Format :
- Azione tragico-sacra (drame biblique) en trois actes dans sa version originale napolitaine de 1818, intitulée Mosè in Egitto ; en quatre actes dans la version italienne dérivée de la révision parisienne de 1827 (Moïse et Pharaon), simplement appelée Mosè, qui a longtemps constitué la version de référence sur les scènes italiennes.
- Musique : Gioachino Rossini.
- Livret : Andrea Leone Tottola, d’après la tragédie L’Osiride de Francesco Ringhieri (1760), pour la version napolitaine de 1818 ; révisé en français par Luigi Balocchi et Étienne de Jouy pour la version parisienne de 1827, elle-même retraduite en italien par Calisto Bassi.
- Langue : italien (les quatre enregistrements présentés ici).
Création :
5 mars 1818, Teatro San Carlo, Naples, sous le titre Mosè in Egitto. Composé pour la saison de Carême — les théâtres napolitains faisant alors appel à des sujets bibliques pendant cette période de l’année —, l’ouvrage connaît une création mouvementée : la machinerie chargée de figurer le passage de la mer Rouge fonctionne si mal que le finale suscite les rires du public plutôt que l’effet solennel escompté. L’œuvre n’en obtient pas moins un succès durable, et Rossini la remanie pour la reprise de Carême 1819, réécrivant en profondeur le troisième acte et y ajoutant la prière de Moïse « Dal tuo stellato soglio », qui connaît un succès immédiat bien au-delà du théâtre — Paganini en tirera notamment des variations pour violon. En 1827, Rossini reprend et développe considérablement la partition pour l’Académie royale de musique de Paris, sous le titre Moïse et Pharaon, ou Le passage de la Mer Rouge, avec un nouveau livret français en quatre actes. Cette version parisienne, retraduite en italien par Calisto Bassi et donnée sous ce jour à Naples en 1849, s’impose ensuite si largement sur les scènes italiennes qu’elle y supplante presque entièrement, sous le simple titre de Mosè, la version originale de 1818-1819.
Livret :
Le livret de Tottola s’inspire de la tragédie L’Osiride de Francesco Ringhieri (1760), elle-même fondée sur l’épisode biblique de l’Exode (Livre de l’Exode, chapitres 7 à 14) : les plaies d’Égypte, l’endurcissement puis les revirements successifs de Pharaon, et le passage miraculeux de la mer Rouge. Tottola et Rossini y ajoutent une intrigue amoureuse sans fondement scripturaire, entre le prince héritier égyptien et une jeune Hébreue, qui sert de moteur dramatique aux trois actes. Lorsque Rossini reprend le sujet pour Paris en 1827, Balocchi et de Jouy retravaillent profondément la construction dramatique et la distribution des rôles (les personnages changent en partie de nom et de fonction, un nouveau rôle — la sœur de Moïse — apparaît) pour l’adapter aux exigences du grand opéra parisien, avec ballets et vastes tableaux de foule ; c’est cette version, retraduite en italien, que documentent trois des quatre enregistrements présentés ci-dessous.
Intrigue :
- Acte I : L’Égypte est plongée dans les ténèbres, châtiment divin infligé à Pharaon pour son refus de libérer les Hébreux captifs. Mosè prie et fait revenir la lumière ; Pharaon promet alors leur départ. Mais son fils Osiride, épris en secret de la jeune Hébreue Elcia, s’entend avec le grand prêtre Mambre pour empêcher l’exode en soulevant le peuple égyptien contre cette décision. Pharaon revient sur sa parole et menace de mort quiconque tenterait de fuir. Amaltea, son épouse, secrètement acquise à la foi hébraïque, intervient en vain. Mosè menace de nouveaux fléaux ; la tension dégénère en affrontement, que seul Pharaon parvient à apaiser avant d’ordonner, in extremis, le départ immédiat des Hébreux.
- Acte II : Mosè apprend qu’Osiride a enlevé Elcia. La reine Amaltea et Aronne retrouvent les amants réfugiés dans une grotte ; Osiride se dit prêt à renoncer au trône par amour pour elle. Mais Pharaon, craignant que les Hébreux ne se rangent du côté des ennemis de l’Égypte, révoque une nouvelle fois leur libération. Mosè annonce alors qu’Osiride et tous les premiers-nés d’Égypte seront frappés par la foudre divine. Pharaon associe Osiride au trône et le charge de faire exécuter Mosè ; au moment même où Osiride ordonne sa mise à mort, il est lui-même foudroyé.
- Acte III : Parvenus au bord de la mer Rouge, les Hébreux, conduits par Mosè et Aronne, ne peuvent aller plus loin. Mosè implore Dieu et frappe les flots de son bâton : la mer s’ouvre et livre passage au peuple hébreu. Pharaon, Mambre et l’armée égyptienne s’y engagent à leur poursuite, mais les eaux se referment sur eux et les engloutissent, tandis que les Hébreux, parvenus sains et saufs sur l’autre rive, rendent grâce au Seigneur.
Enregistrement(s) :

Wolfgang Sawallisch — 1968
Format : 2 CD (réédition d’un enregistrement radiophonique).
Label : Frequenz.
Année d’enregistrement : 11 avril 1968, pour la Radiotelevisione Italiana, à Rome.
Distribution :
- Mosè : Nicolai Ghiaurov, basse
- Elisero : Giampaolo Corradi, ténor
- Faraone : Mario Petri, basse
- Aménofi : Ottavio Garaventa, ténor
- Aufide : Fernandino Jacopucci, ténor
- Osiride : Franco Ventiglia, basse
- Maria : Gloria Lane, mezzo-soprano
- Anaide : Teresa Zylis-Gara, soprano
- Sinaide : Shirley Verrett, mezzo-soprano
Direction : Wolfgang Sawallisch.
Orchestre et chœur : Orchestra Sinfonica e Coro di Roma della Radiotelevisione Italiana.
Langue : italien.
Particularité :
Réalisé pour la radio italienne avec une distribution internationale de premier plan — Nicolai Ghiaurov en Mosè, Teresa Zylis-Gara et Shirley Verrett dans les deux rôles féminins —, cet enregistrement documente, comme les deux suivants, le Mosè en quatre actes issu de la traduction italienne de Moïse et Pharaon plutôt que la version originale napolitaine de 1818-1819 : les noms et les fonctions de plusieurs personnages y diffèrent donc sensiblement de ceux de Mosè in Egitto (Elisero pour le frère de Moïse, Aménofi pour le fils de Pharaon, Osiride devenu le grand prêtre, et l’apparition du personnage de Maria, sœur de Moïse).

Gianandrea Gavazzeni — 1974
Format : 2 CD (captation publique).
Label : Mondo Musica.
Référence : MFOH 10606.
Année d’enregistrement : captation publique du 8 janvier 1974, au Gran Teatro La Fenice, Venise.
Distribution :
- Mosè : Cesare Siepi, basse
- Elisero : Gastone Limarilli, ténor
- Faraone : Silvano Carroli, basse
- Aménofi : Veriano Luchetti, ténor
- Aufide : Oslavio Di Credico, ténor
- Osiride : Antonio Zerbini, basse
- Maria : Lidia Gastaldi, mezzo-soprano
- Anaide : Celestina Casapietra, soprano
- Sinaide : Bianca Maria Casoni, mezzo-soprano
- Una voce misteriosa : Alessandro Maddalena, basse
Direction : Gianandrea Gavazzeni.
Orchestre et chœur : Orchestra e Coro del Teatro La Fenice, Venise.
Langue : italien.
Particularité :
Captation publique donnée au Gran Teatro La Fenice avec Cesare Siepi dans le rôle-titre, d’après le matériel d’édition Ricordi alors en usage courant sur les scènes italiennes. Comme l’enregistrement Sawallisch, il documente le Mosè en quatre parties issu de la version parisienne de 1827, et non la version originale de Mosè in Egitto.

Lamberto Gardelli — 1981
Format : 3 CD (studio).
Label : Hungaroton.
Référence : SLPX 12290-92 (réédition CD : HCD 12290-92).
Année d’enregistrement : 1981, en studio, à Budapest.
Distribution :
- Mosè : József Gregor, basse
- Elisero : András Molnár, ténor
- Faraone : Sándor Sólyom-Nagy, basse
- Aménofi : János B. Nagy, ténor
- Aufide : Attila Fülöp, ténor
- Osiride : Ferenc Begányi, basse
- Maria : Eszter Póka, mezzo-soprano
- Anaide : Magda Kalmár, soprano
- Sinaide : Júlia Hamari, mezzo-soprano
Direction : Lamberto Gardelli.
Orchestre : Orchestre du Théâtre national d’opéra de Hongrie.
Chœur : Chœur de la Radio-Télévision hongroise.
Langue : italien.
Particularité :
Dernier grand témoignage discographique en studio, avant les redécouvertes philologiques rossiniennes, de la version italienne en quatre actes dérivée de Moïse et Pharaon ; enregistré à Budapest avec une distribution entièrement hongroise, sous la direction de l’un des chefs les plus actifs de sa génération dans le répertoire rossinien.

Antonino Fogliani — 2006
Format : 2 CD (captation publique).
Label : Naxos.
Référence : 8.660220-21.
Année d’enregistrement : captation publique d’août 2006, lors du festival Rossini in Wildbad (Allemagne) ; publiée en 2007.
Distribution :
- Mosè : Lorenzo Regazzo, basse
- Elcia : Akie Amou, soprano
- Faraone : Wojtek Gierlach, basse
- Osiride : Filippo Adami, ténor
- Amaltea : Rossella Bevacqua, soprano
- Aronne : Giorgio Trucco, ténor
- Amenofi : Karen Bandelow, mezzo-soprano
- Mambre : Giuseppe Fedeli, ténor
Direction : Antonino Fogliani.
Orchestre : Württembergische Philharmonie Reutlingen, avec le Wildbad Wind Band (Stadtkapelle Wildbad, chef de pupitre Martin Koch).
Chœur : Coro del Conservatorio San Pietro a Majella, Naples (chef de chœur Elsa Evangelista).
Langue : italien.
Particularité :
Seul des quatre enregistrements à restituer l’œuvre dans sa version napolitaine originale — celle de la révision de 1819, avec le troisième acte remanié et la fameuse prière « Dal tuo stellato soglio » —, sous son titre d’origine Mosè in Egitto, plutôt que le Mosè en quatre actes traduit de Moïse et Pharaon documenté par les trois enregistrements précédents. Il repose sur l’édition critique établie par la Fondazione Rossini en collaboration avec Ricordi (Milan), sous la direction de Charles S. Brauner et Patricia B. Brauner.
Postérité :
Après le succès napolitain de 1818, aussitôt consolidé par la révision de 1819 et sa prière devenue immensément populaire, Rossini reprit et développa considérablement la partition pour l’Opéra de Paris en 1827 sous le titre Moïse et Pharaon. Retraduite en italien par Calisto Bassi et créée sous cette forme à Naples en 1849, cette version parisienne s’imposa si durablement sur les scènes italiennes qu’elle y supplanta presque entièrement, sous le simple nom de Mosè, l’original napolitain — c’est elle que documentent les enregistrements de Sawallisch, Gavazzeni et Gardelli, échelonnés entre 1968 et 1981. Il fallut attendre le mouvement de redécouverte philologique porté par la Fondazione Rossini et des institutions comme le festival Rossini in Wildbad pour que Mosè in Egitto retrouve, sous son titre et sa forme d’origine, sa place au disque et à la scène, ainsi que le montre l’enregistrement dirigé par Antonino Fogliani en 2006.

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