Format :
- Tragedia lirica (opera seria) en deux actes.
- Musique : Gaetano Donizetti
- Livret : Giuseppe Bardari, d’après la tragédie Maria Stuart de Friedrich Schiller (via la traduction italienne d’Andrea Maffei)
- Langue : Italien
Création :
30 décembre 1835, Teatro alla Scala, Milan.
L’histoire de la création de Maria Stuarda est mouvementée. Donizetti, au sommet de sa production après le triomphe d’Anna Bolena (1830), signe le 12 avril 1834 un contrat avec le Teatro San Carlo de Naples. Felice Romani n’étant pas disponible, c’est le jeune Giuseppe Bardari, étudiant en droit de dix-sept ans sans expérience théâtrale, qui rédige le livret, laissant à Donizetti une liberté créative inhabituelle. L’opéra est destiné à Giuseppina Ronzi De Begnis (Maria) et Anna Del Serre (Elisabetta). Lors de la répétition générale, Ronzi De Begnis livre avec une telle conviction l’insulte « figlia impura di Bolena… meretrice, indegna, oscena » que Del Serre, prenant la réplique pour elle-même, se jette sur sa partenaire. Le roi Ferdinando II interdit l’ouvrage après cette répétition — sans doute en raison de la parenté lointaine prêtée à la reine Maria Cristina avec Marie Stuart, ou plus généralement de l’inconvenance de voir deux reines s’insulter sur scène. Donizetti doit remanier l’œuvre en toute hâte : elle devient Buondelmonte, transposée dans la Florence du XIIIe siècle avec des noms de personnages changés, créée le 18 octobre 1834 sans grand succès. Maria Stuarda dans sa forme originale n’est finalement créée que le 30 décembre 1835, à la Scala de Milan, avec Maria Malibran dans le rôle-titre, Giacinta Puzzi-Toso (Elisabetta), Domenico Reina (Leicester), Ignazio Marini (Talbot) et Pietro Novelli (Cecil). La censure milanaise impose malgré tout un texte édulcoré, mais Malibran choisit de chanter l’insulte originale « vil bastarda » plutôt que la version autorisée « donna vile ». Mal accueillie, la création milanaise ne connaît qu’un succès limité et l’opéra disparaît rapidement du répertoire pour plus d’un siècle.
Livret :
Donizetti connaissait la pièce de Schiller à travers la traduction italienne d’Andrea Maffei (1830). Le livret de Bardari respecte l’architecture centrale de la tragédie tout en la resserrant considérablement par rapport aux cinq actes de l’original, renforçant le rôle de Leicester comme pivot dramatique entre les deux reines. Il prend aussi des libertés avec l’âge des deux souveraines, rajeunissant et adoucissant Maria (44 ans à sa mort dans la réalité) par rapport à une Elisabetta dépeinte comme moins séduisante que la jeune reine de 34 ans qu’elle était historiquement à l’époque des faits, afin d’aiguiser la rivalité amoureuse autour de Leicester. Dans les faits historiques, Maria Stuart avait été emprisonnée dix-huit ans par Elisabeth Ire au château de Fotheringhay (italianisé en « Forteringa »).
Intrigue :
- Acte I : Au palais de Westminster, Elisabetta reçoit une demande en mariage du Dauphin de France, mais son cœur reste tourné vers Leicester, lequel aime en secret Maria Stuarda, retenue captive à Fotheringhay. Talbot plaide la clémence envers la prisonnière. Leicester reçoit de Maria une lettre accompagnée d’un portrait, implorant une entrevue avec Elisabetta ; il convainc la reine de se rendre à Fotheringhay à l’occasion d’une partie de chasse. Dans le parc du château, Maria évoque sa nostalgie de la liberté (« Oh nube ! che lieve per l’aria ti aggiri »). La rencontre entre les deux reines, d’abord contenue, dégénère lorsque Elisabetta traite Maria d’adultère et de meurtrière : Maria, hors d’elle, la traite alors de « vil bastarda ». Elisabetta, outragée, jure de se venger.
- Acte II : Malgré les supplications de Leicester, Elisabetta signe l’arrêt de mort de Maria, poussée par Cecil, et impose à Leicester d’assister à l’exécution. Dans ses appartements de Fotheringhay, Maria se confie à Talbot, confesse ses fautes passées, pardonne à Elisabetta et se prépare sereinement à la mort, entourée de sa fidèle Anna Kennedy et de la cour, avant de marcher vers l’échafaud avec dignité.
Enregistrement(s) :

Aldo Ceccato — 1971
Format : Studio
Label : ABC Records (Audio Treasury)
Référence : ATS 20010/3 (3 LP, 1972)
Année d’enregistrement : 1971, Fairfield Hall, Londres (Granada Recordings).
Distribution :
- Maria Stuarda : Beverly Sills, soprano
- Elisabetta : Eileen Farrell, soprano
- Leicester : Stuart Burrows, ténor
- Talbot : Louis Quilico, baryton
- Anna Kennedy : Patricia Kern, mezzo-soprano
- Cecil : Christian Du Plessis, baryton
Direction : Aldo Ceccato
Orchestre : London Philharmonic Orchestra, John Alldis Choir
Langue : Italien
Particularité :
Cet enregistrement de studio capte Beverly Sills au sommet de son art dans l’une des « reines de Donizetti » qui ont fait sa renommée. Face à elle, Eileen Farrell, grande voix dramatique américaine plus habituée au répertoire wagnérien et verdien, apporte à Elisabetta une puissance vocale rare dans ce répertoire belcantiste. Le jeune Stuart Burrows y campe un Leicester racé. Ce disque constitue un témoignage précieux de la redécouverte de l’œuvre au tournant des années 1970.

Richard Bonynge — 1975
Format : Studio
Label : Decca (collection Grand Opera)
Référence : D2D3 (3 LP, 1976)
Année d’enregistrement : 1975, Teatro Comunale de Bologne.
Distribution :
- Maria Stuarda : Joan Sutherland, soprano
- Elisabetta : Huguette Tourangeau, mezzo-soprano
- Leicester : Luciano Pavarotti, ténor
- Talbot : Roger Soyer, basse
- Anna Kennedy : Margreta Elkins, mezzo-soprano
- Cecil : James Morris, basse
Direction : Richard Bonynge
Orchestre : Orchestra e Coro del Teatro Comunale di Bologna
Langue : Italien
Particularité :
Ce disque s’inscrit dans le cycle systématique que Bonynge et Sutherland consacrent aux « reines » de Donizetti pour Decca. Sutherland y déploie une ligne de chant somptueuse face à un Pavarotti déjà rayonnant en Leicester, tandis qu’Huguette Tourangeau apporte à Elisabetta un timbre de mezzo-soprano inhabituel dans ce rôle, généralement confié à une soprano. Une lecture au grand souffle orchestral, typique du soin apporté par Bonynge à la redécouverte du répertoire donizettien.

Fabrizio Maria Carminati — 2002
Format : Enregistrement public (live)
Label : Dynamic
Référence : CDS 407 (2 CD) et DVD
Année d’enregistrement : Décembre 2001, Teatro Donizetti di Bergamo (publié en 2002).
Distribution :
- Maria Stuarda : Carmela Remigio, soprano
- Elisabetta : Sonia Ganassi, soprano
- Leicester : Joseph Calleja, ténor
- Talbot : Riccardo Zanellato, basse
- Lord Cecil : Marzio Giossi, baryton
- Anna Kennedy : Cinzia Rizzone, soprano
Direction : Fabrizio Maria Carminati
Orchestre : Fondazione Orchestra Stabile di Bergamo « Gaetano Donizetti », Coro del Circuito Lirico Regionale Lombardo (chef de chœur : Valentino Metti)
Langue : Italien
Particularité :
Capté en direct au Teatro Donizetti de Bergame, ville natale du compositeur, cet enregistrement utilise l’édition critique d’Anders Wiklund (Casa Ricordi, en collaboration avec la Fondazione Donizetti et la ville de Bergame), qui restitue notamment le prélude d’ouverture et structure l’ouvrage en trois actes, à la différence de la tradition scénique courante en deux actes. On y remarque un Joseph Calleja encore au tout début de sa carrière internationale dans le rôle de Leicester, aux côtés de Carmela Remigio et Sonia Ganassi. Mise en scène de Francesco Esposito, décors d’Italo Grassi.

Maurizio Benini — 2014
Format : Captation scénique (Blu-ray/DVD), Metropolitan Opera Live in HD
Label : Erato / Warner Classics (avec le Metropolitan Opera)
Référence : 825646054756
Année d’enregistrement : Représentation du 31 décembre 2012 (première au Met), retransmise en direct dans les salles de cinéma le 19 janvier 2013, publiée en vidéo en 2014.
Distribution :
- Maria Stuarda : Joyce DiDonato, mezzo-soprano
- Elisabetta : Elza van den Heever, soprano
- Leicester : Matthew Polenzani, ténor
- Talbot : Joshua Hopkins, baryton
- Cecil : Matthew Rose, basse
- Anna Kennedy : Maria Zifchak, soprano
Direction : Maurizio Benini
Orchestre : Metropolitan Opera Orchestra and Chorus
Langue : Italien
Particularité :
Cette captation immortalise la toute première production de Maria Stuarda à l’Opéra du Metropolitan de New York, dans une mise en scène de David McVicar au parti pris visuel dépouillé, en grande partie en noir et blanc. Joyce DiDonato y incarne Maria Stuarda en mezzo-soprano — une prise de rôle très remarquée pour une voix habituellement associée au registre de soprano — face à Elza van den Heever en Elisabetta. Cette production marque une étape importante de la réhabilitation scénique de l’ouvrage sur les plus grandes scènes internationales au XXIe siècle.
Postérité :
Après sa création tourmentée et son retrait rapide du répertoire, Maria Stuarda disparaît des scènes pendant environ cent trente ans. Sa redécouverte moderne commence à Bergame en 1958, avant que l’œuvre ne s’impose durablement à partir du milieu des années 1960, portée par des interprètes telles que Beverly Sills, Joan Sutherland, Montserrat Caballé, Leyla Gencer puis Edita Gruberova. L’opéra forme, aux côtés d’Anna Bolena et de Roberto Devereux, la trilogie informelle dite des « trois reines » de Donizetti. Depuis, il a poursuivi sa réhabilitation scénique, jusqu’à sa première production au Metropolitan Opera de New York en 2012-2013 avec Joyce DiDonato, confirmant sa place parmi les opere serie majeures du compositeur.

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