aux enchères en 1995 et acquis par la Fondazione Rossini de Pesaro. L’ouvrage réapparaît depuis à l’affiche du festival de Pesaro, notamment en 2009 avec Juan Diego Flórez, et dans la série Rossini in Wildbad ; il est le fleuron des opere serie napolitaines méconnues, entre Maometto II et Semiramide.





Laisser un commentaire