Note personnelle : ,

Offenbach, Jacques — Maître Péronilla (1878)

Format :

  • Opéra-bouffe en trois actes.
  • Musique : Jacques Offenbach.
  • Livret : Jacques Offenbach lui-même, resté anonyme à la création ; selon Jean-Claude Yon, ce texte aurait été écrit dans les années 1866-1870 et resté dans les cartons avant d’être repris, les couplets étant versifiés avec l’aide de Charles Nuitter et de Paul Ferrier.
  • Langue : Français (dialogues parlés).

Création :

13 mars 1878, au Théâtre des Bouffes-Parisiens (passage Choiseul), Paris.
Offenbach, alors âgé de cinquante-huit ans, est au sommet d’une carrière que les faillites et la tournée américaine de 1876 ont pourtant fragilisée : cette année-là, Les Contes d’Hoffmann sont abandonnés par la direction du Théâtre-Lyrique, Madame Favart est reportée et tous les espoirs reposent sur cette grande opérette hispanisante. Fidèle à son goût pour l’Espagne, qui irrigue déjà Pépito, Les Brigands et La Périchole, le compositeur mêle comme à son habitude les styles, de la malaguena aux valses viennoises, et infléchit sa manière vers un demi-caractère plus proche de l’opéra-comique que de la bouffonnerie des années 1860.

Livret :

Le livret, que l’on murmurait d’abord dû à Meilhac et Halévy, est donc bien l’œuvre d’Offenbach seul : il tourne autour d’une cocasse affaire de double mariage — une jeune fille mariée deux fois en un jour, une vieille fille vengeresse, un chocolatier placé entre deux gendres, un petit clerc de notaire qui tire toutes les ficelles — dans une Espagne de convention, chère aux Parisiens, peuplée de guitaristes, de sérénades, d’alguazils et de juges. Soixante-cinq personnages, selon Le Figaro, évoluaient sur la petite scène des Bouffes, vêtus de cent trente costumes dessinés par Grévin et Robida. La critique souligna surtout que la pièce « bien faite » à la manière de Scribe expliquait tout après coup, au prix de longueurs au troisième acte, et se partagea sur le genre : opéra-bouffe affiché, opéra-comique en réalité.

Intrigue :

  • Acte I : Dans les jardins de la maison de Péronilla, le plus fameux chocolatier de Madrid, sa fille Manoëla est sur le point d’épouser Don Guardona, deux fois plus âgé qu’elle, qu’elle abhorre. Léona, vieille fille de trente-neuf ans et sœur de Péronilla, a arrangé cette union pour se venger d’Alvarès, le séduisant maître de musique épris de Manoëla. Ses cousins, le soldat Ripardos et le jeune clerc de notaire Frimouskino, tentent de la tirer d’affaire : profitant de l’obscurité de la chapelle, ils font parapher le contrat religieux par Alvarès au lieu de Guardona, ce qui donne à Manoëla deux époux. Les jeunes gens s’enfuient avec Ripardos, suivis de loin par Léona, Péronilla, Don Henrique et Guardona.
  • Acte II : Manoëla, Alvarès et leurs amis ont été conduits par méprise dans le palais du marquis Don Henrique, où les rejoint bientôt Guardona, le mari contrarié, qui exige réparation. Péronilla, tiraillé entre ses deux gendres, remet sa décision au lendemain. Après un repas festif agrémenté de la Malagueña qu’entonne Alvarès, chacun gagne sa chambre, Léona ayant pris soin d’enfermer la jeune mariée. Par un habile stratagème, Manoëla s’enfuit avec son époux favori, mais tous sont rattrapés par le Corrégidor et ses alguazils ; en attendant qu’un tribunal statue, elle sera enfermée dans un couvent.
  • Acte III : À la cour de justice de Madrid, les deux maris exposent tour à tour leurs revendications. Péronilla, qui fut avocat avant de devenir chocolatier, plaide la cause d’Alvarès. Quand le juge Brid’Oison demande à lire le contrat civil, on découvre que c’est le nom de Léona, et non celui de Manoëla, qui y figure : une ruse de Frimouskino avait permis ce quiproquo. Alvarès peut ainsi épouser sa bien-aimée, et Léona n’est pas mécontente du sort qui s’ouvre à elle.

Enregistrement(s) :

Markus Poschner — 2020

Format : CD (2 disques : 44:06 et 56:34)
Label : Palazzetto Bru Zane (collection « Opéra français », n° 23, livre-disque)
Référence : BZ 1039
Année d’enregistrement : 31 mai et 1er juin 2019, Théâtre des Champs-Élysées, Paris (parution en 2020).
Distribution :

  • Léona : Véronique Gens, soprano
  • Frimouskino : Antoinette Dennefeld, mezzo-soprano
  • Alvarès : Chantal Santon-Jeffery, mezzo-soprano
  • Manoëla : Anaïs Constans, soprano
  • Paquita / Marietta / Rosita : Diana Axentii
  • Maître Péronilla : Éric Huchet, ténor
  • Ripardos : Tassis Christoyannis, baryton
  • Don Guardona : François Piolino, ténor
  • Vélasquez Major : Patrick Kabongo
  • Vélasquez Junior : Loïc Félix
  • Le Marquis Don Henrique : Yoann Dubruque
  • Don Fabrice / 1er Juge : Matthieu Lécroart
  • Le Notaire / Pédrillo : Raphaël Brémard
  • Le Corrégidor / Brid’Oison / Juanito : Jérôme Boutillier
  • Félipe / Antonio / 2e Juge : Philippe-Nicolas Martin
  • Le Majordome / L’Huissier / Un Valet : Antoine Philippot

Direction : Markus Poschner
Orchestre : Orchestre National de France (directeur musical : Emmanuel Krivine) et Chœur de Radio France (directrice musicale : Martina Batič ; chef de chœur : Marc Korovitch)
Langue : Français

Particularité :

Captée au Théâtre des Champs-Élysées à l’issue de deux soirées de concert, cette version, dirigée par le chef allemand Markus Poschner, est le premier enregistrement complet de l’ouvrage, avec ses dialogues parlés ; il avait seulement connu une exécution partielle à l’ORTF en 1970. Elle est publiée par le Palazzetto Bru Zane à l’occasion du bicentenaire de la naissance d’Offenbach (2019), dans un livre-disque accompagné d’études d’Alexandre Dratwicki, Gérard Condé, Jean-Claude Yon, Étienne Jardin et de la critique de la création par Benoît Jouvin. La distribution, jouant sur toute la gamme des tessitures — Véronique Gens (qui participe à l’enregistrement avec l’autorisation d’Alpha Classics) en Léona, Éric Huchet en Péronilla au chuchotement cher à Daubray, Antoinette Dennefeld en Frimouskino travesti, Tassis Christoyannis en Ripardos —, met en valeur les pages les plus célèbres : les Couplets du chocolat, le Rondeau de Frimouskino, la Ballade de la belle Espagnole, le Duo des frères Vélasquez, la Chanson militaire et surtout la Malagueña du second acte, que le compositeur réemploiera pour Les Brigands.

Postérité :

Retiré de l’affiche dès 1879 après une cinquantaine de représentations aux Bouffes-Parisiens, Maître Péronilla n’avait guère retrouvé la scène, et ne fut redonné qu’une seule fois, partiellement, au XXe siècle, à la faveur d’un enregistrement de l’ORTF. La critique de 1878 salua la finesse de la partition, « une des meilleures partitions » de l’auteur, et applaudit surtout la Malagueña, mais jugea le livret trop long et la fantaisie un peu courte. Plus d’un siècle plus tard, le concert de 2019 et l’enregistrement du Palazzetto Bru Zane ont rendu à l’ouvrage une existence durable, offrant d’Offenbach, trois ans avant sa mort, un portrait d’opérette moins bouffon, plus élégant et plus mélancolique qu’on ne le croyait.

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