Format :
- Mélodrame héroïque (melodramma eroico) en 2 actes.
- Musique : Giacomo Meyerbeer.
- Livret : Gaetano Rossi, déjà auteur du livret de la Semiramide de Rossini (1823) dont il reprend la grandeur dramatique et le faste.
- Langue : italien.
Création :
7 mars 1824, au Teatro La Fenice, Venise, avec Giovanni Battista Velluti dans le rôle d’Armando, Enrichetta Méric-Lalande en Palmide, Brigida Lorenzani en Felicia et Gaetano Crivelli en Adriano.
Meyerbeer a trente-deux ans. Installé en Italie depuis 1816, sur le conseil de Salieri, après les échecs de ses opéras allemands (Jephtas Gelübde, Alimelek), il s’est converti au style italien après avoir entendu le Tancredi de Rossini à Venise, et a connu le succès avec Romilda e Costanza (1817), Semiramide riconosciuta (1819), Emma di Resburgo (1819), Margherita d’Anjou (1820) et L’esule di Granata (1821). Il crociato in Egitto est son sixième et dernier opéra italien, et le plus réussi : l’ouvrage, donné quatre soirs de suite à la création, fut acclamé, et le compositeur rappelé sur scène à chaque représentation. Il ne comporte pas d’ouverture, le chœur d’esclaves de l’introduction en tenant lieu.
Livret :
Le livret de Gaetano Rossi, vétéran de la librettistique italienne et collaborateur régulier de Meyerbeer depuis Romilda e Costanza, transpose dans le cadre de la Sixième Croisade (1228), devant Damiette, un drame sentimental et spectaculaire : amour interdit entre un chevalier chrétien et la fille d’un sultan, conflit entre devoir, foi et patrie, fidélité d’une fiancée déguisée en chevalier et complot du grand vizir. Rossi y combine, sur le modèle de Semiramide, scènes de cour, chœurs en masse, bandes de scène et grands ensembles, éléments qui annoncent déjà le futur grand opéra français.
Intrigue :
- Acte I : À Damiette, lors de la Sixième Croisade. Armando d’Orville, jeune chevalier de Rhodes originaire de Provence, laissé pour mort après une embuscade, s’est dissimulé sous le nom d’Elmireno parmi les Égyptiens ; il a sauvé la vie du sultan Aladino, est devenu son ami et a secrètement épousé sa fille Palmide, qu’il a convertie à la foi chrétienne, et dont il a eu un fils. Alors que le sultan veut officialiser l’union, une ambassade des chevaliers de Rhodes, conduite par le grand maître Adriano di Montfort, arrive à Damiette pour négocier la paix et l’échange des prisonniers. Adriano reconnaît Armando, tandis que Felicia, la fiancée provençale d’Armando, déguisée en chevalier, s’est introduite au palais pour le retrouver. Les identités sont dévoilées ; déchiré entre son devoir, sa foi et son amour pour Palmide, Armando voit les prisonniers chrétiens menacés d’exécution.
- Acte II : Le grand vizir Osmino, ambitieux, arme secrètement les captifs dans l’espoir de provoquer la mort du sultan et de s’emparer du pouvoir. Armando découvre le complot, le dénonce et tue Osmino. Reconnaissant, Aladino gracie les chrétiens, la paix est scellée avec les chevaliers de Rhodes et Armando est réuni à Palmide.
Enregistrement(s)

David Parry — 1998
Format : CD (4 disques, durée totale environ 4 h 44)
Label : Opera Rara (en association avec la Peter Moores Foundation)
Référence : ORC 10
Année d’enregistrement : décembre 1990, février, mars et juin 1991, CTS Studios, Wembley, Londres (première édition en CD en 1992 ; la date de 1998 correspond vraisemblablement à une édition plus tardive du coffret).
Distribution :
- Aladino, sultan de Damiette : Ian Platt, basse
- Adriano di Montfort, grand maître des chevaliers de Rhodes : Bruce Ford, ténor
- Armando d’Orville, chevalier de Rhodes : Diana Montague, mezzo-soprano
- Palmide, fille du sultan : Yvonne Kenny, soprano
- Felicia, en habit de chevalier : Della Jones, mezzo-soprano
- Alma, confidente de Palmide : Linda Kitchen, soprano
- Osmino, grand vizir : Ugo Benelli, ténor
Direction : David Parry
Orchestre : Royal Philharmonic Orchestra ; Geoffrey Mitchell Choir (chef de chœur : Geoffrey Mitchell)
Langue : italien
Particularité :
Enregistrement de studio de la maison Opera Rara, produit par Patric Schmid et réalisé sur une édition d’exécution établie pour l’occasion par Robert Roberts. Le coffret de quatre disques offre une version complète de la partition, avec en appendice, sur le quatrième disque, des numéros alternatifs ou supplémentaires composés par Meyerbeer pour les productions de Londres et de Paris (dont l’air d’Armando « Eccomi alfine » et le duo « Ravvisa qual’alma »). Le rôle d’Armando, écrit pour le castrat Velluti et d’une tessiture élevée, est confié à la mezzo-soprano Diana Montague, qui y déploie une belle ligne vocale ; Yvonne Kenny est une Palmide virtuose et émouvante, Della Jones une Felicia pleine de caractère et Bruce Ford un Adriano à l’aigu brillant. David Parry dirige l’ensemble avec élan et sens du théâtre. Ce coffret, salué à sa parution par la presse spécialisée, demeure la référence d’un ouvrage encore peu enregistré.
Postérité :
Après Venise, l’opéra voyage rapidement à travers l’Europe : Florence (mai 1824), Trieste, Padoue, puis Londres, au King’s Theatre, le 3 juin 1825 (premier opéra de Meyerbeer donné en Angleterre), avec Velluti, et enfin Paris, au Théâtre-Italien, le 25 septembre 1825, grâce à l’entremise de Rossini, la cantatrice Giuditta Pasta chantant le rôle d’Armando. Meyerbeer remanie et complète alors sa partition pour chacune de ces productions, composant de nouveaux airs. C’est le dernier grand opéra écrit pour un castrat : après Velluti, les rôles d’Armando passèrent à des mezzo-sopranos. Ce succès parisien fut décisif : il conduisit Meyerbeer à s’installer en France et à fonder, dès Robert le Diable (1831), le genre du grand opéra français. Absent des scènes au XXe siècle, Il crociato in Egitto n’a été donné qu’en concert, avant la reprise vénitienne de 2007, qui fit appel au sopraniste Michael Maniaci dans le rôle d’Armando.

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