Format :
- Tragedia lirica en trois actes.
- Musique : Saverio Mercadante.
- Livret : Felice Romani.
- Langue : italien.
Création :
8 mars 1834, Teatro La Fenice, Venise. La création est perturbée par l’indisposition de la prima donna Giuditta Pasta, créatrice du rôle d’Emma : lors des deux premières soirées, l’ouvrage n’est donné que sous une forme mutilée (Pasta doit notamment omettre l’air de la prière au début du finale), et le public comme la critique jugent sévèrement la partition. Ce n’est qu’à la troisième représentation, Pasta ayant recouvré ses moyens, que l’œuvre est enfin entendue dans son intégralité : le jugement s’inverse alors, et le succès ne se démentira plus dans les théâtres italiens des années suivantes.
Livret :
Le livret est dû à Felice Romani, librettiste le plus renommé de son temps, déjà l’auteur pour Bellini de Il pirata, I Capuleti e i Montecchi, La sonnambula, Norma et Beatrice di Tenda, et pour Donizetti d’Anna Bolena, L’elisir d’amore, Parisina et Lucrezia Borgia. Sa source directe n’a jamais été identifiée avec certitude ; le sujet s’inspire très librement de la figure historique de Conrad de Montferrat, comte de Tyr et l’un des grands acteurs de la troisième croisade (1189-1192), et de sa seconde épouse Isabelle Ire de Jérusalem, ici rebaptisée Emma d’Antioche. Romani construit autour de ces noms une intrigue entièrement fictive, tout entière tournée vers l’expression de passions présentes plutôt que vers l’exactitude historique.
Intrigue :
- Acte I : À Tyr, au XIIe siècle, Adelia attend l’arrivée de son père Corrado di Monferrato, comte de Tyr, et se prépare à épouser son cousin Ruggiero, qu’elle craint pourtant encore attaché à un amour de jeunesse. Corrado débarque et annonce qu’il s’est remarié, à Antioche, avec Emma : mais lorsque celle-ci paraît, Ruggiero et elle se reconnaissent avec stupeur, car Emma n’est autre que l’amour perdu de Ruggiero. Chacun tente de dissimuler son trouble ; Emma explique sa réaction en prétendant que Ruggiero ressemble à son frère défunt, et se force à se réjouir du mariage prochain de celui-ci avec Adelia. Resté seul avec Aladino, l’esclave dévoué d’Emma, Ruggiero le supplie de l’aider à revoir Emma une dernière fois avant de fuir Tyr pour toujours.
- Acte II : Le mariage de Ruggiero et d’Adelia vient d’être célébré. Dans l’obscurité qui gagne le palais, Emma, bouleversée, retrouve Ruggiero : plutôt que de consommer son union, celui-ci a résolu de fuir la ville et la presse de partir avec lui. Ils sont surpris par Corrado, outré, tandis qu’Adelia survient à son tour, échevelée et désespérée en apprenant la vérité ; elle s’évanouit dans les bras de son père. L’acte s’achève sur les reproches et les remords croisés de tous les personnages.
- Acte III : Emma est recluse, Ruggiero emprisonné. Corrado renonce à se venger de son neveu et décide de l’exiler sur un navire vénitien. Emma et Ruggiero se disent un dernier adieu ; sans espoir de trouver la paix ni sur terre ni au ciel, Emma demande à Aladino de quoi mettre fin à ses jours. Celui-ci lui remet du poison et garde un poignard pour lui-même, incapable de survivre à sa maîtresse. Emma boit le poison au moment où elle entend le navire de Ruggiero quitter le port. Adelia vient l’accabler de reproches, mais devant l’agonie d’Emma les deux femmes se réconcilient ; Emma meurt sur le corps d’Aladino, laissant Corrado et Adelia chercher l’un auprès de l’autre quelque consolation.
Enregistrement(s) :

David Parry — 2003
Format : 3 CD (studio).
Label : Opera Rara.
Référence : ORC26.
Année d’enregistrement : octobre 2003, Henry Wood Hall, Londres.
Distribution :
- Emma : Nelly Miricioiu, soprano
- Corrado di Monferrato : Roberto Servile, baryton
- Ruggiero : Bruce Ford, ténor
- Adelia : Maria Costanza Nocentini, soprano
- Aladino : Colin Lee, ténor
- Odetta : Rebecca von Lipinski, soprano
Direction : David Parry.
Orchestre : London Philharmonic Orchestra.
Chœur : The Geoffrey Mitchell Choir.
Langue : italien.
Particularité :
Seul enregistrement existant de l’œuvre, réalisé en studio par Opera Rara avec le soutien de la Peter Moores Foundation, dans le cadre de son entreprise de redécouverte du bel canto italien du premier XIXe siècle. La notice, la synopsis et l’édition du livret sont dus au musicologue Jeremy Commons, spécialiste de Mercadante ; l’édition de représentation utilisée a été préparée par Ian Schofield. L’enregistrement restitue notamment le solo de « glicibarifono » (ancêtre de la clarinette basse) de l’acte II, joué ici sur son équivalent moderne.
Postérité :
Emma d’Antiochia connut, après ses débuts difficiles, un succès durable : on dénombre au moins 26 productions dans les théâtres italiens et européens entre 1834 et le milieu des années 1840, l’œuvre étant reprise notamment à Milan, Naples, Trieste, Gênes, Lisbonne et Barcelone. Après une éclipse d’une dizaine d’années, elle connut une brève série de résurrections dans les années 1850, avant de disparaître du répertoire à la suite d’une dernière représentation à Malte au printemps 1861. Il fallut attendre l’automne 2003 pour que l’ouvrage retrouve la scène, avec une exécution de concert au Royal Festival Hall de Londres suivie de l’enregistrement en studio ici présenté, qui demeure à ce jour la seule trace discographique de l’œuvre et le vecteur principal de sa redécouverte moderne.

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