Note personnelle : ,

Rameau, Jean-Philippe — Zaïs (1748)

Format :

  • Pastorale héroïque (« ballet héroïque » sur la partition et le livret imprimés) en un prologue et quatre actes, à forte part de ballet — un opéra de « féerie ».
  • Musique : Jean-Philippe Rameau.
  • Livret : Louis de Cahusac.
  • Langue : français.

Création :

29 février 1748, à l’Académie royale de musique, Paris.
Rameau, qui a soixante-quatre ans, vit une période de création foisonnante : il achève dix opéras en cinq ans. Zaïs est sa troisième collaboration avec Cahusac et son premier grand opéra de féerie, genre alors en vogue. Malgré des critiques virulentes contre le livret, l’œuvre est appréciée du public et admirée pour la force et la diversité de sa musique et pour la grâce de ses ballets ; reprise en 1761 puis en 1769, après la mort de Rameau, elle totalise plus de cent représentations en une vingtaine d’années.

Livret :

Louis de Cahusac (1706-1759), librettiste de prédilection de Rameau depuis 1745 et auteur de Zoroastre et, presque certainement, des Boréades, situe l’action dans le monde enchanté du mythe moyen-oriental, peuplé de génies, de sylphes et de sylphides, pour poser des questions morales : la fidélité de la bergère Zélidie, mise à l’épreuve, et l’abus de pouvoir de celui qui s’estime aimé pour son rang. Le chœur final invite les dieux — c’est-à-dire la classe dirigeante — à prendre pour modèle le couple désintéressé. Le livret contient aussi de discrètes références à la franc-maçonnerie (les épreuves, l’ordre né du chaos, les quatre éléments), et les statues animées de l’acte II renvoient à l’intérêt de Rameau pour la philosophie sensualiste de Locke, à la veille de Pigmalion.

Intrigue :

  • Prologue : Après l’ouverture, qui peint le chaos et le choc des quatre éléments qui se séparent, Oromazès, roi des génies, incite les esprits des éléments à créer le monde. Quand tout est prêt, l’Amour descend parachever la création en accordant le bonheur à toutes les créatures vivantes.
  • Acte I : Zaïs, roi des Sylphes donc immortel, aime la bergère Zélidie, qu’il a séduite sous l’apparence d’un simple berger pour être aimé de lui-même. Son ami Cindor tente de le dissuader. Zaïs et Zélidie réaffirment leur amour et participent à une cérémonie à la gloire de l’Amour ; le dieu lui-même descend et leur ordonne de mettre leur amour à l’épreuve.
  • Acte II : Dans son palais céleste, Zaïs prie pour avoir la force d’obéir à l’Amour. Zélidie est transportée au palais afin que Cindor éprouve sa fidélité en feignant de la courtiser : il anime quatre groupes de statues, lui offre une part de son royaume, la gloire, la beauté, puis l’immortalité. Elle refuse tout et lui confie finalement un bouquet magique qu’elle donne à Zaïs pour se protéger.
  • Acte III : Cindor apprend à Zaïs que Zélidie le croit désormais infidèle ; Zaïs décide de l’éprouver lui-même. Il monte un spectacle où il semble épris d’une autre ; Zélidie souffre, supplie d’être laissée seule. Zaïs, déguisé en Cindor, tente de la persuader de se venger ; elle refuse et jure un amour éternel à Zaïs. Assuré de sa constance, Zaïs demande à l’Amour d’arrêter les épreuves.
  • Acte IV : Zaïs révèle à Zélidie qu’il est immortel, mais elle est horrifiée, ne souhaitant que l’amour d’un humble berger. Inspiré par son désintéressement, Zaïs ôte son anneau magique et renonce à son immortalité. Un orage les transporte dans un désert où ils réaffirment leur amour ; Oromazès, touché, les rend tous deux immortels. Le palais réapparaît et l’opéra s’achève dans les réjouissances à la gloire de l’amour et de la constance.

Enregistrement(s)

Gustav Leonhardt — 1977

Gustav Leonhardt — 1977

Format : 3 CD (première publication en LP : coffret Stil 1010 S 77, 1979)
Label : Stil (Paris)
Référence : 1010 S 77 (CD : © Stil 1988)
Année d’enregistrement : octobre 1977, Sint-Anna-kerk, Bruges (enregistrement WDR)
Distribution :

  • Zaïs : John Elwes
  • Zélidie : Marjanne Kweksilber
  • Oromazès : Max van Egmond
  • Cindor : David Thomas
  • Une Sylphide : Mieke van der Sluis
  • L’Amour : Jane Marsh
  • Un Sylphe : René Jacobs

Direction : Gustav Leonhardt
Orchestre : La Petite Bande (premier violon : Sigiswald Kuijken)
Chœur : Collegium vocale de Gand (chef de chœur : Philippe Herreweghe)
Langue : français

Particularité :

Première intégrale, annoncée par l’éditeur comme « la performance accomplie de Gustav Leonhardt ». La partition utilisée a été établie par Leonhardt lui-même d’après les principales sources manuscrites et imprimées de la Bibliothèque nationale ; l’ouverture y est donnée dans sa version originale, jugée si audacieuse qu’elle ne fut que rarement jouée du vivant de Rameau. Un enregistrement d’un grand intérêt historique, avec la Petite Bande de Sigiswald Kuijken et le jeune Collegium vocale de Gand.

Christophe Rousset — 2015

Christophe Rousset — 2015

Format : 3 CD
Label : Aparté (Little Tribeca)
Référence : AP109
Année d’enregistrement : 16–18 novembre 2014, en concert à l’Opéra Royal du Château de Versailles ; édition en 2015
Distribution :

  • Zaïs : Julian Prégardien
  • Zélidie : Sandrine Piau
  • Oromazès : Aimery Lefèvre
  • Cindor : Benoît Arnould
  • Une Sylphide, la grande Prêtresse de l’Amour : Amel Brahim-Djelloul
  • L’Amour : Hasnaa Bennani
  • Un Sylphe : Zachary Wilder

Direction : Christophe Rousset (clavecin et direction)
Orchestre : Les Talens Lyriques
Chœur : Chœur de Chambre de Namur
Langue : français

Particularité :

Édition de Graham Sadler (Opera omnia de Rameau, 2011). L’enregistrement est tiré d’une série de représentations données à Beaune (juillet 2014), à Amsterdam (Concertgebouw), à Versailles (novembre 2014) et au Theater an der Wien (avril 2015), en coproduction avec le Centre de musique baroque de Versailles. La version révisée de l’ouverture, que la direction de l’Opéra avait voulu imposer après les critiques de 1748, est reprise comme entracte entre le prologue et le premier acte, tandis que l’ouverture originale reste placée en tête. Sandrine Piau y participe avec l’autorisation d’Alpha Classics.

Postérité :

L’ouverture, qui peint le chaos primordial et le choc des quatre éléments, reste l’une des pages les plus novatrices de Rameau : par sa hardiesse harmonique, elle préfigure Beethoven selon le musicologue Graham Sadler ; le critique Pierre Clément la jugea pourtant trop efficace pour être agréable, et la direction de l’Opéra la fit remplacer par une pièce plus sage, avant que Rameau n’obtienne le rétablissement de l’original. Après les reprises de 1761 et 1769, Zaïs appartient à la série des opéras maçonniques de Rameau et Cahusac, avec Zoroastre et Les Boréades, qui annoncent La Flûte enchantée de Mozart de plusieurs décennies.

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