Note personnelle : ,

Massenet, Jules — Le Jongleur de Notre-Dame (1902)

Format :

  • Miracle en trois actes.
  • Musique : Jules Massenet.
  • Livret : Maurice Léna, d’après la légende médiévale du « jongleur de Notre-Dame », issue des Miracles de Nostre-Dame de Gautier de Coincy (vers 1218) et de la nouvelle L’Étui de nacre d’Anatole France (1892).
  • Langue : français.

Création :

18 février 1902, à l’Opéra de Monte-Carlo.
Massenet a cinquante-neuf ans. Quelques mois après Grisélidis, il livre pour le Théâtre de Monte-Carlo un ouvrage d’un genre inédit chez lui : un « miracle » médiéval sans rôle féminin, hormis la brève apparition silencieuse de la Vierge. Le compositeur, surnommé « le musicien des femmes », y renonce à l’amour profane pour une ferveur candide, d’une grande économie de moyens, où il retrouve les harmoniques modales et le pastiche archaïsant de Cendrillon et de Grisélidis. Le prince Albert Iᵉʳ de Monaco décerne à Massenet, à l’issue de la création, la Grand-Croix de l’Ordre de Saint-Charles. La première parisienne a lieu à l’Opéra-Comique le 10 mai 1904, avec Adolphe Maréchal (Jean) et Lucien Fugère (Boniface).

Livret :

Le texte parvient d’abord à Massenet de manière anonyme, alors qu’il pense renoncer au théâtre : c’est Maurice Léna, homme de lettres, qui l’a écrit. Il y puise dans la légende médiévale du jongleur dévot et dans la nouvelle d’Anatole France, reprise d’un récit du XIIIᵉ siècle : un humble saltimbanque, devenu moine à Cluny, rend hommage à la Vierge en lui offrant le seul don qu’il maîtrise, son art. Massenet est séduit par l’absence de rôle féminin, qui l’oblige à renouveler sa palette, et aurait déclaré : « Le Jongleur, c’est ma foi. »

Intrigue :

  • Acte I : sur la place de l’abbaye de Cluny, un jour de marché, au Moyen Âge. Jean, un jongleur sans le sou, amuse la foule avec son « Alleluia du vin », avant d’être rudement repris par le moine Boniface, qui lui reproche son impiété. Touché par ses paroles et las de sa vie errante, Jean demande à entrer dans la communauté, avec l’accord du Prieur.
  • Acte II : dans l’atelier de l’abbaye. Les frères offrent tous leur talent à la Vierge : le poète, le musicien, le peintre, le sculpteur. Jean, qui ne sait que jongler, se sent inutile et humilié ; Boniface lui raconte la légende de la sauge, qui l’encourage à offrir lui aussi ce qu’il sait faire.
  • Acte III : dans la chapelle, devant la statue de la Vierge. Les moines s’inquiètent de voir Jean s’y rendre en cachette. Seul, il se livre à son numéro de jongleur devant la statue et, épuisé, s’effondre. Les moines, scandalisés, veulent le chasser, mais la statue s’anime et bénit Jean, qui meurt, transfiguré.

Enregistrement(s)

Le Jongleur de Notre-Dame — Diemecke (Deutsche Grammophon)

Enrique Diemecke — 2007

Format : CD (2 disques, 1 h 37)
Label : Deutsche Grammophon
Référence : 480 187-0
Année d’enregistrement : 4 février 2007, en concert, Opéra Berlioz – Le Corum, Montpellier
Distribution :

  • Jean : Roberto Alagna
  • Boniface : Stefano Antonucci
  • Le Prieur : Francesco Ellero d’Artegna
  • Un moine poète : Marc Larcher
  • Un moine musicien : Marco Di Sapia
  • Un moine peintre : Richard Rittelmann
  • Un moine sculpteur : Evgueniy Alexiev

Direction : Enrique Diemecke
Orchestre : Orchestre national de Montpellier Languedoc-Roussillon & Chœur de l’Opéra national de Montpellier (avec l’Opéra Junior, chœur d’enfants)
Langue : français

Particularité :
Captation de concert qui doit tout à l’engagement de Roberto Alagna, que le rôle de Jean prive de sa légèreté habituelle pour lui donner la gravité d’un ténor héroïque, dans un français exemplaire et un air à la Vierge final d’une grande ferveur. Le reste du plateau est inégal : seuls Marc Larcher et Richard Rittelmann, en moines poète et peintre, se détachent. Enrique Diemecke et l’orchestre de Montpellier soutiennent l’ensemble avec chaleur, et les chœurs, avec l’Opéra Junior, ajoutent de belles couleurs. Une version inattendue, très personnelle, de ce rôle longtemps associé à des voix plus claires, voire à des barytons.

Postérité :

Accueilli avec ferveur à Monte-Carlo, Le Jongleur de Notre-Dame rencontre une certaine indifférence à Paris avant de séduire l’Europe puis l’Amérique. À New York en 1908, la soprano Mary Garden y chante le rôle de Jean, une audace qui horrifie d’abord Massenet avant qu’il ne salue son triomphe , et le rôle de Jean a souvent été confié à des voix très diverses, du baryton à la soprano. Les pages les plus célèbres — l’« Alleluia du vin », la « Légende de la sauge » et la prière finale à la Vierge — restent des classiques de concert. L’enregistrement de Monte-Carlo de 1978 avec Alain Vanzo demeure la référence commerciale ; celui d’Alagna, venu bien plus tard, apporte une lecture à part, centrée sur la voix du ténor.

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