Format :
- Tragicommedia per musica en trois actes, précédés d’un prologue.
- Musique : Luigi Rossi (1597/98-1653).
- Livret : Francesco Buti (abbé Buti).
- Langue : italien.
Création :
2 mars 1647, Palais-Royal, Paris.
Premier opéra écrit spécialement pour la cour de France. Le cardinal Mazarin choisit Rossi, alors au service du cardinal Antonio Barberini, pour composer le grand opéra qu’il veut faire représenter à Paris pour le carnaval de 1647. Rossi arrive à Paris à la fin de l’été 1646 ; la nouvelle de la mort de sa femme Costanza l’y atteint. Le castrat Atto Melani, très jeune, chante Orfeo, et Marcantonio Pasqualini, castrat favori de Barberini, crée Aristeo. Le succès est immense ; Rossi rentre à Rome à la fin de l’été 1647. Revenu à Paris en décembre, il trouve la situation changée par la Fronde et se réfugie auprès de Barberini, alors en Provence.
Livret :
Le livret de Buti reprend l’histoire des noces d’Orphée et d’Eurydice, mais greffe sur la légende une seconde intrigue : la jalousie d’Aristée, protégé de Vénus, qui veut se venger d’Apollon. Il y ajoute de nombreux personnages comiques ou allégoriques (Nourrice, Satyre, Momus, Vieille, Jalousie, Soupçon…) et fait mourir Eurydice sur scène. Le prologue, de circonstance, loue le jeune Louis XIV, alors âgé de neuf ans et demi, et la régente Anne d’Autriche. Le dénouement diffère de Monteverdi : Orphée et Eurydice sont finalement transformés en constellations par Jupiter.
Intrigue :
- Prologue : après une bataille remportée par l’armée française, la Victoire célèbre la gloire et la puissance de la France, guidée par la main d’Anne d’Autriche, et annonce le triomphe d’Orphée sur les Enfers.
- Acte I : les noces d’Orfeo et d’Euridice sont annoncées, mais l’Augure prédit un sort funeste à Endimione, père d’Euridice. Aristeo, épris d’Euridice, est protégé par sa mère Vénus, qui veut se venger d’Apollon, père d’Orfeo. Déguisée en vieille femme, elle tente de gagner Euridice, mais Amour dévoile le complot à Orfeo. Pendant les noces, les torches s’éteignent, mauvais présage ; les époux renouvellent leurs vœux.
- Acte II : Euridice refuse de trahir Orfeo. Après une série de scènes mettant en jeu les Grâces, Momus, Apollon, Junon, l’Augure et le Satyre, elle est mordue par un serpent et meurt en repoussant l’aide d’Aristeo.
- Acte III : Orfeo supplie les Enfers. Aristeo, attaqué par l’ombre d’Euridice, devient fou et se donne la mort. Junon envoie Jalousie et Soupçon auprès de Proserpine, qui, persuadée, plaide la cause d’Orfeo auprès de Pluton. Orfeo chante et obtient son consentement, mais il perd Euridice en se retournant. Bacchus fait ensuite tuer Orfeo par les Bacchantes. Un chœur céleste proclame que l’amour ne s’accomplit qu’au ciel ; Jupiter transforme les amants en constellations.
Enregistrement(s) :

William Christie — 1991
Format : 3 CD.
Label : Harmonia Mundi (coproduction WDR / harmonia mundi).
Référence : HMC 901358.60.
Année d’enregistrement : novembre 1990 (publié en 1991).
Distribution :
- Vittoria (prologue), Venere : Noémi Rime, soprano
- Orfeo : Agnès Mellon, soprano
- Euridice : Monique Zanetti, soprano
- Nutrice, Bacco : Dominique Favat, mezzo-soprano
- Aristeo : Sandrine Piau, soprano
- Satiro : Nicholas Isherwood, basse
- Amore : Caroline Pelon, soprano
- Vecchia, Giove : Jean-Paul Fouchécourt, ténor
- Endimione : Jérôme Corréas, baryton
- Giunone : Marie Boyer, mezzo-soprano
- Gelosia : Cécile Eloir, alto
- Augure, Plutone : Bernard Deletré, basse
- Apollo, Mercurio : Benoît Thivel, alto
- Caronte (baryton), Momo (ténor) : Jean-Marc Salzmann
- Proserpina : Donatienne Michel-Dansac, soprano
- Himeneo : Béatrice Malleret, soprano
- Les trois Grâces : Donatienne Michel-Dansac, Sylvie Colas, Maryse Bahurlet, sopranos
- Les trois Parques : Isabelle Martin, Sylviane Pitour, sopranos ; Edouard Denoyelle, alto
Direction : William Christie
Orchestre : Les Arts Florissants (chœur et orchestre), avec un continuo fourni (Paul O’Dette, Stephen Stubbs, Erin Headley, Andrew Lawrence-King, entre autres)
Langue : italien
Particularité :
Première gravure de l’œuvre, réalisée en coproduction avec la WDR. William Christie y confie Orfeo et Aristeo à des sopranos, dans l’esprit des protagonistes « faibles » de la convention élégiaque du XVIIᵉ siècle, et réunit autour des Arts Florissants un continuo très étoffé (archiluth, chitarrone, théorbe, guitare, lirone, harpes, orgue-régale).

Elena Sartori — 2021
Format : 2 CD.
Label : Glossa (production note 1 music, Heidelberg).
Référence : GCD 923903.
Année d’enregistrement : 22-28 août et 28-29 décembre 2019, Auditorium Castaneum, Velturno (Bolzano) ; publié en 2021.
Distribution :
- Orfeo : Francesca Lombardi Mazzulli
- Euridice, Ombra di Euridice : Emanuela Galli
- Aristeo : Paola Valentina Molinari
- Satiro : Mauro Borgioni
- Momo, La Vecchia : Alessandro Giangrande
- Endimione, Apollo : Alessio Tosi
- Nutrice, Giunone : Clarissa Reali
- Venere, Proserpina : Arianna Stornello
- Augure, Plutone : Rocco Lia
- Amore : Sara Bino
- Gelosia : Gabriella Martellacci
- Giove : Raffaele Giordani
- Mercurio : Marta Fumagalli
- Sospetto : Martina Zaccarin
- Caronte, Bacco : Michele Lo Bianco
- Vittoria : Maila Fulignati
- Himeneo : Caterina Dellaere
Direction : Elena Sartori
Orchestre : Allabastrina
Langue : italien
Particularité :
Elena Sartori refuse la comparaison avec l’Orfeo de Monteverdi et rapproche plutôt l’œuvre du Couronnement de Poppée, créé quatre ans plus tôt : deux sopranos pour les amants, entourés de personnages comiques et allégoriques. Les chœurs, très simples, sont traités dans une approche proche de la musique populaire ; la source utilisée est le manuscrit de la Bibliothèque apostolique vaticane (Chigi Q V 51). La critique salue un jeu d’ensemble dramatique et sensible, tout en relevant quelques justesses incertaines chez certains solistes et un livret d’accompagnement succinct.
Postérité :
La partition ne subsiste que dans une copie tardive de la collection Chigi (postérieure à 1659), conservée au Vatican, et le livret circule aussi en manuscrit dans la collection Barberini. Le succès parisien de l’œuvre est durable : des extraits figurent dans les manuscrits de Sébastien de Brossard, et l’air à trois voix Alfulgor di due bei rai est encore publié à Paris en 1695 dans un recueil d’Airs italiens. Giacomo Perti cite Rossi, avec Carissimi et Cesti, comme l’un de ses modèles dans la préface de ses cantates (Bologne, 1688).




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