Note personnelle : ,

Massenet, Jules — Le Cid (1885)

Format :

  • Opéra (grand opéra) en quatre actes et dix tableaux.
  • Musique : Jules Massenet.
  • Livret : Adolphe d’Ennery, Louis Gallet et Édouard Blau, d’après la tragi-comédie Le Cid de Pierre Corneille (1637), elle-même inspirée de Las Mocedades del Cid de Guillén de Castro.
  • Langue : français.

Création :

30 novembre 1885, à l’Opéra de Paris (Palais Garnier).
Massenet a quarante-trois ans. Un an après le triomphe de Manon à l’Opéra-Comique, il aborde le grand genre historique avec Le Cid, qui lui permet de retrouver l’Opéra de Paris, où Le Roi de Lahore avait fait de lui un compositeur reconnu en 1877, après Hérodiade (1881). Le compositeur y combine la leçon de Meyerbeer, la veine couleur locale hispanique, les fastes du ballet et son lyrisme sensuel. L’œuvre est créée avec le ténor Jean de Reszke dans le rôle-titre et Fidès Devriès en Chimène ; elle remporte un grand succès.

Livret :

Le drame de Corneille, chef-d’œuvre classique du « conflit entre l’amour et le devoir », est adapté par trois librettistes : Adolphe d’Ennery, vétéran du mélodrame, Louis Gallet, fidèle collaborateur de Massenet, et Édouard Blau. Ils reprennent aussi des éléments du modèle espagnol de Guillén de Castro pour enrichir l’action de scènes spectaculaires — l’intervention des Maures, la vision de saint Jacques — et de ballets (castillane, andalouse, aragonaise…) nécessaires au goût de l’Opéra. L’action se déroule en 1073, à Burgos puis à Séville.

Intrigue :

  • Acte I : à Burgos. Chimène aime Rodrigue, fils de Don Diègue, tandis que l’Infante, qui l’aime en secret, renonce à lui par amitié. Le roi nomme Don Diègue gouverneur du prince, honneur que convoitait Don Gormas, père de Chimène. Gormas insulte et soufflette le vieux Diègue.
  • Acte II : trop âgé pour se battre, Don Diègue exhorte son fils à venger son honneur. Déchiré entre son amour et son devoir, Rodrigue provoque Don Gormas en duel et le tue. Chimène, éplorée, réclame justice au roi.
  • Acte III : alors que les Maures menacent la ville, Rodrigue, désespéré, adresse à Chimène un dernier adieu ; la nuit, il prie et reçoit la vision de saint Jacques, qui lui promet la victoire. Il part à la tête des troupes.
  • Acte IV : à Séville, Rodrigue, vainqueur des Maures, est acclamé sous le nom de « Cid » (« seigneur »). Chimène, qui l’a cru mort, laisse éclater son amour ; le roi, qui l’avait invitée à prononcer le sort du héros, les unit dans un triomphe général.

Enregistrement(s)

Le Cid — Queler 1976 (Sony)

Eve Queler — 1976

Format : CD (2 disques, 145 minutes)
Label : Sony Classical (collection « The Sony Opera House », réédition 2009 d’une publication originale du catalogue Columbia)
Référence : 88697454942
Année d’enregistrement : 8 mars 1976, en concert, Carnegie Hall, New York
Distribution :

  • Rodrigue : Plácido Domingo
  • Chimène : Grace Bumbry
  • Don Diègue : Paul Plishka
  • Don Gormas : Arnold Voketaitis
  • Le Roi : Jake Gardner
  • L’Infante : Eleanor Bergquist
  • Don Arias : Clinton Ingram
  • Don Alonzo : Theodore Hodges
  • L’Envoyé maure : Peter Lightfoot
  • Saint Jacques : John Adams

Direction : Eve Queler
Orchestre : Opera Orchestra of New York & Byrne Camp Chorale
Langue : français

Particularité :
Première version complète de l’opéra au disque, captée en direct lors d’une des fameuses soirées de concert d’Eve Queler à Carnegie Hall, qui ont ressuscité tant de partitions oubliées. Plácido Domingo, alors au sommet de sa carrière, campe un Rodrigue héroïque, aux aigus intrépides et à l’ardeur contagieuse, sinon d’une grande variété d’expression. Grace Bumbry, au timbre de cuivre bruni, est une Chimène tourmentée de haute tenue ; Paul Plishka offre un Don Diègue de grande autorité. La prise de son, avec ses microphones parfois trop proches, et la prononciation approximative du français chez plusieurs chanteurs trahissent les conditions du concert, mais la direction vibrante de Queler, particulièrement après un début un peu timide, offre au disque son lot de frissons. Près de cinquante ans après, il demeure la seule intégrale commerciale disponible.

Postérité :

Triomphe à l’Opéra de Paris, où il reste longtemps au répertoire, Le Cid gagne rapidement les scènes étrangères, notamment le Metropolitan Opera de New York au cours des années 1890, avec les frères Jean et Édouard de Reszke. L’ouvrage tombe pourtant dans l’oubli à partir des années 1920, victime du déclin du grand opéra spectaculaire et de la préférence du public pour les ouvrages intimistes de Massenet comme Manon ou Werther. Quelques pages restent célèbres — l’air de Rodrigue « Ô souverain, ô juge, ô père », l’air de Chimène « Pleurez, mes yeux », et le duo du troisième acte, comparé par la critique à ceux des Huguenots ou de Don Carlos. L’enregistrement de Queler (1976) a longtemps été la seule porte d’entrée discographique, avant la reprise de Marseille en 2011 (dir. Jacques Lacombe).

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