Note personnelle : ,

Paër, Ferdinando — Leonora (1804)

Format :

  • Dramma semiserio (« fatto storico », opéra de sauvetage) en deux actes.
  • Musique : Ferdinando Paër (1771-1839).
  • Livret : Giuseppe Maria Foppa, d’après Léonore, ou L’Amour conjugal (1798) de Jean-Nicolas Bouilly.
  • Langue : italien.

Création :

3 octobre 1804, Kleines Kurfürstliches Theater, Dresde.
Paër, né à Parme, était déjà un compositeur d’opéra expérimenté : Leonora était sa vingt-septième œuvre pour la scène et une vingtaine d’autres suivraient. Le rôle-titre fut créé par son épouse, Francesca Riccardi-Paër, aux côtés de Charlotte Häser (Marcellina). Beethoven possédait une partition de l’ouvrage, créé un an avant la première version de son propre Leonore et donné à Vienne, au palais du prince Lobkowitz, quelques jours seulement avant sa seconde version.

Livret :

Le livret de Giuseppe Maria Foppa — dont la paternité est longtemps restée incertaine, jusqu’à ce qu’Iris Winkler en retrouve l’autographe à la Biblioteca comunale de Trévise — est présenté sur la page de titre comme un « fatto storico », un épisode d’histoire récente. Il suit de très près la pièce de Bouilly, dont il reprend les personnages sans changement, comme le fera Sonnleithner pour le Fidelio de Beethoven. Par rapport à Beethoven, Marcellina, fille du geôlier, y tient un rôle beaucoup plus important et joue même un rôle décisif à la fin ; Fedele (Fidelio) est un nom de guerre qui signifie la fidélité de la Leonora déguisée.

Intrigue :

  • Acte I : Dans une prison d’Espagne, Marcellina, fille du geôlier Rocco, est éprise du jeune Fedele, nouvel aide de son père, tandis que le guichetier Giacchino la courtise. Fedele n’est autre que Leonora, qui s’est déguisée en homme pour retrouver son mari Florestano, secrètement emprisonné par le gouverneur Don Pizarro. Pizarro apprend que le ministre va inspecter la prison le jour même : il veut faire disparaître Florestano sans attendre et exige l’aide de Rocco. Leonora, qui veut sauver son époux, obtient d’accompagner le geôlier dans les cachots.
  • Acte II : Dans l’obscurité du cachot, Florestano pense à sa femme. Rocco et Fedele creusent la tombe ; Leonora, bientôt reconnue de son mari, s’interpose quand Pizarro paraît pour le poignarder et le tient en respect avec une arme. Marcellina, chargée par Fedele d’aller chercher le ministre qui vient d’arriver, revient avec Don Fernando. Le ministre fait libérer Florestano, confond Pizarro et le tyran est puni ; Marcellina apprend alors que Fedele est une femme, et tous célèbrent l’amour conjugal de Leonora. (Résumé reconstitué à partir du livret et de la table des plages ; aucun synopsis détaillé acte par acte n’a été trouvé dans les sources consultées.)

Enregistrements :

Peter Maag — 1979

Format : 3 LP à l’origine ; réédité en 2 CD par Eloquence en 2013. Première gravure mondiale de l’œuvre.
Label : Decca (London aux États-Unis).
Référence : London OSA 13133 (OS 26586-26588) ; Decca Eloquence 480 4859 (2 CD).
Année d’enregistrement : juin-juillet 1978, Herkulessaal, Munich (publié en 1979).
Distribution :

  • Leonora (Fedele) : Ursula Koszut, soprano
  • Marcellina : Edita Gruberová, soprano
  • Florestano : Siegfried Jerusalem, ténor
  • Rocco : Giorgio Tadeo, basse
  • Don Pizarro : Norbert Orth, ténor
  • Don Fernando : John van Kesteren, ténor
  • Giacchino : Wolfgang Brendel, baryton

Direction : Peter Maag.
Orchestre : Bayerisches Symphonieorchester (Orchestre symphonique bavarois).
Langue : italien.

Particularité :

Première gravure mondiale, fruit de l’attachement de Peter Maag à l’ouvrage : le chef avait retrouvé la partition à Parme, ville natale de Paër, et l’avait fait revivre en 1976 au Schlosstheater de Schwetzingen. Gramophone a salué un Maag dirigeant une œuvre pour laquelle il a une affection évidente, avec un soin égal pour ses possibilités lyriques et dramatiques. Pour Ralph P. Locke, cette version offre un son plus résonant et de « glorieuses » voix, face à la version plus récente, qu’il juge plus vive et plus propulsive.

Alessandro De Marchi — 2021

Format : 2 CD, enregistrement live avec les applaudissements retirés (environ 150 minutes) ; première exécution fondée sur la nouvelle édition historico-critique de Christian Seidenberg.
Label : cpo.
Référence : 555 411-2 (parution le 2 juillet 2021).
Année d’enregistrement : août 2020, Festival d’Innsbruck de musique ancienne (Innsbrucker Festwochen der Alten Musik), à partir de plusieurs représentations dans une mise en espace sobre, en costumes modernes.
Distribution :

  • Leonora (Fedele) : Eleonora Bellocci, soprano
  • Florestano (prisonnier) : Paolo Fanale, ténor
  • Rocco (geôlier) : Renato Girolami, basse
  • Marcellina (sa fille) : Marie Lys, soprano
  • Giacchino (guichetier, amoureux de Marcellina) : Luigi De Donato, basse
  • Don Pizarro (gouverneur) : Carlo Allemano, ténor
  • Don Fernando (ministre) : Krešimir Špicer, ténor

Direction : Alessandro De Marchi.
Orchestre : Innsbrucker Festwochenorchester.
Langue : italien.

Particularité :

Gravure réalisée dans le cadre de l’année Beethoven 2020, dont Alessandro De Marchi, directeur artistique du festival, a tiré l’ouvrage de l’oubli. Ralph P. Locke y trouve des chanteurs vifs et précis, aux voix un peu petites mais bien adaptées aux rôles, à l’orchestre de chambre et à la salle, avec une Marie Lys en Marcellina particulièrement brillante dans les vocalises, et une exécution « légère et propulsive ». Le livret d’accompagnement offre deux essais et le livret avec traductions.

Postérité :

Après la création de Dresde, l’ouvrage fut repris dans cette ville en 1821, puis oublié. Il ne fut probablement rejoué qu’en 1976 au Schlosstheater de Schwetzingen sous la direction de Peter Maag, qui venait d’en retrouver la partition à Parme. Il fut ensuite monté à l’Opéra de Zurich (Winterthur) en novembre 2000, avec Iulia Isaev et Jonas Kaufmann (Florestano), puis donné en 2008 par la Bampton Classical Opera pour la première britannique (en anglais), et annoncé en octobre 2024 par le Chicago Opera Theatre pour sa première américaine. Paër a écrit pour ses chanteurs nettement plus de coloratures que Beethoven, et son style, à une génération de Rossini, Bellini et Donizetti, préfigure par endroits le leur (airs en plusieurs parties, crescendos orchestraux « moteurs ») ; Beethoven, qui possédait la partition, semble lui avoir emprunté plusieurs procédés, comme les coups à la porte de la prison ou les airs avec instruments obligés.

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