Note personnelle : ,

Ricci, Luigi — Crispino e la comare (1850)

Format :

  • Opéra bouffe (« melodramma fantastico-giocoso ») en quatre actes.
  • Musique : Luigi Ricci (1805-1859) et Federico Ricci (1809-1877), en collaboration.
  • Livret : Francesco Maria Piave (1810-1876), d’après la comédie de Salvatore Fabbrichesi, Il medico e la morte, ossia Le cinque giornate di maestro Crispino Ciabattino (1825).
  • Langue : italien (avec passages en dialecte vénitien).

Création :

28 février 1850, Teatro San Benedetto, Venise.
Luigi Ricci, né à Naples, est alors un compositeur d’expérience, auteur de Chiara di Rosemberg (La Scala, 1831) et d’Un’avventura di Scaramuccia (1834) ; son frère cadet Federico, plus effacé, a connu son plus grand succès avec La prigione di Edimburgo (1838). Les deux musiciens, issus de l’école napolitaine, avaient déjà collaboré sur Il colonnello (1835), Il disertore per amore (1836) et L’amante di richiamo (1846) ; Crispino en est le dernier fruit, au moment où l’opera buffa, genre jadis glorieux, entre en déclin face aux goûts nouveaux.

Livret :

Francesco Maria Piave, futur librettiste de Verdi (Ernani, Macbeth, Rigoletto, La traviata), rédige ce texte à la fin de 1849 et au début de 1850, après ses premières collaborations avec Verdi et Pacini. Il s’inspire d’une « fable vénitienne en cinq actes » de Salvatore Fabbrichesi, dont la morale est que l’on peut faire fortune sans savoir ni lire ni écrire. L’argument, original et plein de fantaisie, mêle le moralisme bon enfant de l’opera buffa à une pointe d’inquiétude : la présence de la Mort sous les traits d’une Comare (« commère », ou fée), fait très inhabituel dans le genre comique. L’action se déroule à Venise au XVIIe siècle.

Intrigue :

  • Acte I : Crispino Tacchetto, savetier désargenté, est menacé d’expulsion par son riche et avare propriétaire Don Asdrubale, qui veut épouser sa pupille Lisetta pour garder sa dot et laisse entendre qu’il passerait sur les dettes si Annetta, l’épouse de Crispino, accueillait ses avances. Le jeune comte Contino del Fiore, amoureux de Lisetta, et le docteur Fabrizio, qui croit sa malade atteinte de maux psychosomatiques, s’agitent autour d’elle. Désespéré, Crispino s’apprête à se jeter dans un puits quand surgit une mystérieuse Comare : elle lui offre de devenir médecin, bien qu’il ne sache ni lire ni écrire. Il lui suffira, au chevet des malades, de chercher la Comare : si elle se tient à la tête du lit, le patient mourra ; si elle est aux pieds, il vivra. La Comare n’est autre que la Mort.
  • Acte II : Crispino a affiché sa plaque de docteur et pris le nom noble de De Tacchetti ; les patients affluent et la fortune lui sourit. Annetta s’émerveille de cette prospérité soudaine. Crispino guérit Bortolo, tombé d’un toit et abandonné des médecins, et ses succès font de lui le héros du quartier, au grand dam de ses confrères.
  • Acte III : Enrichi, Crispino est devenu prétentieux, avare et insupportable ; il médit de ses collègues et leur vole leurs malades. Mirabolano et Asdrubale, dont il a prédit la mort, succombent, ce qui permet enfin à Lisetta et au comte de s’unir. Pendant que sa femme, excédée, donne une fête avec des parents et en chante les vieilles chansons de rue, Crispino reparaît ; furieux, il rudoie même la Comare, qui, outragée par tant d’ingratitude, le frappe à l’épaule.
  • Acte IV : Le corps de Crispino s’effondre sur une chaise tandis que son esprit est entraîné dans un souterrain obscur, où la Comare lui révèle son identité. Dans un miroir magique, il revoit Annetta et ses enfants en pleurs et en prière ; bouleversé, il supplie qu’on le laisse vivre. La Comare accède à sa prière : Crispino se réveille, à la joie générale.

Enregistrement(s)

Jader Bignamini — 2016

Format : CD (2 disques : 66:56 et 64:17)
Label : Dynamic
Référence : CDS 7683/1-2
Année d’enregistrement : 2013, Festival della Valle d’Itria, Martina Franca (captation en public) ; édition 2016
Distribution :

  • Crispino : Domenico Colaianni
  • Annetta : Stefania Bonfadelli
  • La Comare : Romina Boscolo
  • Contino del Fiore : Fabrizio Paesano
  • Fabrizio : Mattia Olivieri
  • Mirabolano : Alessandro Spina
  • Asdrubale : Carmine Monaco
  • Lisetta : Lucia Conte
  • Bortolo : Francesco Castoro

Direction : Jader Bignamini
Orchestre : Orchestra Internazionale d’Italia ; Chœur du Teatro Petruzzelli di Bari (chef de chœur : Franco Sebastiani)
Langue : italien

Particularité :
Captation de la production présentée au Festival della Valle d’Itria en 2013, mise en scène dans des décors à l’escalier de pierre et aux effets de brume pour les apparitions de la Comare. Domenico Colaianni, basse bouffe éprouvée, incarne un Crispino vif et truculent, face à la Comare de Romina Boscolo, tandis que Stefania Bonfadelli campe une Annetta qui n’oublie pas la célèbre aria « Io non sono più l’Annetta », jadis chère à Adelina Patti ou Joan Sutherland. Jader Bignamini dirige avec nervosité cette partition à la verve populaire et mélodique. Le livret du coffret propose un essai de Danilo Prefumo et des résumés de Daniela Rota, en italien et en anglais ; la production existe également en DVD.

Postérité :

Rapidement populaire en Italie, Crispino e la comare est donné dès 1854 à Constantinople, puis à Barcelone, Malte, Londres, Cadix, Rio de Janeiro, Paris, Mexico, Varsovie, La Nouvelle-Orléans, Liège, Bruxelles, Lisbonne, Buenos Aires, Vienne, Santiago du Chili, Berlin, Calcutta et Melbourne. L’ouvrage demeure au répertoire jusqu’au début du XXe siècle, puis tombe dans l’oubli avant des reprises à Wexford (1974), New York (1980-1982), Venise (1983, 1986) et Naples (1984), puis à Martina Franca en 2013. Œuvre parmi les dernières de l’opera buffa italien traditionnel, elle se situe à mi-chemin entre ce genre finissant et la comédie lyrique nouvelle que Falstaff de Verdi consacrera quarante-trois ans plus tard. Le rôle-titre reste l’un des grands emplois de basse bouffe du XIXe siècle.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *