Format :
- Épisode lyrique (opéra de style vériste) en deux actes.
- Musique : Jules Massenet.
- Livret : Jules Claretie et Henri Cain, d’après la nouvelle de Claretie, La Cigarette (1890).
- Langue : français.
Création :
20 juin 1894, au Royal Opera House, Covent Garden, Londres.
Massenet a cinquante-deux ans. Fort des succès de Manon, de Werther (1892) et de Thaïs (1894), il se laisse séduire par l’idée de la cantatrice Emma Calvé, triomphante dans Carmen et Cavalleria rusticana, de lui confier un drame bref, violent et passionné. Composée durant l’automne 1893 dans le sud de la France (la partition chant-piano est achevée le 24 novembre), La Navarraise est la réponse du compositeur au courant vériste venu d’Italie : une action resserrée en quarante minutes, des bruits réalistes (cloches, trompettes, coups de feu, roulements de tambour) et un style déclamé, mais l’élégance mélodique du maître de Saint-Étienne.
Livret :
Jules Claretie, directeur de la Comédie-Française, tire le sujet de sa nouvelle La Cigarette (1890), qu’Henri Cain adapte pour la scène. L’action se situe en Espagne, en 1874, pendant la troisième guerre carliste. La tension dramatique repose sur un contraste cher à Massenet : une idylle naissante entre deux jeunes gens, fauchée par la guerre et l’argent, dans un cadre militaire d’une extrême brutalité.
Intrigue :
- Acte I : dans le camp des troupes du général Garrido, au Pays basque, pendant la guerre carliste. Anita, une jeune orpheline navarraise, attend des nouvelles d’Araquil, le sergent qu’elle aime. Remigio, le père du jeune homme, refuse de consentir à leur mariage tant qu’elle n’apportera pas une dot de deux mille douros. Anita surprend alors l’offre du général : une somme considérable à qui tuera le chef carliste Zuccaraga. Elle décide de se glisser de nuit dans le camp ennemi pour gagner la dot.
- Acte II : dans le camp et la chapelle qui sert d’hôpital, au milieu des blessés. Araquil, qui a suivi Anita, est mortellement atteint. Anita revient, tachée de sang, réclame le prix promis et apporte l’argent ; Araquil, apprenant la vérité sur l’origine de cette fortune, la maudit avant de mourir dans ses bras. Anita, brisée, sombre dans la folie.
Enregistrement(s)

Henry Lewis — 1975
Format : CD (1 disque, 48 min 02 s)
Label : RCA Red Seal (collection « The RCA Opera Treasury » ; première parution LP chez RCA, ARL1-1114)
Référence : 74321 50167 2 (réédition de 1997)
Année d’enregistrement : 1975, Walthamstow Assembly Hall, Londres (studio)
Distribution :
- Anita : Marilyn Horne
- Araquil : Plácido Domingo
- Garrido : Sherrill Milnes
- Remigio : Nicola Zaccaria
- Bustamente : Gabriel Bacquier
- Ramon : Ryland Davies
- Un soldat : Leslie Fyson
Direction : Henry Lewis
Orchestre : London Symphony Orchestra & Ambrosian Opera Chorus (chef de chœur : John McCarthy)
Langue : français
Particularité :
Un plateau de stars pour cette page courte : Marilyn Horne, mezzo à la voix volcanique et aux graves puissants, campe une Anita tragique, face au ténor chaleureux de Plácido Domingo et au Garrido autoritaire de Sherrill Milnes, avec le luxe de Gabriel Bacquier en Bustamente. Henry Lewis, époux de Marilyn Horne, adopte une lecture ample, plus rêveuse et plus méditée que celle de son concurrent, dans une prise de son riche et théâtrale. Le français des chanteurs américains et espagnol est moins idiomatique que celui de la version Almeida, mais la Gramophone de novembre 1975 a donné la préférence à ce disque pour la richesse du son et la vivacité du drame.

Antonio de Almeida — 1975
Format : CD (1 disque, 37 min 44 s)
Label : Sony Classical (collection « Sony Classical Opera » ; première parution LP chez Columbia/CBS)
Référence : 19075811262 (réédition de 2018) ; Columbia M-33506 / CBS 76403 (LP)
Année d’enregistrement : mars 1975, studios EMI, Londres (studio)
Distribution :
- Anita : Lucia Popp
- Araquil : Alain Vanzo
- Garrido : Vicente Sardinero
- Remigio : Gérard Souzay
- Bustamente : Claude Meloni
- Ramon : Michel Sénéchal
Direction : Antonio de Almeida
Orchestre : London Symphony Orchestra & Ambrosian Opera Chorus
Langue : français
Particularité :
Publiée sous la mention « premier enregistrement intégral de La Navarraise », cette version mise sur l’idiome français : Alain Vanzo, ténor des grandes soirées de l’Opéra-Comique, Gérard Souzay et Michel Sénéchal, maîtres de la diction. Lucia Popp, qui aborde un rôle inhabituel, y brille par un timbre frémissant et une intensité de jeune fille perdue. Antonio de Almeida, grand connaisseur du répertoire français, conduit à un rythme vif et serré, près de dix minutes plus rapide que Lewis, dans un climat haletant qui sert bien le vérisme du sujet.
Postérité :
Après Londres, La Navarraise triomphe à Paris à l’Opéra-Comique (3 octobre 1895) puis au Metropolitan Opera de New York (11 décembre 1895), toujours avec Emma Calvé dans le rôle d’Anita, qu’elle retrouvera en créant Sapho (1897). Sa brièveté la destine à former un double programme avec Cavalleria rusticana ou Pagliacci, ce qui contribue à son maintien au répertoire de quelques scènes lyriques. Elle reste pourtant l’un des ouvrages les plus rares de Massenet, malgré l’admiration des amateurs pour sa concision et sa violence dramatique. Au disque, après la radiodiffusion française de 1963 (dir. Jean-Claude Hartemann), les deux enregistrements de 1975 se disputent la référence ; une version captée à Sassari en 2001 (dir. Eric Hull) s’y est ajoutée plus tard.

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