Format :
- Opera seria en trois actes.
- Musique : Johann Christian Bach.
- Livret : Giovanni Gualberto Bottarelli, poète en résidence au King’s Theatre, d’après Siface, re di Numidia de Métastase : l’action est transposée de Numidie en Perse et les six personnages de Métastase sont portés à neuf.
- Langue : Italien.
Création :
7 mai 1763, au King’s Theatre (Haymarket), Londres.
Le plus jeune fils de Jean-Sébastien Bach, né à Leipzig en 1735, a alors vingt-sept ans. Après une formation à Berlin auprès de son demi-frère Carl Philipp Emanuel, puis en Italie (1755-1762) où il se convertit au catholicisme, étudie avec le padre Martini et devient second organiste de la cathédrale de Milan, il est appelé à Londres comme compositeur et chef d’orchestre du King’s Theatre. Zanaida est le second de ses cinq opéras londoniens, créé quelques semaines après Orione (19 février 1763) ; le style, cosmopolite et galant, est celui de l’opera seria « international » qu’il pratique avec aisance.
Livret :
Bottarelli reprend l’intrigue et l’air de Mustafa du premier acte de Siface (Métastase, après un précédent de Bulgherelli), mais en remanie entièrement le déroulement et les épisodes : de longs passages des récitatifs sont repris mot à mot de Métastase, tandis que les textes d’airs, plus courts et d’une seule strophe, rompent avec la forme da capo. L’action se déroule à Ispahan, à la cour de Perse, autour d’une paix à sceller entre l’Empire turc et la Perse, dans un jeu d’infidélités, d’ambitions et de loyautés qui oppose Zanaida à sa rivale Osira.
Intrigue :
- Acte I : Soliman, empereur de Turquie, et Tamasse, souverain de Perse, négocient la paix après une longue guerre ; pour la rendre plus sûre, Tamasse a promis d’épouser Zanaida, fille de Soliman, dont on attend l’arrivée. Mais il aime Osira, otage en Perse et fille de Mustafa, ambassadeur de Soliman, et sa mère Roselane, ambitieuse, encourage cet amour. À l’arrivée de Zanaida, accueillie par Mustafa et Tamasse, ce dernier confie à son prince Cisseo son amour pour Osira et lui demande de courtiser Zanaida afin de pouvoir l’accuser d’infidélité ; Cisseo, lui-même épris d’Osira, est écartelé entre son devoir et son amour. Mustafa, voyant en Zanaida une traîtresse, jure de la tuer ; Zanaida comprend qu’Osira est sa rivale ; Mustafa refuse la main de sa fille à Tamasse et le quatuor final voit s’opposer violemment Tamasse, Mustafa, Roselane et Zanaida.
- Acte II : Roselane encourage Osira et préconise de faire périr Zanaida. Tamasse ordonne à Cisseo d’arrêter Zanaida ; Cisseo se désespère en découvrant que son rival est son souverain. Partagé entre un amour interdit et le respect de la parole donnée, Tamasse décide de faire périr Zanaida (récitatif accompagné et air avec clarinettes « Se spiego le prime vele »), tandis que Zanaida donne libre cours à ses tourments (cavatine avec solo de hautbois). Mustafa, Silvera — princesse perse éprise de Cisseo —, Aglatida et Gianguir, de la suite de Zanaida, décident de la secourir. Tamasse produit une fausse lettre de Zanaida : elle aurait voulu l’assassiner. Il la condamne à mort ; elle proteste de son innocence, mais pardonne et accepte son sort (air de lamentation « Parto, addio »), tandis que sa suite prie les dieux de la protéger.
- Acte III : Gianguir se fait l’avocat de la désobéissance et annonce la fin de la tyrannie de Tamasse. Cisseo retourne vers Silvera ; Zanaida apprend de Cisseo sa condamnation et accepte de mourir (récitatif accompagné « Zanaida mora » et air avec clarinettes « Chi pietà non sente al core »). Mustafa tance vertement Osira, qui décide de fuir ; Tamasse tente de la retenir en la faisant assister au supplice de Zanaida (air avec cors de chasse « Pupille amabili »). Osira comprend enfin que, devenue reine de Perse, elle ne serait qu’un jouet entre les mains de la puissante Roselane. Dans l’arène où Zanaida a été conduite pour être exécutée, Mustafa et Gianguir tentent de tuer Tamasse ; Zanaida s’interpose et le sauve d’une mort certaine. Vaincu par son courage et son sens de l’honneur, Tamasse implore son pardon et la proclame seule reine de Perse, sous les félicitations du chœur.
Enregistrement(s) :

David Stern — 2012
Format : CD (2 disques : 66:55 et 62:04)
Label : Zig-Zag Territoires
Référence : ZZT 312
Année d’enregistrement : 2012 (parution) ; production recréée le 15 juin 2011 au Goethe Theater de Bad Lauchstädt, dans le cadre du Bachfest de Leipzig.
Distribution :
- Zanaida : Sara Hershkowitz, soprano
- Tamasse : Marina De Liso, mezzo-soprano
- Mustafa : Pierrick Boisseau, baryton
- Roselane : Chantal Santon, soprano
- Cisseo : Daphné Touchais, soprano
- Osira : Vannina Santoni, soprano
- Silvera : Julie Fioretti, soprano
- Aglatida : Majdouline Zerari, mezzo-soprano
- Gianguir : Jeffrey Thompson, ténor
Direction : David Stern
Orchestre : Opera Fuoco Orchestra (conseiller artistique : Jay Bernfeld ; continuo : Jean-Luc Ho, clavecin, et Alberto Guerrero, violoncelle)
Langue : Italien
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’œuvre, issu de la recréation scénique de 2011 (mise en scène de Sigrid T’Hooft, costumes de Claire Planchez, décors historiques du Goethe Theater et toiles peintes de Wolfram Zimmer et Achim von Heimburg). L’édition musicale est due à Paul Corneilson et au Packard Humanities Institute de Los Altos, avec un air supplémentaire pour Roselane suggéré par Stephen Roe. David Stern, qui a fondé Opera Fuoco en 2003 pour servir le répertoire lyrique des XVIIIe et XIXe siècles sur instruments anciens, y fait chanter les rôles de Tamasse et de Cisseo, confiés à des castrats en 1763, par une mezzo-soprano et une soprano. La partition, remarquable par ses clarinettes, ses cors de chasse et son hautbois solo, y trouve une exécution sur instruments anciens.
Postérité :
Créé tard dans la saison, Zanaida ne connut que six représentations jusqu’au 11 juin 1763 : selon un témoin, « Orione charma les Anglais » et Zanaida « ne fit que leur plaire ». Outre l’ouverture, publiée en 1773 comme symphonie en si bémol majeur op. 9 n° 3, et le livret, seuls huit airs, publiés par John Walsh le 23 mai 1763 dans un arrangement pour clavier (Favourite Songs of the Opera call’d Zanaida), avaient survécu pendant deux siècles et demi. En 2010, le manuscrit autographe fut retrouvé dans la bibliothèque privée du collectionneur américain Elias Kulukundis et mis à la disposition du Festival Bach de Leipzig, qui permit la première représentation moderne, le 15 juin 2011, sous la direction de David Stern ; la partition est exposée au Musée Bach de Leipzig.

Laisser un commentaire