Note personnelle : ,

Offenbach, Jacques — Vert-Vert (1869)

Format :

  • Opéra-comique en trois actes.
  • Musique : Jacques Offenbach.
  • Livret : Henri Meilhac et Charles Nuitter, d’après le vaudeville de Déjazet, lui-même inspiré du poème Vert-Vert ou les voyages du perroquet de la Visitation de Nevers de Jean-Baptiste Gresset (1734) ; Ludovic Halévy, Adolphe de Leuven et Auguste Pittaud de Forges avaient contribué au vaudeville originel.
  • Langue : Français (dialogues parlés).

Création :

10 mars 1869, à l’Opéra-Comique (salle Favart), Paris.
Offenbach, âgé de quarante-neuf ans, est alors le roi de l’opérette parisienne depuis Orphée aux Enfers, La Belle Hélène, La Vie parisienne, La Grande-Duchesse de Gérolstein et La Périchole. Il tente à l’Opéra-Comique de se faire reconnaître comme un compositeur de théâtre à part entière, après l’échec de Barkouf (1860) et l’accueil mitigé de Robinson Crusoé (1867) : Vert-Vert y fait montre d’une écriture plus délicate, tendre et mélodique, qui s’éloigne des outrances bouffonnes. L’ouvrage tint l’affiche cinquante-huit soirs, avec Victor Capoul dans le rôle-titre — dont la romance du premier acte fut bissée — et Caroline Girard en Corilla.

Livret :

Le poème de Gresset (1734) narre les mésaventures d’un perroquet pieux, élevé par les visitandines de Nevers, qui, envoyé à Nantes par bateau sur la Loire, apprend le langage des mariniers et scandalise ses hôtes avant de retourner au couvent, où il meurt d’indigestion à force de caresses. Offenbach et ses librettistes transposent l’affaire en un jeune homme, Valentin, surnommé Vert-Vert, qui, pris d’amour pour la pensionnaire Mimi, s’attire les foudres de la sous-directrice et se perd en chemin dans les séductions de la cantatrice La Corilla. La pièce reprend la verve mi-sentimentale, mi-satirique du vaudeville créé par Déjazet en 1832.

Intrigue :

  • Acte I : Dans le jardin du pensionnat de jeunes filles, le jardinier Binet enterre Vert-Vert, le perroquet du couvent. Valentin, secrètement épris de la pensionnaire Mimi, prononce l’éloge funèbre ; les jeunes filles le choisissent pour successeur, et il hérite du surnom du défunt. Deux dragons, le comte d’Arlange et Friquet, escaladent le mur pour retrouver leurs épouses Bathilde et Emma, cachées au pensionnat, et le comte leur promet la liberté. Mademoiselle Paturelle, la sous-directrice, rencontre en secret le maître à danser Baladon, qu’elle a épousé, au grand amusement des pensionnaires. Vert-Vert est envoyé chez une tante malade à Nevers, en barge avec Binet ; Mimi, déguisée en Friquet, le suit.
  • Acte II : À Nevers, à l’auberge du Lion d’Or, les dragons font la cour à La Corilla, qui chante au théâtre. Le ténor Bellecour arrive en retard, ayant perdu la voix après une chute dans la rivière ; on persuade Vert-Vert de chanter à sa place, et le directeur Maniquet réclame réparation. La Corilla séduit Vert-Vert, tandis que le comte projette d’utiliser Mimi pour délivrer les épouses en échange d’une aide pour conquérir le jeune homme. La fête s’achève dans un joyeux désordre.
  • Acte III : Au couvent, les pensionnaires prennent leur leçon de danse sans cavaliers. Vert-Vert revient, ayant pris de mauvaises manières — jurons et galanteries —, au grand scandale de Mademoiselle Paturelle ; il se réconcilie avec Mimi. Dans le jardin plongé dans la nuit, dragons, épouses, Mimi, Vert-Vert, Baladon et Paturelle s’emmêlent dans un jeu de quiproquos ; la sonnette retentit, les pensionnaires et Binet accourent, et les couples sont enfin réunis. Mademoiselle Paturelle s’avoue vaincue et consent aux mariages.

Enregistrement(s) :

David Parry — 2010

Format : CD (2 disques : 51:15 et 77:34)
Label : Opera Rara
Référence : ORC 41
Année d’enregistrement : 2010, Henry Wood Hall, Londres.
Distribution :

  • Mimi : Thora Einarsdottir, soprano
  • Emma : Ann Taylor, soprano
  • Bathilde : Lucy Crowe, soprano
  • Valentin (Vert-Vert) : Toby Spence, ténor
  • Binet : Mark Le Brocq, ténor
  • Le Comte d’Arlange : Mark Stone, baryton
  • Mademoiselle Paturelle : Anne-Marie Owens, mezzo-soprano
  • Baladon : Franck Leguérinel, baryton
  • Le Chevalier de Bergerac : Loïc Félix, ténor
  • La Corilla : Jennifer Larmore, mezzo-soprano
  • Bellecour : Sébastien Droy, ténor
  • Maniquet : Franck Lopez, basse

Direction : David Parry
Orchestre : Philharmonia Orchestra et Geoffrey Mitchell Choir
Langue : Français

Particularité :

Premier enregistrement intégral de l’ouvrage, publié par Opera Rara avec ses dialogues parlés, dans la lignée des redécouvertes d’Offenbach menées par le label. David Parry y dirige le Philharmonia Orchestra avec une verve que la critique a saluée, dans une prise de son détaillée et atmosphérique. Toby Spence campe un Vert-Vert d’une grande fraîcheur et Jennifer Larmore une Corilla éblouissante, tandis que Franck Leguérinel et Mark Le Brocq — respectivement Baladon et Binet — portent l’essentiel de la veine comique ; seule l’interprétation d’Anne-Marie Owens, en sous-directrice matrone, a paru à certains un peu appuyée. La pochette reproduit La Jeune Dame en 1866 d’Édouard Manet, dont le perroquet fait écho au héros éponyme.

Postérité :

La critique de 1869 ne fut guère tendre, mais le public fit bon accueil à l’ouvrage, qui devança en nombre de représentations Robinson Crusoé (32 soirs) et Barkouf (7). Offenbach en dirigea lui-même une version allemande, Kakadu, au Carltheater de Vienne en février 1870 ; la reprise parisienne de mai 1870, avec Girard dans le rôle-titre, ne dura que trois soirées. En 1874, une production londonienne dénatura la partition et suscita un scandale à cause des costumes jugés trop courts des danseuses. L’ouvrage tomba ensuite dans l’oubli, avant que l’édition critique de Jean-Christophe Keck ne soit créée à Bad Ems en 2002, que l’enregistrement d’Opera Rara ne le fasse redécouvrir en 2010 et que Garsington Opera n’en donne en 2014 la première production britannique complète conforme à la volonté des auteurs.

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