Format :
- Opera seria (dramma serio) en deux actes.
- Musique : Gioachino Rossini.
- Livret : attribué à Felice Romani (le livret original, publié anonymement, ne portait que les initiales « G.F.R. », ce qui a longtemps fait croire à certains contemporains qu’il s’agissait d’un certain Gian Francesco Romanelli).
- Langue : italien.
Création :
26 décembre 1813, Teatro alla Scala, Milan, sous la direction du premier violon Alessandro Rolla, avec des décors de Paolo Landriani et des costumes de Giacomo Pregliasco.
Rossini arrive à Milan à l’automne 1813 au sortir d’une année triomphale marquée par La pietra del paragone, Tancredi et L’italiana in Algeri. Commandé par l’impresario Francesco Benedetto Ricci pour la nouvelle saison de la Scala, le livret est visé sans difficulté par le ministère de l’Intérieur du royaume d’Italie, alors sous contrôle français : son dénouement, où la clémence d’un souverain tout-puissant l’emporte sur la vengeance, convenait parfaitement à la glorification voilée de Napoléon et de son vice-roi Eugène de Beauharnais, dont Milan était alors la capitale. Rossini écrit à ses parents qu’il travaille « comme un ange » et que sa musique est « divine » ; pourtant, la première du 26 décembre 1813 est selon ses propres mots un « fiasco », qu’il impute aux chanteurs (« cantanti infami ») plutôt qu’à la partition — le ténor Giovanni David, pour qui le rôle d’Aureliano avait été conçu, étant tombé malade peu avant la création et remplacé par Luigi Mari. Malgré cet accueil mitigé, l’ouvrage est donné pas moins de 14 fois à la Scala au cours de cette même saison, repris régulièrement jusqu’en 1831 et joué une dernière fois au XIXe siècle en 1835 ; il fut monté dans une cinquantaine de villes, mais presque exclusivement dans le nord et le centre de l’Italie, territoire de l’ancien royaume napoléonien, et très rarement hors d’Italie. Rossini n’en dirigea jamais de reprise personnellement, et l’œuvre tomba ensuite dans un oubli relatif. Il réutilisa cependant une grande partie de sa musique, qu’il jugeait trop belle pour être perdue, en particulier dans Il barbiere di Siviglia — l’ouverture, ainsi que des éléments de l’introduction et de la partie rapide de l’air d’Arsace, devenus respectivement l’air d’entrée d’Almaviva et la cavatine de Rosina — et dans Elisabetta, regina d’Inghilterra.
Livret :
Le sujet est emprunté à l’histoire romaine : l’empereur Aurélien (215-275) soumet, au terme de plusieurs campagnes, la reine Zénobie de Palmyre, dont les conquêtes en Syrie, en Égypte et en Asie Mineure inquiétaient Rome. Le personnage d’Arsace, prince perse épris de Zénobie, est en revanche une pure invention dramatique, sans aucun modèle historique. Le sujet avait déjà connu une longue tradition théâtrale et lyrique, de la tragédie Zénobie de François Hédelin d’Aubignac (Paris, 1647) aux vingt-trois mises en musique du livret de Métastase recensées entre 1740 et 1800, en passant par le Zenobia in Palmira de Gaetano Sertor, écrit pour Paisiello et créé à Naples en 1790 dans une version en trois actes. C’est ce dernier texte que Romani prend pour modèle le plus direct — en particulier pour tout le premier acte — tout en resserrant sensiblement la structure dramatique du second.
Intrigue :
- Acte I : Dans le grand temple d’Isis à Palmyre, le peuple implore la déesse, dont la statue s’assombrit soudain, présage funeste. La reine Zénobie et le prince perse Arsace, unis par leur amour, tentent de rassurer leurs sujets : l’armée romaine d’Aurélien est déjà aux portes de la ville. Arsace part tenter une sortie tandis que Zénobie reste dans la cité ; le Grand Prêtre invoque la protection des dieux pour le prince, bien que les astres annoncent la chute de Palmyre. Sur un champ de bataille dévasté, Aurélien fait une entrée triomphale et proclame sa clémence envers les vaincus ; il fait amener Arsace, capturé, et lui propose la liberté s’il renonce à Zénobie, ce que le prince refuse avec constance. Dans le camp romain, Publia, fille de l’ancien empereur Valérien et secrètement éprise d’Arsace, espère le voir se détourner de Zénobie. Celle-ci se rend auprès d’Aurélien pour racheter son bien-aimé ; l’empereur refuse ses trésors mais, touché par sa beauté et sa fierté, lui accorde de revoir Arsace. Dans un vieux château où le prince est emprisonné, les deux amants se retrouvent ; Aurélien leur offre une nouvelle fois la grâce contre un renoncement qu’ils repoussent d’un commun accord, tandis que les deux camps se préparent à un combat décisif.
- Acte II : Dans Palmyre tombée aux mains des Romains, notables et femmes se sont réfugiés dans les souterrains. Retrouvée par Aurélien, Zénobie n’espère plus que la mort pour échapper au déshonneur ; mais l’empereur, ému, lui offre à nouveau sa clémence et son amour si elle renonce à Arsace, ce qu’elle refuse malgré sa position désespérée. Licinio et Publia annoncent alors qu’Oraspe est parvenu à libérer Arsace : Zénobie reprend espoir tandis qu’Aurélien repart aussitôt reprendre le fugitif. Dans une campagne au bord de l’Euphrate, des bergers célèbrent la liberté de leur vie champêtre ; Arsace, en fuite, rêve un instant d’y finir ses jours auprès de Zénobie, avant de se raviser au nom de l’amour et de l’honneur et de reprendre les armes à la tête de nouvelles troupes pour délivrer sa bien-aimée et son pays. Dans le palais royal, Aurélien, victorieux, s’apprête à tenter une dernière fois de fléchir Zénobie lorsqu’il apprend qu’Arsace marche sur la ville ; il repart au combat, tandis que Zénobie, égarée dans le palais, est retrouvée par Oraspe qui la presse de fuir. Dans un coin reculé du palais, sous le clair de lune, Arsace retrouve Zénobie et Oraspe ; un instant réunis, les amants préfèrent la mort à une nouvelle séparation, mais Aurélien et ses soldats parviennent à désarmer Arsace avant qu’ils ne se donnent la mort. Impressionné par leur fermeté, et sollicité tant par Publia — prête à sacrifier son propre amour pour épargner Arsace — que par les dignitaires palmyréniens, l’empereur renonce finalement à toute rigueur : il pardonne à tous et rend leurs royaumes à Zénobie et Arsace, à condition qu’ils jurent fidélité à Rome. Tous se réjouissent de voir renaître la prospérité de l’Asie sous cette réconciliation.
Enregistrement(s) :

Giacomo Zani — 1981
Format : 3 CD (initialement paru en coffret de 3 disques 33 tours).
Label : Ars Nova.
Référence : AVST 36220 (réédition CD : ACDAN 3164).
Année d’enregistrement : 1981, en studio, à Gênes.
Distribution :
- Aureliano : Paolo Barbacini, ténor
- Zenobia : Luciana Serra, soprano
- Arsace : Helga Müller-Molinari, mezzo-soprano
- Publia : Anna Maria Pizzoli, soprano
- Oraspe : Berardino Trotta, ténor
- Licinio : Gian Carlo Tosi, basse
- Gran Sacerdote d’Iside : Carlo Cava, basse
Direction : Giacomo Zani.
Orchestre : Orchestra del Teatro dell’Opera Giocosa di Genova.
Chœur : Coro Gregorio Magno (chef de chœur : Mauro Trombetta).
Langue : italien.
Particularité :
Paru chez Ars Nova, ce disque constitue le tout premier enregistrement de l’œuvre, alors totalement absente du disque — la pochette proclame fièrement « Prima registrazione mondiale » / « Erste Schallplattenaufnahme ». Comme le voulait encore l’usage de l’époque, avant l’établissement d’une édition critique moderne, le rôle castrat d’Arsace, écrit pour Velluti, y est confié à une voix de mezzo-soprano plutôt qu’à un soprano masculin.

Francesco Corti — 1997
Format : 2 CD (captation publique).
Label : Bongiovanni.
Référence : GB 2201/2-2.
Année d’enregistrement : enregistrement public réalisé les 18-20 juillet 1996 au Kursaal de Bad Wildbad (Allemagne) par Deutschlandradio, aux tout débuts du festival Rossini in Wildbad ; publié en 1997.
Distribution :
- Aureliano : Donald George, ténor
- Zenobia : Tatjana Korovina, soprano
- Arsace : Angelo Manzotti, sopraniste (soprano masculin)
- Publia : Elisabeth Canis
- Oraspe : Vincent Ordonneau, ténor
- Licinio et Gran Sacerdote d’Iside : Alexander Alnicolli, basse (double emploi)
Direction : Francesco Corti.
Orchestre : I Virtuosi di Praga.
Chœur : Czech Chamber Choir (chef de chœur : Pavel Baxa).
Langue : italien.
Particularité :
Capté en public lors des toutes premières éditions du festival Rossini in Wildbad, ce disque se présente sur sa pochette comme la « prima registrazione mondiale nella versione originale con sopranista » : il s’agit en effet du premier enregistrement à confier le rôle d’Arsace, écrit pour le castrat Velluti, à un authentique sopraniste — le soprano masculin Angelo Manzotti — dans une tentative de se rapprocher de la couleur vocale voulue par Rossini plutôt que de recourir à une mezzo-soprano.

Maurizio Benini — 2010
Format : 2 CD (studio).
Label : Opera Rara, en association avec la Peter Moores Foundation.
Référence : ORC46.
Année d’enregistrement : octobre 2010, Henry Wood Hall, Londres (producteur : Michael Haas).
Distribution :
- Aureliano : Kenneth Tarver, ténor
- Zenobia : Catriona Smith, soprano
- Arsace : Silvia Tro Santafé, mezzo-soprano
- Publia : Ezgi Kutlu, mezzo-soprano
- Oraspe : Julian Alexander Smith, ténor
- Licinio : Vuyani Mlinde, basse
- Gran Sacerdote d’Iside : Andrew Foster-Williams, basse
Direction : Maurizio Benini.
Orchestre : London Philharmonia Orchestra (violon solo : Pieter Schoeman).
Chœur : Geoffrey Mitchell Choir (chef de chœur : Renato Balsadonna).
Langue : italien.
Particularité :
Enregistrement de studio réalisé par Opera Rara à partir d’une partition et d’un matériel d’orchestre spécialement établis pour l’occasion par Ian Schofield (édités ensuite chez Edition Peters, Londres). Il est accompagné d’un livret substantiel comprenant un essai musicologique de Richard Osborne, qui replace l’œuvre dans son contexte historique et politique — l’hommage voilé à Napoléon et à son vice-roi Eugène de Beauharnais — ainsi que dans l’histoire mouvementée de sa réception.

José Miguel Pérez-Sierra — 2017
Format : 3 CD (captation publique).
Label : Naxos, coproduction avec SWR et le festival Rossini in Wildbad.
Référence : 8.660448-50.
Année d’enregistrement : enregistrement public des 12, 14 et 22 juillet 2017 à la Trinkhalle de Bad Wildbad (Allemagne), lors de la XXIXe édition du festival Rossini in Wildbad.
Distribution :
- Aureliano : Juan Francisco Gatell, ténor
- Zenobia : Silvia Dalla Benetta, soprano
- Arsace : Marina Viotti, mezzo-soprano
- Publia : Ana Victória Pitts, mezzo-soprano
- Oraspe : Xiang Xu, ténor
- Licinio : Zhiyuan Chen, basse
- Gran Sacerdote : Baurzhan Anderzhanov, basse
Direction : José Miguel Pérez-Sierra.
Orchestre : Virtuosi Brunensis (directeur artistique : Karel Mitáš).
Chœur : Camerata Bach Choir, Poznań (chef de chœur : Ania Michalak).
Langue : italien.
Particularité :
Captation publique réalisée près de vingt ans après l’enregistrement Corti, dans cette même salle du festival Rossini in Wildbad. Cette version reprend la révision établie par Ian Schofield pour Edition Peters, déjà utilisée par Opera Rara, et revient, pour le rôle d’Arsace, au choix d’une mezzo-soprano (Marina Viotti) plutôt qu’à celui d’un sopraniste.
Postérité :
Après une carrière initiale honorable mais géographiquement limitée au territoire de l’ancien royaume napoléonien d’Italie, Aureliano in Palmira sombre dans un oubli quasi total au cours du XIXe siècle, éclipsée par le sort qu’elle a elle-même scellé : une grande partie de sa plus belle musique, transplantée par Rossini dans Il barbiere di Siviglia et dans Elisabetta, regina d’Inghilterra, devient célèbre sous ces autres habits, tandis que l’œuvre originale disparaît des scènes. Sa redécouverte, amorcée avec le premier enregistrement de 1981 puis relayée par les captations du festival Rossini in Wildbad et par l’investissement d’Opera Rara — qui lui consacre en 2010 une nouvelle édition musicale et un enregistrement de studio soigné —, en a progressivement fait un jalon reconnu de l’évolution de Rossini vers une dramaturgie plus continue, faite de grands ensembles et de récitatifs accompagnés, annonçant les opere serie de la période napolitaine. Elle demeure cependant une rareté de festival et de disque, portée presque exclusivement par les spécialistes du bel canto rossinien plutôt que par les grandes scènes internationales.

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